Diffusion : mardi 9 février 2016
A la Une: la Russie rebat les cartes en Syrie

AFP

C’est un tournant dans la guerre en Syrie. L’armée de Damas, appuyée par d’intenses frappes aériennes russes, est en passe de reconquérir Alep, la deuxième ville du pays, tenue par la rébellion démocratique. « Alep, offensive décisive pour le régime Assad », s’exclame Le Monde en première page. Du coup, « la diplomatie est tétanisée, constate le quotidien du soir. Le processus initié à Vienne à l’automne 2015 pour un règlement politique de la crise syrienne entre les principaux acteurs internationaux du conflit, ce processus est déjà moribond. »

Car, explique Le Monde, « l’offensive d’ampleur lancée par le régime syrien à Alep, le 1er février, avec le soutien de la Russie et de l’Iran, n’a pas seulement condamné à l’échec les fragiles pourparlers de paix intrasyriens qui se tenaient alors à Genève sous l’égide des Nations unies. Elle a confirmé la détermination de Moscou à imposer sur le terrain les termes d’une solution politique. La perspective de sceller le sort de la rébellion à Alep encourage la Russie à aller au bout de la logique qui a sous-tendu son intervention en Syrie depuis l’automne 2015, à savoir, précise Le Monde, remettre en selle le président Bachar Al-Assad pour le poser en seule alternative aux jihadistes de l’organisation Etat islamique. Au grand dam de l’opposition et de ses soutiens étrangers, qui se trouvent à court d’arguments et de leviers face à la détermination russe. »

« Alep, tournant de la guerre civile syrienne », renchérit Le Figaro qui constate aussi que « la progression de l’armée de Damas, appuyée par les frappes russes, bouleverse la donne militaire et diplomatique. » Moscou avance ses pions : « Imposer sa solution sur le terrain en faisant de Bachar el-Assad la seule alternative aux jihadistes de Daech, c’était précisément l’un des objectifs de Vladimir Poutine, pointe Le Figaro, lorsqu’il a envoyé son armée au secours du régime syrien, le 30 septembre. C’est la raison pour laquelle il a compromis les négociations de Genève la semaine dernière en lançant son offensive contre Alep le premier jour de la conférence. Comme Bachar el-Assad, Vladimir Poutine a toujours soutenu que l’opposition syrienne, qu’il qualifie de  » terroriste « , ne pouvait faire partie de la solution en Syrie. Il lui faut donc éviter qu’elle ait son mot à dire sur l’avenir du pays, dans les enceintes diplomatiques comme sur le terrain. »

Et puis, poursuit Le Figaro, « en s’engageant militairement en Syrie, Moscou veut prendre sa revanche sur l’adversaire américain vainqueur de la guerre froide, mais aussi affaiblir et diviser l’Europe. En reprenant le contrôle de la Syrie utile, il consolide le régime de Bachar et restaure l’influence russe au Moyen-Orient. En coupant la route de la Turquie, la Russie casse l’approvisionnement en armes de la rébellion et fait un pied de nez à Erdogan, avec qui les relations sont exécrables. »

Pour Libération, « la chute d’Alep serait une tragédie et pas seulement pour la Syrie. Ce qui reste de crédibilité des Occidentaux est en jeu. A l’été 2013, malgré les «  lignes rouges  » clamées par Barack Obama, Washington avait renoncé à frapper un régime qui employait l’arme chimique contre son propre peuple. Cette dérobade a eu notamment pour conséquence d’encourager Poutine à la surenchère au Moyen-Orient ainsi qu’en Ukraine. »

Et Libération de s’interroger : « Deux ans et demi plus tard, un Obama encore plus timoré va-t-il rester sans réagir face à l’anéantissement des forces de la coalition de l’opposition que Washington soutient aux côtés de l’Arabie saoudite et de la Turquie ? On peut le craindre, répond Libération. Des centaines de milliers de civils dans une cinquantaine de villes sont assiégés par un régime qui n’hésite pas à utiliser la famine comme arme de guerre. C’est le cas à Madaya, 40 000 habitants, pourtant tout près de la frontière libanaise. Bientôt, ce pourrait être le sort d’Alep. »…/…

http://www.rfi.fr/emission/20160209-une-russie-rebat-cartes-syrie