guerre proxy 3

Gabriel Rabhi, auteur du documentaire « Dette, crise, chômage : qui crée l’argent ? » et passionné de géopolitique replace les attentats de Paris dans le contexte global des luttes d’intérêts entre grandes puissances. Il nous livre une analyse étayée, au delà de l’émotion et des déclarations étriquées omniprésentes dans les médias de grande diffusion.

En ces jours funestes, au delà de la tristesse et de la colère, que faut-il comprendre de ces attentats ? Et comment les expliquer ?

Chacun s’interroge, et je m’interroge aussi. Je crois que la première chose qu’il faut comprendre, c’est que l’émotion et la colère que nous ressentons sont celles que ressentent quotidiennement les Syriens, les Lybiens, les Irakiens, les Afghans, les Yemenites, ces populations qui comptent chaque jours leurs morts. Qu’ont ces pays en commun ? Soit ils ont été la cible de guerres d’agression occidentales, soit ils font l’objet de manipulations d’esprit postcoloniales. Ces pays se posent exactement les mêmes questions que nous aujourd’hui, et parfois depuis des décennies et après des millions de morts : comment une telle situation de chaos et d’horreur est-elle rendu possible sur notre sol et dans nos rues ?

La question n’est pas tant « pourquoi » il y a des attentats ou des conflits armés, car il y a partout des assoiffés de pouvoir, des extrêmistes et des factions violentes prêtes à commettre le pire, mais comment ceux-ci ont ils été rendus possibles. Qui a permis au pire de se réaliser ? Il faut bien une volonté quelque part, car aucun peuple, je dis bien aucun peuple, n’a envie de subir la violence ni de vivre des guerres.

 La réponse est éminemment géopolitique : la fable du djihadiste en voulant à l’Occident parce que nous sommes des pays libres et civilisés est une imposture. Oui, de telles idéologies existent, mais elles sont identifiées et dans la plupart des pays leurs acteurs bien maitrisés, autant dans ces pays lointains qu’à l’intérieur de nos frontières. Et les conflits séculaires sont généralement circonscrits, délimités, avec des factions bien séparées.

 Le déchainement de violence que l’on connaît depuis quelques décennies ne peut se comprendre que sur le temps long. Il y a quelques siècles, la conquête d’un territoire consistait à investir des lieux en soumettant les autochtones par la force ou en les exterminant. Ce fut le cas, par exemple, pour les amérindiens, exterminés par les colons venus d’Europe. Plus tard, le colonialisme consistait à annexer des territoires avec une armée colonisatrice, et à marginaliser les cultures locales pour soumettre et administrer les populations. Dans les deux cas, le but était de pouvoir disposer des terres et des richesses, et pour cela il fallait des autorités locales qui émanent directement du