1 - OTAN, histoire et fin ?

Chapitre 1. Quand s’achève l’histoire du Pacte de Varsovie

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Par Catherine DURANDIN, le 26 septembre 2013  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeur des Universités, historienne, ancien élève de l’ENS, ancienne auditrice de l’IHEDN, enseigne à l’INALCO. Ex - consultante à la DAS, ministère de la Défense, elle a publié un grand nombre d’articles et d’ouvrages consacrés aux équilibres géopolitiques du monde contemporain.

Le Diploweb.com publie un livre de Catherine Durandin, OTAN, histoire et fin ?.

1 - OTAN, histoire et fin ?

Chapitre 1. Quand s’achève l’histoire du Pacte de Varsovie

« Le Pacte de Varsovie en action, dans sa confrontation avec l’Alliance atlantique, a monopolisé l’Histoire au point de la figer. Suspendue à cette confrontation, la marche du monde s’est arrêtée : tout problème relevant des relations internationales se fondait dans le choc potentiel de deux blocs, s’encastrait dans une bipolarité régissant un ordre mondial devenu immuable, semblait-il (…) Représentation matérielle d’une idéologie en croisade, le Pacte ne pouvait survivre à la chute de cette idéologie. »

Henri Paris, Le Pacte de Varsovie en action, Presses de la Sorbonne, Paris 1995, tome 2, p. 1394.

. Voir l’introduction de l’ouvrage et son sommaire

UN DIMANCHE d’automne 1988, septembre. Une ville de province hongroise, à une heure de voiture de Budapest environ, une ville moyenne, avec au centre une place, un jardin public, une église et des conscrits russes en permission, des garçons tout blonds qui déambulent, mangeant des glaces. Des Russes, installés en garnison, en 1988 la Hongrie est toujours membre du Pacte de Varsovie depuis sa formation en mai 1955. Deux universitaires français, en visite à Kecskemét. Trois jeunes Russes pénètrent dans l’église, ils portent des décorations sportives sur leurs vestes d’uniforme. C’est dans l’église que s’opère le troc avec les Français : décorations des Russes contre cigarettes américaines. Un échange tranquille, pas d’état d’âme. Les jeunes Russes ressortent au soleil, sur la place, cigarettes en poche, visages fermés.


Catherine Durandin, OTAN, Histoire et fin ? Ed. Diploweb, 2013

Le livre complet au format pdf. 2,2 Mo

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C. Durandin. L’OTAN, histoire et fin ?
Le livre complet au format pdf. Diploweb.com 2013. Tous droits réservés.

Automne 1988, la Hongrie en frémissements, en mouvement. Intellectuels, historiens et philosophes se perdent en longues soirées de débats avec leurs homologues occidentaux, des historiens français et américains. De ces discussions passionnées, ressortent un thème central, récurrent, une aspiration majeure : la réhabilitation des victimes de la répression soviétique des journées de fin octobre et début novembre 1956. C’est en juin 1989, qu’ Imre Nagy, le communiste patriote, exécuté en 1958 pour avoir osé demander la neutralité de son pays et sa sortie du Pacte de Varsovie, est réhabilité et remis en terre avec des funérailles qui l’honorent. Les Hongrois se réapproprient la lecture de leur histoire. François Fejtö, historien d’origine hongroise, considère : « C’est toutefois la cérémonie du souvenir organisée le 16 juin 1989 sur la place des Héros de Budapest à l’occasion des funérailles officielles d’ Imre Nagy et de ses compagnons exécutés en juin 1958 qui apparut comme un enterrement du système communiste. » [1] Vertiges du retournement de l’Histoire : le libéral Viktor Orban, en ce jour, prend la parole pour réclamer des excuses du gouvernement soviétique et le châtiment de ses complices hongrois !

Ces moments ne s’oublient pas : d’un côté, des conscrits russes vendent leurs décorations, de l’autre l’homme qui a voulu la rupture du lien idéologique et militaire avec Moscou en 1956, est célébré ! La Hongrie, comme la Pologne glisse vers une sortie de l’espace soviétique, rupture en prudence, négociée. De Washington, le Président George Bush père et ses conseillers observent cette dynamique, ils l’accompagnent, ils vont l’instrumentaliser.

Cette évolution de l’URSS et des pays frères est suivie de très près à Langley, au siège de la CIA. Le phénomène Gorbatchev, nouveau maître du Kremlin suscite, depuis 1986, des analyses serrées. Croire à la restructuration annoncée et poursuivie par Mikhaïl Gorbatchev, ou en rester à une interprétation suspicieuse : Gorbatchev n’irait pas plus loin que N. Khrouchtchev lorsqu’il dénonça les crimes, une partie des crimes de Staline, lors du XX ème congrès du parti, en février 1956. La question qui mobilise les forces du renseignement américain est très simple, elle se décline en plusieurs points d’interrogation : quel est l’état réel de la puissance militaire soviétique ? En fonction de ses moyens, à court terme, quelles sont les intentions de l’URSS ? Gorbatchev est-il le maître de la décision politique ? Sa longévité au pouvoir est-elle assurée ? Enfin, quelles sont les évolutions en cours au sein du Pacte de Varsovie ? Et jusqu’où Moscou peut-elle compter dans ses plans stratégiques sur ces composantes du Pacte que sont les pays frères ?

A Paris, un Jacques Sapir spécialiste des évolutions militaires et industrielles soviétiques se pose les mêmes questions. La balle est dans le camp des analystes, parmi eux, Hélène Carrère d’Encausse et Michel Tatu. Que peut-on attendre de Gorbatchev ? Est-il sincère ? Ruse t-il ?

Le renseignement américain à son poste

Nombre de précieuses et très précises analyses de la CIA portant sur les années Gorbatchev sont aujourd’hui disponibles. Certains documents ont donné lieu à des publications éditées dès 1999, sous l’égide du Centre de l’Etude du Renseignement (CSI Center for the Study of Intelligence) de l’ Agence de la CIA. [2] Quelques rapports ont été très partiellement caviardés à l’encre noire. La plupart des études sont accompagnées, en conclusion, d’un débat qui ouvre plusieurs hypothèses prospectives. Le travail est d’une grande qualité. Lire ces informations et suivre les essais de projection pour l’avenir permet de mesurer quelles furent les données dont disposaient Washington et l’OTAN, lorsque s’est dissous le Pacte de Varsovie en juillet 1991. Les Occidentaux étaient très bien informés de l’état des forces soviétiques, de leur capacité opérationnelle, de leurs handicaps. Du côté français, Jacques Sapir, dès 1988 avait proposé un état des lieux du système militaire soviétique, il s’appliquait en ces recherches à éviter tout excès d’un caractère idéologique que le sujet tendait à susciter. [3] Le jeu à jouer avec l’URSS en faillite, puis éclatée a donc relevé de choix politiques, car les données brutes, le terrain étaient largement connus. Il n’y eut pas d’aventurisme mais une conduite fondée sur ce qui apparut aux dirigeants américains comme la meilleure voie pour leur sécurité et le développement de leur puissance. Imaginons un puzzle qui se défait, un paysage qui se détruit en pièces désajustées. C’est avec ces pièces et en fonction de l’évolution de l’ex- adversaire que les administrations G. Bush puis B. Clinton ont monté une nouvelle architecture de sécurité.

A suivre les remarques des spécialistes de la CIA, un premier constat s’impose : le Pacte de Va