EXCLUSIF - Florian Philippot, l'interview vérité à Valeurs actuelles

Par Pierre DumazeauLundi 30 janvier 2017 à 11:02 0
Florian Philippot, numéro 2 du Front National. Photo © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Entretien. Identité française, Front National, Trump... le numéro deux du Front National s'est confié à Valeurs actuelles, dans une interview sans concessions.

Valeurs actuelles. Commençons par le Front national. Un récent sondage Ifop a affirmé que la ligne portée par Marion Maréchal-Le Pen était majoritaire à la vôtre. Confirmez-vous qu’il existe deux lignes distinctes dans votre parti ?

Florian Philippot. Il n’y a pas deux lignes au Front, il n’y en a qu’une seule, qui est celle définie par notre candidate Marine Le Pen. Sur certains sujets, il peut y avoir des sensibilités différentes. Mais c’est normal : nous sommes très nombreux, un mouvement très large… Mais aussi le plus uni. Regardez ce qu’il reste de la campagne de Fillon, regardez le PS… Cependant, une certaine presse peut essayer de diviser. Il suffit que je dise que j’aime le café, et que Marion dise qu’elle préfère le thé, et on peut créer une polémique qui peut durer un an ! C’est le jeu de la presse, car il n’y a pas de réalités.

Valeurs actuelles. Il n’y a donc pas de rivalités entre vous et Marion Maréchal-Le Pen ?

Florian Philippot. Non, il n’y a pas de rivalités.

Valeurs actuelles. Que répondez-vous à certains de vos adversaires qui estiment que vous êtes de gauche ?

FP. Ces gens-là devraient déchausser les vieilles lunettes qu’ils ont sur le nez. Pour eux, quand on exprime une idée, c’est forcément classé à droite ou à gauche. Je suis désolé, mais je ne raisonne pas comme cela. Par exemple, nous défendons les services publics ? Est-ce de gauche ? Et l'arrêt de l’immigration et le retour aux frontières nationales. Est-ce de droite ? Je n’en sais rien. Cela me paraît juste juste

Je pense que quand on raisonne simplement en droite ou gauche, on se prive de la moitié de son intelligence. Je me moque, en réalité, de savoir si une mesure est de gauche ou de droite, ce n’est pas le problème.

Aujourd’hui, le monde ne s’explique plus par la gauche et la droite. Et ça, les Français l’ont massivement compris, notamment chez la jeune génération. Nous ne sommes plus dans la génération Guerre Froide ! Désormais, c’est la génération Maastricht, la génération 11 septembre… Ce sont ces événements qui structurent un jeune individu.

Valeurs actuelles.  Il y a un sujet dans cette campagne qui ne pourra pas être évité, c’est la laïcité. Quelle laïcité prônez-vous ? Vous aviez déclaré vouloir interdire de l’espace public les signes religieux ostensibles, dont les kippas et les “grandes croix”…

FP. Je demande une laïcité. Point. Il ne faut pas rajouter d’adjectif, sinon on dénature la laïcité. Nous avons face à nous un communautarisme triomphant, un islamisme arrogant et dangereux, et il faudrait que la laïcité ait honte d’elle-même ? Soyons sérieux. C’est à la République d’avancer, sinon nous allons nous faire engloutir.

Je précise que la laïcité, c’est l’interdiction des signes religieux ostensibles dans l’espace public : cela ne concerne pas les pendentifs ou les petites croix… 

ce sont, en fait, les mêmes signes que ceux inscrits dans la loi de 2004 à l’école. C’est une loi qui a bien fonctionné. Mais la laïcité, ce n’est pas seulement cela : il faut aussi interdire le financement étranger des lieux de cultes, par exemple.

Valeurs actuelles. Un de vos adversaires, François Fillon, n’a pas hésité à se déclarer “gaulliste et chrétien”. Comment avez-vous réagi ?

FP. Ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’il se revendique gaulliste ! Il est le plus éloigné des principes gaullistes. Ce serait plutôt “François Fillon le fédéraliste”, “François Fillon l’homme de la trahison de Lisbonne”… Quant au mot chrétien, il a parfaitement le droit de l’être, je le suis aussi, et il a le droit de la dire. Ce qui devient un problème, c’est lorsqu’il en fait un argument électoral. C’était opportuniste.

Valeurs actuelles. Pensez-vous qu’il faille inscrire les racines chrétiennes de la France dans notre Constitution ?

FP. Non, je ne pense pas que la Constitution soit le lieu idéal pour cela. Ce qui n’empêche pas de reconnaître les racines chrétiennes de la France, qui sont absolument évidentes. En revanche, qu’on réfléchisse à y inscrire la défense de l’identité nationale, de nos traditions, très certainement oui. Marine Le Pen dévoilera très bientôt son projet de grande réforme constitutionnelle soumise à référendum.

Valeurs actuelles. Plus largement, sur la campagne présidentielle, et François Fillon. Que pensez-vous de “l’affaire Pénélope” ? François Fillon est-il “fini” ?

FP. Sa candidature est en crise, et sa défense est bancale. Il est en position fâcheuse, mais il l’était bien avant l’“affaire Pénélope Fillon”. Son programme, par exemple : il était peu connu quand il a été élu, et il s’adressait à un public très restreint. Ce n’est plus le cas désormais. Et certains points sont très problématiques, comme par exemple la sécurité sociale à laquelle les Français sont légitimement très attachés. On assiste à une forme de “balladurisation” de sa campagne. Mais rassurez-vous : je pense que c’est un très bon candidat face à Marine Le Pen, j’espère qu’il va rester candidat ! (rires)

Valeurs actuelles. Comment analysez-vous la percée d’Emmanuel Macron dans les sondages ?

FP. Il prospère sur les faiblesses des candidatures socialiste et Fillon, pour l’instant, et sur l’absence de programme. Mais cela ne va pas durer : sur le programme, cela va lui poser problème. Macron assume d’être “ni de gauche ni de droite”, parce qu’en réalité, il est du parti unique ! Il a également bénéficié d’une promotion médiatique immense. Dès qu’il ouvre la bouche, certains analystes se comportent comme des groupies ! Mais je pense quand même qu’il sera lesté par ses soutiens.

Quand Alain Minc décide de le rejoindre, je pense que c’est un problème pour lui : c’est la parfaite candidature du système ! 

Macron a également une arrogance naturelle, qui se révèle être du mépris de classe, qui s’est exprimé à plusieurs reprises. Les illettrés de Gad, les fumeurs et les alcooliques, les costumes…

Valeurs actuelles. Est-il donc, selon vous, le candidat des médias ?

FP. Absolument oui. Comme le fut un temps Alain Juppé. Cela ne lui a d’ailleurs pas porté chance…

Valeurs actuelles. On a un PS qui se déchire, une candidature Fillon en mauvaise passe. Face à cela, Macron émerge, et Marine Le Pen est toujours très haut dans les sondages. Assiste-on à une recomposition du paysage politique ?

FP. On assiste en accéléré, oui, à la recomposition de la vie politique française. C’est très rapide. En quelques semaines ont été sortis du jeux MM. Juppé, Sarkozy, Hollande… C’est presque un strike démocratique, même s’il reste quelques quilles debout.

Cette élection, on le voit, ne se structure pas sur le clivage gauche/droite. C’est pour cela qu’un second tour entre Macron, représentant du parti unique, et Marine Le Pen, aurait énormément de sens.

D’un côté, une vision très immigrationniste, très européiste, pro-finance, contre une vision très souverainiste, anti-immigration et pro économie réelle.

Valeurs actuelles. Cette campagne présidentielle sera-t-elle plus violente que les précédentes, en général et pour vous personnellement ? François Fillon évoque, par exemple, des “boules puantes”…

FP. Oui ce sera violent, car de fait tout va plus vite. Mais j’espère qu’elle sera faite de débats de fonds et d’idées. A titre personnel, les attaques… cela m’est complètement égal. Cela vient de gens qui sont aigris, jaloux. 

Valeurs actuelles. Un premier voyage aux Etats-Unis de Marine Le Pen a beaucoup été commenté. Le Front national, ou Marine Le Pen, ont-ils des contacts avec les équipes de Donald Trump depuis son élection ?

 

FP. On a beaucoup fantasmé sur le voyage de Marine le Pen à New-York qui, je le rappelle, était un déplacement privé. Elle était dans la “Trump Tower” car elle y a un ami qui y habite, tout simplement, et qui lui a fait rencontrer certaines personnes très intéressantes dans les milieux diplomatiques et économiques. Mais nous n’avons pas de contacts particuliers avec les équipes de Donald Trump.

 

Valeurs actuelles. Dans le cadre de la campagne présidentielle, un voyage officiel aux Etats-Unis est-il prévu ?

 

FP. Il n’y a rien de prévu. Si demain, Donald Trump a envie de rencontrer Marine Le Pen, nous y répondrons très favorablement. Mais sinon, nous attendrons qu’elle soit élue pour organiser une rencontre officielle.  

 

Valeurs actuelles. Selon vous, que traduit l’élection de Donald Trump ?

 

FP. J’ai l’impression que chaque grande nation est en train de vivre son propre “brexit”. Le peuple reprend son destin en main ; il vote selon ses propres intérêts et non pas comme une oligarchie lui demande de voter.

Il y a une masse de propagande qui demande à voter contre le Brexit, et pour Hillary Clinton. Et pourtant, les britanniques votent le Brexit et les américains élisent Donald Trump. 

C’est très significatif et assez nouveau ; il y a une moindre capacité des mass media à influer sur l’opinion, et une envie de changement qui est quasi-révolutionnaire. 

 

Valeurs actuelles. Peut-on faire une analogie entre le vote Trump et le vote Front national ? 

 

FP. Ce sont deux peuples et deux histoires différentes, il ne faut pas tout comparer. Mais on voit bien qu’aux Etats-Unis, il existe des débats qui n’existent pas en France, et inversement. Dans tous les pays qui sont au cœur du processus de mondialisation, on voit que plus cette mondialisation sauvage avance, plus des catégories entières de la population se retrouvent rejetées en périphérie géographique -elles quittent le centre-ville pour la banlieue- et sociale. Il y a une vraie demande de protection, économique, sociale, physique, culturelle.

Au FN nous voyons, au-delà de ceux qui sont depuis plusieurs années déjà convaincues par nos idées, que d’autres populations frappent à notre porte, avec un profil nouveau.

Beaucoup de fonctionnaires par exemple, mais aussi des étudiants diplômés et très diplômés : confère l’arrivée et l’installation à Sciences-po Paris du Front national. Ou des personnes âgées qu'on ne voyait pas avant. Tout ça est complètement nouveau. Avec le Brexit, Trump, le référendum italien… l’année 2016 a re-sacralisé le bulletin de vote. Il est devenu aux yeux des gens, à nouveau, une arme démocratique qui peut changer la vie.

 

VA. Dernières questions sur la prochaine échéance électorale. Pourquoi avoir choisi Youtube comme outil pour faire campagne ? D’autres l’ont adopté avant vous, comme Jean-Luc Mélenchon, ou s’y sont mis, comme Nicolas Dupont-Aignan…

 

FP. Avant de répondre, j’en profite pour dire à Nicolas Dupont-Aignan qu’on ne masque pas le nombre d’abonnés de sa chaîne Youtube, c’est un principe de base ! (rires) Plus sérieusement, je me suis rendu compte que j’étais déjà présent sur twitter et facebook, mais pas sur Youtube. J’y suis désormais, mais je l’utilise en développant deux formats : un format de fond, et un plus ludique, où je fais visiter le QG de campagne... Cela permet de toucher un public jeune qui a une vraie soif de débat.

 

VA. Votre présence sur internet vous permet-elle de se détacher des médias traditionnels ?

 

FP. Non, c’est un complément. Dans une campagne, il ya trois éléments : les médias, qui touchent beaucoup de monde, les réseaux sociaux, qui permettent des formats qu’on ne peut pas faire à la télévision et le terrain, qui reste quand même la base : la politique, c’est d’abord et heureusement le contact physique. Car une campagne ne se joue jamais sur un support : vous pouvez être le meilleur youtubeur du monde, si vous n’avez pas de contenu et de projet… Rien ne remplace un projet de fond.


Propos recueillis par Pierre Dumazeau