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|  Par Fabrice Arfi et Lénaïg Bredoux et martine orange et Jérôme Hourdeaux et Julian Assange (Wikileaks)

En plus de l'espionnage diplomatique et politique, les États-Unis utilisent les moyens non conventionnels de la NSA pour mettre à mal la concurrence française sur les grands marchés internationaux, selon six documents « top secret » obtenus par WikiLeaks.

C’est une guerre. Elle est économique, clandestine et sans règle, et peut fausser tout le jeu de la concurrence internationale. Plusieurs personnalités politiques et hauts fonctionnaires français ont été écoutés ces dernières années par la National Security Agency (NSA) sur fond d’espionnage économique massif de la France par les États-Unis, selon cinq synthèses d’interceptions téléphoniques rendues publiques par WikiLeaks.

Les deux anciens ministres de l’économie François Baroin et Pierre Moscovici (aujourd’hui commissaire européen), un sous-directeur du Trésor ainsi qu’un diplomate de haut rang et un parlementaire socialiste ont fait partie entre 2004 et 2012 des cibles américaines, d’après ces documents que publient Mediapart et Libération, en collaboration avec WikiLeaks.

Un autre document de la NSA de 2002 actualisé en 2012, également obtenu par l’organisation de Julian Assange, montre que tous les moyens des services secrets américains sont mis à contribution pour espionner les négociations de « toute proposition de contrats français » à l’export, que ce soit dans les domaines des télécommunications, de l’électricité, du pétrole, du gaz, du nucléaire, mais aussi des énergies renouvelables, des transports, de la santé ou des biotechnologies. La plupart des grandes entreprises françaises présentes à l’international sont par conséquent les cibles potentielles de la curiosité agressive de Washington, qui met à la disposition des intérêts privés américains tout son appareil d’État.

Cette mission de la NSA est la moins fréquemment évoquée, mais elle est peut-être la plus importante. C’est celle qui justifie les moyens exorbitants déployés par les services. Depuis nos révélations sur l’espionnage des trois derniers présidents de la République, les officiels français le disent d’ailleurs souvent à l’abri du off : s’ils ne sont guère surpris par l’espionnage diplomatique, ils confient leur inquiétude sur l’ampleur du renseignement économique et sur ses conséquences sur la capacité de la France à obtenir certains contrats.