Sur REGARDS CITOYENS

Quelle signification emporte l'usage des termes "gaulliste" et "gaullien" en 2015 ?

Publié le 28 septembre 2015 par Patrice Cardot

La figure emblématique du Général de Gaulle est convoquée, non seulement en France mais également ailleurs dans le monde, à chaque fois qu'une épreuve douloureuse met à mal soit des principes et des valeurs universelles auxquels la nation française a su apporter grandeur, force et éclat, soit l'indépendance, la souveraineté ou le libre arbitre des Nations, des Peuples, des Etats et des individus épris de liberté, de justice et de dignité.

En France, l'évocation de cette figure historique revêt diverses formes selon les circonstances et les individus  quand il s'agit de se prononcer en faveur d'une "certaine idée de la France", de "l'indépendance nationale", de "la résistance à toute forme d'oppression" ou du "droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes".

La personnalité charismatique du Général structure quelquepart le paysage politique et social en France, qu'on le veuille ou non !

On s'y revendique parfois soit "gaulliste", qualité qui s'applique non seulement à des individus mais aussi à des mouvements politiques, soit "gaullien", qualité qui s'applique d'abord, sinon exclusivement, à des mouvements de la pensée et de l'action politiques ou à des accents particuliers d'un discours ou d'une intervention publiques.

Que l'on soit riche ou misérable, puissant ou faible, civil ou militaire, "Français de souche" ou "Français issus de l'immigration", descendant ou parent d'un ancien résistant, souverainiste, libéral, libertaire, conservateur, eurobéat, euroréaliste, eurosceptique, atlantiste .... ou leur contraire ..., ou tout simplement un individu ayant été un jour saisi par la grandeur de la magistrature de cet homme, de ce militaire hors norme, de ce serviteur de l'Etat si singulier qui s'est forgé en Homme d'Etat illustre à la faveur des soubressauts répétés de l'Histoire, chacun peut aujourd'hui avoir le désir - ou la faiblesse - de se sentir, de se vouloir, de s'affirmer, dans les alcôves de sa propre intimité, sur les plateaux des médias, dans les salons de la République ou ailleurs, tantôt "gaulliste", tantôt "gaullien", "proche des idées du général de Gaulle" ou "sensible aux arguments et aux idées du général de Gaulle".

A contrario, on se définit également en France comme "en contradiction avec les" ou comme "opposant aux" idées, thèses, choix et/ou décisions du Général de Gaulle, quand bien même on ne se définirait pas pour autant comme "anti-gaulliste", que ce soit par conviction, par sensibilité, par militantisme et/ou par engagement politiques.

Alors que faire référence au "gaullisme", et notamment au "gaullisme de la première heure" renvoie aux heures, aux choix et aux luttes parmi les plus nobles de la très longue et très riche carrière du Général qui ont suivi son envol vers Londres pour y prononcer son célèbre appel, y porter haut les couleurs de la France libre et pour y organiser la résistance contre l'occupant sous la bannière de la Croix de Lorraine en même temps que pour y penser la France de l'après-guerre ainsi que la décolonisation des "territoires de la France du dehors", faire référence à l'avatar contemporain du gaullisme d'antan, le gaullisme institué en projet et en force politiques, renvoie peu ou prou, en 2012, à des formes d'autoritarisme, de conservatisme, d''immobilisme et de souverainisme les moins éclairées qui soient !

Que ce soit en France, en Europe ou dans le Monde, faire état en 2012 de son statut, de son comportement, de son engagement ou de son idéal "gaulliste" ne conduit plus aussi spontanément que jadis à l'adhésion de ceux que l'on cherche à convaincre ! Y compris quand ces références sont le fait de personnages politiques qui ont eu la chance et l'honneur d'être portés sur les fonds baptismaux politiques par d'illustres "gaullistes de la première heure", ces thuriféraires de la mémoire et de l'héritage du Général qui se sentent encore aujourd'hui investis de la mission de porter haut son "message" et sa "pensée" eu égard à leur caractère intemporel !
Pourquoi ? Probablement en bonne partie parce que celà renvoie aujourd'hui d'abord, pour la majorité des individus qui n'ont pas connu le Général de Gaulle, à des épisodes douloureux de l'Histoire et à des méthodes d'une rare violence que des situations exceptionnelles ont pu favoriser, au nom d'une conception des droits et des devoirs attachés à l'exercice d'une résistance à un oppresseur ou encore à la "raison d'Etat" et aux exigences qu'elle emporte, qui apparait à tout un chacun condamnable sur les plans moral, politique et judiciaire, dans des  circonstances normales (exécutions sommaires à la fin de la guerre 1939-1945, épisodes funestes de la fin de la guerre d'Algérie, activités criminelles du service d'action civique - SAC - face à l'OAS au cours des années 60, massacres policiers de mai 1967 aux Antilles, mise sous tutelle étatique autoritaire des média, etc.).

A tort, bien sûr, puisque la singularité en même temps que la force du projet gaulliste tel qu'il fut porté par la personne du Général réside dans cette volonté et cette capacité singulières non seulement de ne jamais se résigner ni à la soumission, ni à l'outrage, ni au découragement, ni à la démission lorsque les circonstances sont défavorables, mais surtout, de puiser dans les ressources personnelles et collectives les ressorts d'un sursaut salvateur.

Etre, vouloir être ou se définir comme « gaulliste », c'est être imprégné et vouloir faire vivre en toutes circonstances des principes et des valeurs que la France a su progressivement ériger en vertus républicaines, telles que celles de liberté, d'égalit