14:21 04.06.2015(mis à jour 14:58 04.06.2015) URL courte
Françoise Compoint
Situation en Syrie (276)

Un véritable casse-tête : voilà comment le Huffington Post a caractérisé le mystère des insuccès accumulés par la coalition. Mme Myriam Benraad, chercheuse spécialiste de l'Irak, avait alors pointé du doigt la divergence des objectifs des divers membres de cette coalition si peu efficace sur le terrain.

Comme par hasard, cet article interrogateur dont le ton avoisine le désarroi intervient après la publication de toute une série d'analyses délibérément superficielles visant à dénigrer l'armée arabe syrienne — la focalisation médiatique sur Palmyre n'avait rien d'aléatoire — et la veille de la réunion des 22 alliés « anti-Daesh ».

Pour le moment, deux grilles de lecture pourraient être retenues. Celle de Thierry Meyssan qui à l'issue de cette conférence entreverrait quelques éclaircies se résumant à ceci: les termes du document final prévoient, primo, un engagement cette fois résolu des States contre l'EI, cela au nom du dossier nucléaire iranien dont on attend qu'il soit signé aux alentours du 30 juin, secundo, la possibilité d'une coordination entre les forces de la coalition et l'armée gouvernementale. Ce qui néanmoins saute aux yeux, c'est le caractère incompatible de cette coordination éventuelle avec la transition politique aveuglément requise par le Quai d'Orsay, une exigence reformulée entre autres par Fabius mais derrière laquelle on devine bien entendu la sacro-sainte volonté américaine d'aller jusqu'au bout d'un agenda refixé en 2006 avec la publication d'une carte moyen-orientale remodelée. De ce point de vue, l'interprétation préalable du Réseau Voltaire — il s'agit pour le moment d'une esquisse appuyée sur un compte-rendu — nous laisse un peu sur notre faim.

L'inadéquation des intentions exposées dans la déclaration finale trace de facto une autre grille de lecture selon laquelle le réajustement de la stratégie US en Syrie aux exigences du dossier iranien ne relève que du prétexte pur et simple. Washington ne renoncera pas à son découpage de la région et nous en voulons pour preuve, en Syrie, le projet de renversement d'Assad — un renversement par définition armé le Président n'étant pas prêt à partir et qui suppose l'entraînement de miliciens orientés contre le « régime » — en Irak, l'armement des tribus sunnites. La stratégie de division est donc plus que jamais au rendez-vous.

Ces deux positions étant à clarifier, je me suis adressée aux lumières de Richard Labévière, journaliste et essayiste, rédacteur en chef de la revue de l'Institut des hautes études de défense nationale « Défense » (2003-2010), rédacteur en chef d'Esprit@corsaire.

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