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Les volontaires européens dans le Dombass

27/02/2015 – 07h00 Donetsk (Breizh-info.com) ‑ Le cessez-le-feu entre Ukrainiens et partisans d’une Novorossia libre est fréquemment mis à mal par les différents belligérants ; sur la scène internationale, les USA et leurs alliés mènent une nouvelle guerre d’influence à l’Europe de l’Est et à la Russie ; la récente affaire du Mistral, qui a vu l’Etat français s’opposer frontalement à la Russie ou encore le refus pressenti de la Commission européenne concernant un contrat nucléaire passé entre la Hongrie et la Russie laissent apparaître une profonde fracture (une de plus) entre les élites occidentales et leurs peuples, qui se retrouvent lésés – comme certains secteurs économiques de Bretagne - par les décisions des Atlantistes.

Loin des décisions prises en haut lieu, il se trouve des jeunes Européens, qui par idéalisme, par conviction politique, par idéal, ont décidé d’aller se battre en Ukraine et en Novorossia dans un camp ou dans un autre. Ce fût le cas de ces volontaires partis soutenir la révolution de Maïdan, par conviction nationalistes-révolutionnaires. C’est également le cas de cette poignée de Français, partis aux côtés d’autres Européens dans le Dombass défendre les partisans de Novorussia contre les forces armées ukrainiennes et les milices .

Nous avons interrogé Guillaume Lenormand, qui s’est engagé il y a plusieurs mois déjà dans le Dombass, au nom d’un idéal Européen et anti-impérialiste. Pour connaitre les raisons de son engagement, mais pour avoir également son avis sur la situation, son ressenti, loin des interprétations de salon que peuvent en faire les médias occidentaux trop souvent cantonnés à reprendre des dépêches AFP.

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Guillaume Lenormand, un soldat au service de la Novorossia et de l’Europe

Breizh-info.com : pouvez-vous expliquer les raisons de votre engagement en Ukraine et en Novorossia ? 

Guillaume Lenormand : Pour faire vite, je suis un militant nationaliste français, licencié en histoire, ayant fait un peu de tout (dont du dessin de presse sous le pseudonyme de Krampon).
La politique en France me semblant une impasse, j’avais envie d’aller défendre mes idées sur le terrain, de la manière la plus simple et la plus radicale.
La Novorossia représentant pour moi l’exemple-type d’une « révolte contre le monde moderne », il m’a semblé assez naturel de m’engager pour elle. Ou alors peut-être que, comme mes camarades, j’avais trop lu Corto Maltese, Dimitri et Jean Mabire.

Breizh-info.com :  Quelle est la situation, à l’heure actuelle, en Novorossia ? Les accords de paix ont ils changé quelque chose ? Comment ont ils été perçu par la population ?

Guillaume Lenormand : Notre armée est en voie de régularisation, le commandement fait chaque jours de nouveaux progrès dans la coordination et l’organisation.
Le moral est très haut (victoire de Debaltsevo) et nous pouvons compter sur l’expérience croissante de nos soldats. Malheureusement, toujours des carences en matériel et un manque de formation, avec parfois des conceptions militaires dépassées qui nous provoquent des pertes inutiles.

Les accords de paix n’empêchent pas l’artillerie de faire trembler nos vitres chaque nuit et les blessés d’arriver chaque jours plus nombreux à l’hôpital…
Ces accords sont du vent, comme d’habitude.

La seule paix possible s’achètera par notre victoire finale ou notre écrasement total.

Breizh-info.com :  Pouvez-vous nous décrire votre quotidien, depuis votre arrivée, et les différentes étapes de votre parcours ?

Guillaume Lenormand : Il faut prendre conscience que nous menons une guerre dans des conditions très différentes de celles de l’OTAN.

Il n’y a pas le confort et la logistique que l’on peut trouver dans les armées de l’Occident. La nourriture est frugale, les soldats sont exposés au manque d’hygiène, au froid, aux privations diverses, dans des conditions qui nous rappellent parfois d’autres temps.

Tenir une position, une tranchée, un bunker boueux ou un block-post n’a rien d’exaltant, quand aux missions d’infiltration ou de combat, elles se font avec très peu de moyens, les munitions sont insuffisantes.

Si vous êtes blessé, vous ne disposez que rarement d’une évacuation rapide. Il faut composer avec tout cela, s’endurcir et devenir rustique. L’entraînement et le travail « sur le terrain » ont été pour moi simultanés, et j’ai eu l’occasion de faire une grande variété de choses différentes.

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cérémonie en hommage aux défenseurs du Dombass

Breizh-info.com : Comment votre famille , vos amis perçoivent-ils cet engagement « la peau au bout du fusil » ?

Guillaume Lenormand : Ils sont inquiets, c’est normal. Ils voudraient me revoir entier. Mais ils sont également fiers et soutiennent ma cause. C’est l’essentiel. Certains sont plutôt pro-ukrainiens, mais leur amitié transcende ces barrières idéologiques et ils me soutiennent moralement.

Breizh-info.com : Vous êtes plusieurs volontaires français actuellement, regroupés derrière l’unité continentale . Qu’est ce que c’est ? Comment cela évolue sur le terrain ?

Guillaume Lenormand : Unité Continentale disposait d’un groupe français de taille variable (environ 8 soldats, en plus d’un groupe serbe et d’un groupe espagnol) et d’une unité médicale française.
Il y a eu récemment des développements. Des désaccords avec le commandement d’Unité Continentale ont mené la plupart des derniers volontaires français à la quitter.

Ils sont actuellement une petite dizaine à se redéployer dans différents secteurs, selon leurs préférence.

Breizh-info.com : Avez vous vous même été sur le Front ? Vous avez été blessé il me semble ?

Guillaume Lenormand : Lorsque l’on parle de front, la plupart des gens s’imaginent un spectacle hollywoodien, des combats intenses et constants, du spectacle…
Ils ne réalisent pas que dans 99% des secteurs, le front n’est constitué que par une chaîne de block-posts et de positions enterrées.
Le contact avec l’ennemi a souvent été rompu et celui-ci, dans bien des cas, se situe à des kilomètres. Il faut donc aller le « chercher ».

Le front, c’est une longue attente, un quotidien triste, gris, bien peu glorieux, entrecoupé de très brefs moments de chaos et d’adrénaline. J’ai connu plusieurs fronts, de Donetsk à Debaltsevo et Marioupol.

J’ai participé (en désobéissant à mes commandants) à quelques actions « agressives ».
Enfin, j’ai été blessé, mais seulement légèrement. Ce jour là, plusieurs de mes camarades ont été tués et d’autres blessés gravement, je m’estime donc très chanceux.

Breizh-info.com : En France, les médias mainstream ont une vision particulière de l’Ukraine et ne comprennent pas le séparatismeLa Russie a t-elle l’influence que les médias occidentaux décrivent ? 

Guillaume Lenormand : A vous de l’expliquer. Au Donbass, nous sommes géographiquement, culturellement et linguistiquement en Russie. Dissocier le Donbass et son peuple de la Russie, serait aussi bête que s’offusquer que la France soutienne une rébellion séparatiste au Québec ou en Wallonie, par exemple.

Pour autant que je puisse en juger, c’est le peuple russe qui aide directement le Donbass, par l’envois de volontaires et de matériel acheté dans des surplus ou des magasins de sport.

L’Etat russe, lui, agit sur un plan diplomatique, il ne faut donc pas tout confondre. On ne passe pas la frontière impunément, la légalité est respect