14/02/16

SYRIE - L'Europe se rend complice d'Erdogan

 

sur Politis

 

La France appelle Ankara à cesser ses bombardements dans les zones kurdes de Syrie, mais reste muette, comme l'UE, face à la guerre conduite contre les Kurdes dans le sud-est de la Turquie.

De cette guerre silencieuse, que va-t-il rester ? Lundi 8 février, «soixante civils ont été massacrés». Mercredi 10 février, «vingt autres ont été brûlés vifs». Il y aurait des centaines de milliers de déplacés. C'est en tout cas ce que dénonce Cemilé Renklicay, co-présidente du Conseil démocratique kurde en France (CDKF). «À Cizre, on ne cesse de déterrer des cadavres des sous-sols», poursuit la militante, amère face à l'indifférence de l'Union européenne. Chaque jour, la situation se dégrade. Dans les rues de Paris, les manifestations visant à révéler les exactions commises par l’armée turque et à alerter les dirigeants européens sont devenues quasi quotidiennes. Dans les cortèges, toujours le même message : si aujourd'hui l'Europe «cède au chantage» de la Turquie pour qu'elle contrôle ses frontières et le flux de réfugiés venus d'Irak ou de Syrie, demain «elle devra se préparer à voir les Kurdes fuir la Turquie».

À lire >> Kurdes : Le silence coupable de l'Union européenne

«La Turquie est devenue une sorte de bateau ivre», résume Hamit Bozarslan, directeur de recherche à l'EHESS, qui qualifie lui aussi le silence «complice» européen de «très inquiétant». Selon lui, «Erdoğan est à la fois la source et l'horizon unique de légitimité», puisque tout relève presque exclusivement de son domaine : «Le régime a redéfini la notion même de la politique comme une guerre, un acte de vengeance.» Si l'autoritarisme d'Erdoğan s'est habilement mis en place au fil des années, alors qu'il n'était encore que Premier ministre, la défaite de l'AKP aux élections législatives de juin 2015 représente un événement déterminant. En perdant la majorité au Parlement qu'il détenait depuis une dizaine d'années, le gouvernement islamo-conservateur, victime de sa paranoïa, s'est ouvertement engagé dans une répression belliqueuse, soutenue par une rhétorique guerrière :

Lorsque vous lisez la presse turque, vous êtes stupéfait de la simplification de la syntaxe politique. Désormais, le vocabulaire du politicien se réduit à cinq ou dix mots : «traîtres», «ennemis de l’intérieur», «brouillons d’intellectuels» ou encore «terroristes»… Il n’y a plus d’opposants, il n’y a que des ennemis. Tout acte d’opposition ou de résistance est considéré comme un acte de trahison env