Par Jean Shaoul

24 octobre 2015

Mardi, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a jeté le blâme pour la Solution finale de Hitler sur les dirigeants nationaux palestiniens. Prenant la parole à la 37e Congrès sioniste mondial à Jérusalem, il a dit que l'extermination dans les chambres à gaz de six millions de juifs européens n'était pas l'idée de Hitler, mais celle du Grand Mufti de Jérusalem, qui supervisait les sites musulmans de la ville.

Netanyahu prétend que « Hitler ne voulait pas exterminer les juifs à l'époque, il voulait expulser les juifs. Et Haj Amin al-Husseini est allé à Hitler et a dit : 'Si vous les expulsez, ils vont tous venir ici [la Palestine, alors sous domination britannique]. 'Alors, que dois-je faire avec eux ? ' a demandé [Hitler]. [Husseini] a dit: 'Brûlez-les'. »

Tout ce récit de la conversation entre Hitler et Husseini est un mensonge.

Husseini était un leader nationaliste bourgeoise, qui s'est tourné vers l'Allemagne pour contrer les Britanniques, qui avaient promis en 1917 de créer une patrie pour les Juifs en Palestine. Il était opposé à la fois à une patrie juive et à l'immigration des Juifs en Palestine, et a rencontré Hitler le 28 novembre 1941. Mais le rapport officiel de la réunion ne fait aucune référence à de telles remarques. Il n'y a, en fait, aucune preuve qu'il était au courant de la Solution finale, étant donné qu'elle a été cachée pendant des années.

Le plan pour liquider les Juifs venait d'Hitler. En janvier 1939, plus de deux ans avant la réunion avec Husseini, Hitler avait déclaré son intention d'exterminer la race juive au Reichstag, le parlement de l'Allemagne nazie.

La dénonciation des remarques de Netanyahu par les historiens, les survivants de l'Holocauste d'Israël et des politiciens internationaux a été presque universelle. Il s'est lui-même ouvertement associé à des apologistes d'Hitler et s'est aligné à des forces réactionnaires telles que Jörg Baberowski, professeur d'histoire de l'Europe orientale à l'Université Humboldt de Berlin, qui a affiché son soutien pour l'apologiste nazi Ernst Nolte, déclarant, « Hitler n'était pas un psychopathe, il n’était pas brutal. » Sur la base de tels mensonges sur les intentions pacifiques de Hitler, tous les néo-fascistes vont maintenant se sentir libres d'adopter ces opinions.

Angela Merkel, la chancelière allemande, gênée, aux côtés de Netanyahu lors d'une conférence de presse mercredi, a déclaré que la responsabilité de l'Holocauste incombait aux Allemands. Son porte-parole Steffen Seibert a ajouté: «Tous les Allemands connaissent l'histoire de la folie raciste et meurtrière des nazis qui a conduit à cette rupture avec la civilisation qu'était l'Holocauste. [….] Nous savons que la responsabilité de ce crime contre l'humanité est allemande et tout à fait la nôtre. »

L'apologie de Hitler par Netanyahu ne fut pas une remarque impromptue, elle faisait partie d'un discours préparé. Ce n'est pas non plus la première fois qu'il l'affirme. Il est établi qu'il a fait une allégation similaire en 2012, qualifiant Husseini de « l'un des principaux architectes » de la solution finale.

Bien sûr, le Grand Mufti n'est pas la cible principale du révisionnisme historique de Netanyahu. Son but n'est rien de moins que l'attribution des crimes nazis aux Palestiniens.

Aucune responsabilité pour l'Holocauste ne revient aux Palestiniens. L'Holocauste était le produit des contradictions de la société capitaliste européenne, dans les conditions de l'explosion de la Seconde Guerre mondiale, menée par l'impérialisme allemand. La férocité génocidaire des nazis est née de l'interaction de deux processus : les craintes de la classe capitaliste envers le mouvement ouvrier socialiste, et l'héritage long et nocif de la haine du Juif européenne, transformée en antisémitisme politique.

Le but politique des remarques répugnantes de Netanyahu est évident : il s’est manifesté quelques jours après que son gouvernement a mis Israël sur le pied de guerre civile, avec l'annonce de mesures qui mettent les citoyens et