Monsieur Roger-Petit n’aime pas ce que j’écris. C’est son droit le plus strict. Mais cela ne lui donne pas le droit de mentir, ce qu’il a fait dans les dernières colonnes du magasine Challenges qui appartient au même groupe que le NouvelObs. Ces mensonges pourraient n’être qu’anecdotiques. Ils sont communs dans une partie (et une partie seulement) de la gens journalistique. Mais ces mensonges viennent dans un contexte qui n’est pas sans conséquences. La question de la souveraineté est posée, et avec elle celle de la légitimité d’un pouvoir électoralement aux abois. Il est d’ailleurs savoureux de constater que le P« S » nous ressort une variante du « moi ou le chaos » que Mitterrand en son temps dénonçait à la veille d’élections régionales qui promettent d’être catastrophiques. De ce point de vue, ces mensonges sont symptomatiques.

 Un certain Bruno Roger-Petit, etc, etc…(p.c.c. Jacques Prévert)

Revenons sur le contexte immédiat. L’article de Roger-Petit[1] se veut une réaction à une interview de Thomas Guénolé publiée sur FigaroVox[2]. L’argument de Guénolé est assez simple, mais efficace. Il constate que le débat public autour des idées de Michel Onfray et des miennes traduit un retour en force de la gauche du « non » au référendum de 2005. Et c’est bien cela qui énerve Roger-Petit. Seulement, tout à son énervement, il passe la ligne que tout journaliste devrait s’interdire de franchir. Il le fait avec des précautions de jeune pubère de 12 ans devant sa première femme ; que l’on en juge : « Guénolé ne dit pas autrement que Michel Onfray, qui lui-même ne dit pas autrement que Jacques Sapir, économiste réputé proche du Front de gauche et qui aujourd’hui déclare que si l’on est de gauche, il faut s’allier au FN, au nom du souverainisme salvateur[3] ». Remarquons la construction alambiquée de la phrase « Guénolé dit ce qu’Onfray dit ce que Sapir dit… ». A votre âge, Monsieur Roger-Petit, les testicules sont bien descendus dans les bourses que l’on sache. Quitte à mentir, faites le plus directement. Car, je n’ai jamais écrit nit dit « (qu’) il faut s’allier au FN, au nom du souverainisme salvateur ». Ce que j’ai dit, que ce soit dans l’interview accordée à FigaroVox ou dans différentes notes sur le carnet RussEurope est très différent. J’appelle, à la suite de Stefano Fassina[4], à un front des opposants à l’Euro. J’en exclus aujourd’hui le FN mais, considérant les évolutions de ce dernier, ce qu’un autre journaliste de Challenges semble avoir lui aussi remarqué[5], je dis aussi qu’à terme cette question se posera à l’évidence[6]. Dire cependant qu’une question est posée n’induit pas sa réponse, sauf à adopter la logique inquisitoriale qui est celle, visiblement, de Roger-Petit. Quand j’écris sur la version de l’interview publiée sur Russeurope que « La présence de Jean-Pierre Chevènement aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan lors de l’Université d’été de Debout la France est l’un des premiers signes dans cette direction. Mais, ce geste – qui honore ces deux hommes politiques – reste insuffisant. A terme, la question des relations avec le Front National, ou avec le parti issu de ce dernier, sera posée »[7], je ne fais qu’énoncer une vérité. Oui, la question des relations avec le FN ou le parti lui succédant sera posée (notons le futur) mais le dire n’implique rien quant à la réponse qui pourra être donnée à cette question. Et ceci pour la bonne raison qu’aujourd’hui nous ne savons pas quelles seront les évolutions futures de ce parti.

 Roger-Petit ne sait pas lire…

Notons aussi que le sieur Roger-Petit ne comprend visiblement pas la différence qui existe entre une « alliance » et un « front ». Pourtant, s’il se donnait la peine de lire, il verrait que j’explique très précisément ce qu’il faut entendre par un « front »[8] : « Un « front », et tout particulièrement un « front de libération nationale », implique la participation de courants extrêmement divers. La formule des « fronts de libération nationale » s’applique si l’on considère que le pays est en voie d’assujettissement par une puissance étrangère. Il est évident qu’elle implique des divergences importantes entre ses membres,… L’alliance du Parti Communiste chinois avec le Guomindang dans le « front uni antijaponais » (1936-1937 à 1945) est au contraire un exemple de cette logique des « fronts de libération nationale »…. C’est ici clairement un « front » entre anciens ennemis. »

Mais, le sieur Roger-Petit n’a visiblement pas le temps de lire. Baste, mentir prend du temps ; cela occupe…Car ce mensonge n’est pas le seul. Au paragraphe suivant de son papier cet auteur écrit : « Relisons ce que préconisent Guénolé et ses camarades du “Non de gauche” en guise de programme économique et social : sortir de Schengen, pratiquer l’immigration choisie, sortir de l’Euro… C’est le programme du FN, ni plus, ni moins [9]». Sauf que la sortie de Schengen est demandée par d’autres partis que le FN, que l’immigration choisie figure dans le programme de l’ex-UMP rebaptisée « Les Républicains » et que la sortie de l’Euro figure au programme de très nombreux groupes et mouvements. Mais, il faut ici comprendre ce qui se passe dans la cervelle retorde de Roger-Petit. C’est un raisonnement d’amalgame, assez plaisant pour un auteur qui ne cesse par ailleurs de dire « pas d’amalgame ». Si le FN dit qu’il fait beau un bon matin, tous ceux qui ferons la même constatation seront nécessairement d’accord avec le FN. Sophisme admirable ! Et dont on voit bien l’utilité politique immédiate. Alors que se profilent des élections que les sondeurs prévoient catastrophiques pour le P« S », on cherche à déconsidérer toute opposition réelle ou potentielle à ce parti aux abois. En un sens, Roger-Petit se situe au même niveau qu’un Cambadélis, quand ce de