Sur le FIGARO

Publié le 07/03/2016 à 17:20
Au centre, le président du Conseil européen, Donald Tusk, serre la main du premier ministre turc Ahmet Davutoglu

 

FIGAROVOX/ANALYSE - Se tient ce lundi un conseil européen extraordinaire à Bruxelles. Pour Alexis Feertchak, la Turquie est en position de force, ce qui paraît de mauvaise augure pour la résolution du conflit syrien et de la crise migratoire.


Diplômé de Sciences Po Paris, Alexis Feertchak est fondateur du site internet et de l'application iPhilo.


L'incapacité chronique de l'Europe à relever les défis historiques par elle-même l'amène généralement à laisser à d'autres le soin de le faire. L'histoire européenne qui pourrait s'écrire à Paris, à Berlin et à Londres est le plus souvent déléguée à Washington. Par moment, Riyad ou Doha se chargent aussi d'écrire quelques pages en promettant des montagnes de contrats aux chancelleries européennes transformées pour l'occasion en représentants de commerce. Face à la crise migratoire, telle est aujourd'hui la solution européenne: se mettre sous la coupe du régime islamo-conservateur de l'autoritaire Recep Erdogan et mendier quelques concessions auprès d'Ankara. C'est une aubaine pour la Turquie qui, à force de jouer avec le feu dans le conflit syrien, finissait par s'isoler diplomatiquement sur la scène internationale.

Ceci n'a pas échappé à Selim Yenel, ambassadeur turc auprès de l'Union européenne, qui déclarait récemment: «L'ironie de cette histoire, c'est que c'est à nous d'arrêter le flux, à nous de sauver l'UE!». Comme la Turquie n'en fait pas partie, autant qu'elle monnaie chèrement une telle mission. D'où vient que l'Europe a pu se placer dans une telle impasse, qu'elle est aujourd'hui acculée et soumise au chantage de Recep Erdogan?

L'échec historique de Berlin

L'Allemagne a joué avec le feu en annonçant qu'elle accueillerait 800 000 migrants en 2015 et 3,6 millions d'entre eux d'ici 2020 sans considérer que cette politique d'accueil généreuse aurait nécessité au préalable une concertation entre l'ensemble des pays européens dans le cadre des accords de Schengen. Habitué à sonner le «la» des décisions de l'UE, Berlin pensait pouvoir imposer aux pays européens une politique de quotas capable de r