conflit-syrien

Mais que veut et que cherche tout ce petit Monde ?, … Irak, Syrie, Libye, Yémen, Turquie, Qatar, Arabie Saoudite, Russie, États-Unis, Ukraine, Europe et, enfin, la France.

Ce qu’on ne vous dit pas dans les journaux sur le rapprochement de la France et de l’Iran

Vous devez comprendre que tout est lié, et savoir quelles sont les raisons et objectifs stratégiques, économiques et géopolitiques qui en sont à l’origine.

Il me paraît nécessaire de les expliquer plus clairement et en toute objectivité. Par Manuel GOMEZ le 5 Octobre 2016

Épisode 1 :

Cela débute en 1971. Dans le golfe persique, une immense poche de gaz est découverte qui couvre 20% des réserves naturelles du monde.

Répartie par moitié entre l’Iran et le Qatar, les premiers l’ont baptisée « South Pars » et les seconds « North Dome ».

Les premiers forages ont débuté en 1988, et dès 1996 sont passés en phase de production et leur capacité a augmenté au fil des années.

Frappé par un blocus économique, l’Iran n’a pas bénéficié immédiatement de cette manne, ce qui, on vient de le lire, ne fut pas le cas pour le Qatar.

D’un autre côté il y a l’Europe, énorme consommatrice de ce même gaz qu’elle ne produit pas et qu’elle doit acheter sur le marché international.

Or, les trois grandes sources de ce gaz nécessaire à l’alimentation de l’Europe sont l’Algérie, la Russie et les productions de la Mer du Nord, exploitées par la Norvège et la Grande-Bretagne.

La Russie a noué de fortes relations économiques avec l’Algérie, sur la commercialisation de ce gaz avec l’Europe, ainsi les pays européens sont toujours sous la possible menace d’une coupure d’approvisionnement de ce gaz russe, et donc également du gaz algérien, qui la plongerait dans une très grave crise énergétique.

Cette situation préoccupante et la conjonction de tous ces facteurs font que l’Europe, qui se trouve devant la nécessité de diversifier ses sources d’approvisionnements énergétiques, se tourne obligatoirement vers l’Iran et le Qatar.

Cela explique, mais vous l’aviez compris, le rapprochement notamment entre la France et le Qatar, mais également le relâchement récent du blocus iranien.

© Manuel Gomez pour Dreuz.info.

Episode 2

Dès 2007, le Qatar, a pour objectif de vendre son gaz à la France, mais surtout, celui plus lointain et plus important de construire un gazoduc direct qui relierait le Qatar à l’Europe, traversant l’Arabie saoudite, la Turquie puis les Balkans. Il a investi largement notre pays en s’offrant des palaces, des entreprises, des clubs de foot, etc., dans l’unique but de se rendre populaire.

Le problème majeur se situait près de chez eux, car entre l’Arabie saoudite et la Turquie, il lui était obligatoire de traverser l’Irak et la Syrie.

L’Irak étant en guerre, comme on le sait, les Qataris et les Saoudiens n’ont eu comme seule ressource que de proposer à Bachar El Assad de construire ce gazoduc en Syrie.

Allié des Russes, El Assad a refusé ce partenariat qui allait forcément priver la Russie de son énorme atout stratégique et énergétique contre l’Europe.

Le Qatar et l’Arabie saoudite décidèrent donc, par rétorsion, de consacrer quelques milliards à la création de milices terroristes en Syrie, dans l’objectif d’aboutir à la destitution de Bachar El Assad, et dans l’éventualité que son successeur, très probablement un islamiste, accepterait comme seule obligation de sa prise de pouvoir, la construction de ce gazoduc.

Ainsi ces deux pays arabes ont financé très largement Al Nosra, branche d’Al Qaïda en Syrie, et la guerre civile a éclaté.

conflit-syrien-2

Elle se poursuit depuis des années et se poursuivra encore longtemps.

Ce que n’avait pas prévu ni le Qatar ni l’Arabie saoudite, c’est que ce qui ne devait être qu’une guérilla qui, au début, a été très défavorable au régime de Bachar El Assad, allait faire naître une énormité : l’État Islamique, le califat.

Ce que n’ont pas compris immédiatement — dès septembre 2013 — les États-Unis, l’Angleterre et la France, c’est qu’il s’agissait là d’une menace mondiale et dans un premier temps, ils décidèrent d’intervenir militairement par une flotte de guerre, afin de soutenir les rebelles syriens et obtenir la chute du régime de Bachar El Assad.

C’était sans compter sur la Russie.

Elle s’est opposée à cette intervention, et plusieurs navires de guerre se sont interposés entre la côte syrienne et la flotte de la coalition, qui allait passer à l’attaque.

Deux premiers missiles Tomahawk ont été lancés, pour « essai », mais ils sont tombés à la mer, brouillés par les contre-mesures électroniques des Russes.

Alors que les médias nous disaient que l’attaque allait avoir lieu incessamment, que François Hollande l’annonçait publiquement, et bien la coalition rentrait à la maison les oreilles basses, et l’attaque fut déprogrammée.

On n’en parla plus… au moins durant quelques mois. Le temps que la vengeance… mûrisse.

© Manuel Gomez pour Dreuz.info.

Épisode 3 : la vengeance

Quelques mois plus tard, les services secrets européens, les barbouzes de la DGSE, avec l’accord des USA, organisaient un coup d’État en Ukraine.

Quelques milliers de mercenaires offraient ce pays à une junte pro-occidentale.

L’objectif premier était de rendre coup pour coup à la Russie, qui avait eu l’audace de s’opposer à la coalition quelques mois plus tôt et qui s’imaginait devenir une super puissance avec laquelle il allait falloir désormais compter.

La réaction des Russes fut immédiate.

Profitant des forts sentiments pro-russes de la moitié Est de la population ukrainienne, elle annexa sans coup férir la Crimée, s’offrant ainsi un port direct vers l’Occident, et engagea une guerre civile en Ukraine.

Un avion abattu dans le ciel d’Ukraine par un missile venu « d’on ne sait où » et tiré par « on ne sait qui », fournit l’occasion à l’Europe de prendre des sanctions économiques contre Poutine, dans l’éventualité de mettre en difficulté le pays et obtenir une forte dévaluation de la valeur du rouble face à l’euro et au dollar.

La Russie a survécu sans trop de problèmes à ce choc qu’elle attendait.

Et pendant ce temps, la guerre se poursuivait en Syrie et en Irak, et Al Nosra installait confortablement l’état islamique et le califat.

Constatant que l’Arabie saoudite finançait ouvertement les islamistes, l’Iran, qui se voulait l’allié des pouvoirs légitimes en place, aussi bien en Syrie qu’en Irak, et qui était en conflit permanent avec les Saoudiens, organisa une révolte armée au Yémen contre l’Arabie saoudite. Elle débuta en mars 2015.

Deux pays, Iran et Arabie, s’opposaient dès lors sur trois fronts : Syrie, Irak et Yémen avec toujours comme objectif principal l’exploitation des deux poches de gaz : « North Dome » et « South Pars ».

Bachar El Assad, face à de grosses difficultés militaires sur les différents terrains d’opérations, où son armée opposait de moins en moins de résistance aux rebelles et aux islamistes, demanda aide et assistance à Poutine, qui prit la décision, il y a quelques mois, d’intervenir lourdement avec son aviation et quelques troupes au sol afin de le soutenir.

L’issue de la guerre changea immédiatement de camp et, toujours avec l’aide des Kurdes dans le nord, ses alliés involontaires qui luttent pour leur propre cause, l’armée syrienne reprit progressivement le dessus.

Les attentats, ciblés ou non, organisés partout dans le monde par les terroristes de l’État islamique, obligèrent les démocraties occidentales à changer leur fusil d’épaule.

Ne pouvant plus s’opposer ouvertement à l’habile Poutine qui gagnait, dans un premier temps, la guerre médiatique en Occident, avant de la gagner sur le terrain, elles prirent fait et cause pour le régime de Bachar El Assad (à l’exception de la France, toujours hostile, qui réserve ses frappes et son intervention au territoire irakien).

Toutes ces guerres, ces centaines de milliers de morts, ces massacres, ces attentats, ces crimes, ce barbarisme, pour la construction d’un gazoduc qui ne verra jamais le jour et dont on ne reparlera jamais plus.

Dans quel monde de fous vivons-nous !

© Manuel Gomez pour Dreuz.info.

Source : Dreuz.info