Discours de Jacques Nikonoff

Candidat à l’élection de la présidence de la République française au titre du Rassemblement pour la démondialisation à la Conférence internationale organisée par la coordination européenne anti-euro "Que faire après l’Union européenne ?"à Chianciano Terme (Italie), 16-18 septembre 2016

Séance d’ouverture avec les interventions de :

Julio Anguita, coordonnateur de Izquierda Unida (Espagne, par vidéo), Anthony Coughlan Directeur de The National Platform EU Research and Information Centre (Irlande), Inge Höger, Die Linke (Allemagne), Dimitris Kazakis, secrétaire général du Front ui populare – EPAM (Grèce), Leonardo Mazzei, Movimento di Liberazione Popolare - Programma 101 (Italie), Pedro Montes, MS21 (Espagne), Jacques Nikonoff, Rassemblement pour la démondialisation (France), Jacques Sapir, économiste, essayiste (France, par vidéo), Panagiotis Sotiris, secrétariat politique Unité Populaire et « Initiative pour la gauche communiste » (Grèce), Marco Zanni, député européen M5S (Italie).

Mesdames, messieurs, chers amis et camarades,

La déliquescence économique, sociale, morale, sécuritaire, diplomatique du système de l’Union européenne suscite une montée de l’indignation et de la protestation populaire dans tous les pays membres.

À juste titre, car les politiques impulsées par l’Union européenne, et relayées servilement par les pays-membres, martyrisent les peuples.

Ce sont les forces de la droite radicale, dans la plupart des pays, qui désormais captent une grande partie du mécontentement de la population.

Le seul exemple où la gauche dite radicale a connu une dynamique, y compris électorale, est celui de la Grèce.

Avec le résultat que l’on connait : la reddition de Monsieur Tsipras soutenu par quasiment toute la gauche radicale européenne.

Les classes populaires ont de très bonnes raisons de se détourner de la gauche.

Celle-ci, dans sa version social-démocrate, socialiste ou travailliste, a participé activement à la mise en place des plans d’austérité.

C’est le cas en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, en France et dans d’autres pays encore.

La gauche, dans sa version communiste ou d’extrême gauche, comme c’est le cas en France, reste engluée dans l’illusion qu’il serait possible de faire évoluer l’Union européenne de l’intérieur, vers des politiques progressistes, et se refuse à la rupture avec le système de Bruxelles.

C’est dans ce contexte que l’on peut observer néanmoins une évolution de certaines forces, en particulier de gauche, qui ont trouvé une formule mi-chèvre mi-choux, ou mi-figue mi-raisin, comme on veut, autour de la notion de Plan B.

La formule peut-être chimiquement la plus pure de cette nouvelle idéologie européiste vient de Monsieur Varoufakis, l’ancien ministre grec des Finances.

Voilà ce qu’il dit à Berlin, en février 2016, lors de la création de son mouvement transeuropéen porteur d’un « Plan B ».

« Il faut démocratiser l’Europe. Face au danger de retour en arrière chauvin vers le cocon illusoire des États-nations, convoquons une convention qui donnerait à celle-ci une véritable constitution d’ici 2025 ».

Une autre formule, proche de celle-ci, vient du Tsipras français, on l’appelle aussi parfois le Varoufakis français, qu’est Monsieur Mélenchon.

Fin juin 2016, sur son compte Facebook, Monsieur Mélenchon affirmait :

« L'heure du plan B va sonner. Ma candidature pour l'élection présidentielle est celle de la sortie des traités européens. L’Union européenne, on la change ou on la quitte. »

Il y a dans ces propos une évolution certaine.

Par exemple, Monsieur Mélenchon ne dit plus « l’euro est à nous, l’euro est à nous ! ».

Il ne traite plus les forces politiques comme la nôtre de « maréchalistes ».

C’est-à-dire d’être des partisans du Maréchal Pétain qui était en France le chef d’État qui a collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, parce que nous luttons pour la sortie de l’euro et de l’Union européenne.

L’évolution de ces personnalités et forces politiques comporte une double caractéristique.

D’un côté, il y en a qui prennent réellement et honnêtement conscience du rôle néfaste de l’Union européenne et qui la remettent en cause.

Ces personnes sont tiraillées, déchirées, entre leur volonté de construire une union européenne à laquelle ils croient profondément, et le spectacle lamentable qu’elle donne aujourd’hui.

Ils évoluent donc vers l’idée d’un Plan B, c’est-à-dire rester dans le cadre politique, institutionnel et juridique de l’Union européenne, tout en essayant de changer ce qui se trouve à l’intérieur de ce cadre.

Il faut leur tendre la main pour les aider à franchir le dernier obstacle, le plus difficile, celui de la prise de conscience que se sont bien les fondements de cette Union européenne-là qu’il faut éliminer, sans tergiverser, sans attendre, sans étape.

D’un autre côté, il y a aussi des gens de toutes sortes qui plaident également pour un Plan B mais qui le font par pur opportunisme.

Comme la pression populaire contre l’euro et l’Union européenne se fait de plus en plus forte, ils adoptent une nouvelle posture.

Il s’agit pour eux de montrer qu’ils sont très critiques envers l’euro et l’Union européenne pour tenter de séduire cet électorat, mais ils utilisent des formules ambiguës qui évitent toujours de dire les choses clairement, sans que cela ne les engage.

Dans cette catégorie nous avons en France Monsieur Mélenchon qui excelle pour brasser du vent.

Ces derniers sont les plus dangereux.

Ils constituent l’ultime rempart, le dernier recours – avec l’extrême droite – de l’Union européenne, en entraînant les citoyens excédés par ce système dans des impasses.

Ils jouent le même rôle que Tsipras en Grèce : bloquer l’évolution des consciences vers l’idée qu’il faut rompre.

Reprenons rapidement les arguments de Messieurs Varoufakis et Mélenchon.

Monsieur Varoufakis dit qu’ « Il faut démocratiser l’Europe. »

Bien sûr il a raison !

Mais il fait un contresens, car ce n’est pas l’Europe qu’il faut démocratiser mais l’Union européenne.

Qui aurait l’idée saugrenue de dire par exemple qu’il faut démocratiser l’Afrique, démocratiser l’Asie, démocratiser l’Amérique ou l’Australie ?

Monsieur Varoufakis confond l’Europe, qui est un continent, avec l’Union européenne qui est une forme politique.

C’est grave à ce niveau.

Mais il ne dit pas comment il compte s’y prendre pour « démocratiser » !

Il a raison de se taire sur ce sujet, cela lui évite le ridicule.

Car une fois que ces belles paroles sont prononcées, elles restent à flotter dans l’atmosphère, sans jamais retomber sur terre.

Et on comprend pourquoi, ce que Monsieur Varoufakis, manifestement, n’a pas encore compris ou fait semblant de ne pas comprendre.

Car le système de l’Union européenne, par construction, par principe, par essence, a été conçu précisément pour anéantir la souveraineté des peuples, là où ils peuvent s’exprimer et peser sur les choix politiques : l’État-nation.

Et par conséquent à éliminer la démocratie.