Quelques petites bizarreries tout de même dans cet exposé:
Cette analyste économique parle de "monnaie commune" alors que l'€ est monnaie "unique" (c'est même là que le bât blesse)
C'est peut-être même cette confusion – étonnante – qui pose problème dans ce docte exposé.

D'après elle Fillon proposerait un gouvt économique façon Hollande : pourtant, des représentants des nations qui soient les chefs de gouvernement au lieu des ministres des finances , c'est assez différent.

Ne parlons pas de la référence de l'auteur à ... la fondation R Schumann, "père" de l'Europe mais aussi "fils d'Amérique" puisque Monnet et Schuman ont créé cette Europe là avec les conseils attentionnés de l'Amérique...

Quant à vouloir un contrôle démocratique (c'est à dire du fait des pays d'Europe) sur la BCE au lieu de lui laisser son indépendance , difficile de ne pas soutenir la proposition

A vousd'voir

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Fillon et l'Europe, pas si souverainiste que ça

28.11.2016

https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/fillon-et-leurope-pas-si-souverainiste-que-ca#

François Fillon a voté non à Maastricht en 1992. Dans son programme sur l'Europe, il fait plusieurs fois référence à Charles de Gaulle et plaide pour une Europe des Nations. Mais sur le plan économique, son logiciel reste le même, hormis un plus grand contrôle de la BCE, actuellement irréaliste.
Mars 2010, F.Fillon donne une conférence de presse avec A.Merkel sur l'agenda Franco-Allemand 2020
Mars 2010, F.Fillon donne une conférence de presse avec A.Merkel sur l'agenda Franco-Allemand 2020 Crédits : SOEREN STACHE - Maxppp

François Fillon a beaucoup évolué depuis le référendum sur le traité de Maatricht auquel il a voté non, au côté de Philippe Seguin. Dans une tribune publiée par le Monde en mars 2012, on est en pleine campagne électorale, il affirme: "Aujourd'hui je défends l'idéal européen de toutes mes forces". Et il explique que c'est la crise financière, le chaos à portée de main, la prise de conscience que l'édifice européen est fragile qui a forgé sa conviction.

NB: ce billet écrit est une version augmentée de la version radio/podcast. Vous y retrouverez de nombreux liens pour aller plus loin.

Pendant la campagne des primaires, l'Europe n'a pas été un sujet central, mais il y consacre une rubrique sur son site FrançoisFillon2017. Sa vision de l'Europe explique t-il, c'est "une EUROPE DES NATIONS, garante de notre souveraineté". C'est un peu contre intuitif comme ça, si on est dans l'Europe et qu'on respecte des règles communes, on perd en souveraineté, mais NON, selon François Fillon qui cite plusieurs fois le général de Gaulle dans ses propositions détaillées sur l'Europe, il est possible de faire autrement.

Je suis ainsi pour une Europe des nations, une Europe qui, dans la lignée de celle voulue par le Général de Gaulle, soit garante de notre souveraineté. Mais je défends aussi l’urgence d’une France souveraine au sein d’une Europe qui partage des valeurs communes et un objectif commun : celui de notre souveraineté vis-à-vis de nos autres partenaires. Pour cela, l’Europe devra concentrer son action sur quelques domaines bien définis et laisser la liberté aux Etats nations de se gouverner comme ils l’entendent sur une majorité de sujets, en respect du principe de subsidiarité.

Bien... sauf que sur les sujets économiques, il n'y a pas de remise en cause du logiciel existant, pour utiliser un mot que j'ai beaucoup entendu lors de la soirée des primaires.

 

Non à Maastricht, Oui à l'Euro

Si François Fillon a dit non à Maastricht, aujourd'hui il dit OUI à l'Euro. Il n'y a aucune remise en cause de la monnaie commune. Au contraire même. Dans ce domaine, pas d'Europe des Nations; mais une Europe encore plus intégrée. "Il ne faut pas rester au milieu du gué affirme-t-il, et il propose un directoire de la zone euro. Avec un objectif ambitieux: l'harmonisation fiscale et budgétaire.

La fiscalité pour le moment est de la prérogative des Etats, d'où la concurrence acharnée que se livrent les pays d'Europe entre eux, ce que regrette François Fillon. Lui espère atteindre cette harmonisation en 10 ans.

Perdre la maitrise de sa fiscalité et de son budget, ça n'est pas réellement un projet souverainiste. Dans son programme, François Fillon évoque même la mise en place d'un trésor européen et la mise en commun, à terme, des dettes. Je ne veux pas dire de gros mot, mais c'est assez fédéral comme idée.

Créer, à terme, une fois la convergence fiscale achevée, un Trésor européen avec une mise en commun des dettes.

Des idées empruntées à François Hollande et ATTAC

Sur la gouvernance de la zone euro, l'idée de directoire emprunte à la fois à François Hollande, et à Attac...

Après la crise grecque, celle de l'été 2015, François Hollande aussi a plaidé pour un gouvernement économique de la zone euro. Et avant lui, la commission, des experts, des économistes, il y a X rapports sur le sujet, ça n'a rien de nouveau. Voir ici, les articles d'Euractiv sur ce sujet, et ici un rapport très complet et très bien documenté de la Fondation Robert Schuman.

L'idée c'est de donner plus de légitimité politique à la zone euro, en plaçant la coordination non plus au niveau des ministres des finances comme c'est le cas aujourd'hui avec l'Eurogroupe, mais au niveau des chefs de gouvernement. Angela Merkel pourrait être la première à présider ce directoire, François Fillon a déjà émis cette idée.

Sauf que l'Allemagne a une autre idée de la gouvernance de la zone euro. Elle imagine plutôt une gestion technocratique, avec des sanctions automatiques pour les pays qui ne respectent pas les critères de déficit et de dette. Rien à voir.

 

Une BCE contrôlée démocratiquement

L'idée empruntée à ATTAC, et qui ne passera jamais auprès de l'Allemagne, c'est la remise en cause de l'indépendance de la Banque Centrale Européenne. Comme Attac, et d'autres, François Fillon pense que la BCE devrait aussi se préoccuper de croissance et d'emploi, et pas seulement d'inflation, et qu'elle devrait être soumise à une forme de contrôle démocratique par des parlementaires nationaux...

Doter la zone Euro d’un directoire politique, composé des Chefs de gouvernement, présidé par l’un d’entre eux. Ce directoire devra se fixer des objectifs d’harmonisation budgétaire, fiscale et des règles d’endettement. Ce directoire devra pouvoir être en mesure de conduire, avec la Banque Centrale Européenne, la politique monétaire de l’Euro, qui ne doit pas seulement être une arme contre l’inflation mais aussi une arme pour la croissance et l’emploi. Il doit figurer, aux côtés de ce directoire politique des parlementaires représentant chacune de nos nations.

Même si François Fillon explique tout au long de ce document Europe qu'il ne cherchera pas à négocier un nouveau traité, ses idées sur la BCE nécessitent un changement de Traité, car l'indépendance de la BCE est gravée dans le marbre, article 130 du TFUE, Traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne. Gravée dans le marbre et dans le cœur des allemands, donc ça va être difficile.

 

Oui au libre-échange et au pacte de stabilité

Sur les autres compétences économiques de l'Europe, le projet de François Fillon laisse à l'Europe sa compétence dans le domaine commercial, ne remet pas en cause le libre échange même s'il promet qu'il y aurait un référendum sur un éventuel traité transatlantique. Il dit aussi qu'il faut plus de réciprocité et vérifier le respect des normes environnementales et sociales européennes par nos partenaires. Il veut aussi une Europe forte pour créer des champions industriels, dans l’énergie, le numérique, l'audiovisuel.

Pas de rupture avec le projet européen actuel, et pas de rupture non plus avec les exigences budgétaires. Au contraire, sur ce plan François Fillon veut que la France soit exemplaire pour parler d'une voix forte face à l'Allemagne.

On reste donc dans le cadre européen actuel du pacte de stabilité, ce qui veut dire, pas de souveraineté sur le plan macro-économique, et donc peu de marges laissées à la définition d'une politique économique nationale, qui de fait resterait non souveraine, et bel et bien européenne.