14/03/17

Macron recrute le Général Soubelet ,"Général courage" devenu Général naufrage: Lettre ouverte au Général

Bertrand Soubelet, le 7 mai 2016 à Saint-Jean-de-Luz.

Macron recrute Bertrand Soubelet, «général courage» de la gendarmerie

Par Cédric Mathiot 27 février 2017 à 19:01

Bertrand Soubelet, le 7 mai 2016 à Saint-Jean-de-Luz. AFP

Partisan déclaré de la tolérance zéro en matière de sécurité, Emmanuel Macron vient de recruter un joli symbole de fermeté régalienne. Selon l’Essor, le général Bertrand Soubelet attend son investiture pour se présenter, sous les couleurs d’En marche, dans la 10ème circonscription des Hauts-de-Seine. «C’est probable, mais il n’y a rien d’officiel. Je ne veux pas aller plus vite que la musique: c’est la commission d’investiture qui doit décider», a déclaré l’intéressé à l’Essor. Pour Macron c'est une bonne pêche pour titiller un certain électorat (plutôt à droite qu’à gauche, pour le coup). Car Soubelet, c’est l’homme qui a osé dénoncer le laxisme de la justice (sous le quinquennat Hollande), qui en a payé le prix, et qui a continué de l’ouvrir. Au point d’être intronisé «général courage», dans un communiqué du FN.

Alors numéro 3 de la Gendarmerie, Soubelet s’était fait connaître pour une audition remarquée devant les députés, fin décembre 2013, dans le cadre de la mission d’information relative à la lutte contre l’insécurité. Il y avait dénoncé sans trop de pincettes les (selon lui) insuffisances de la politique pénale. Quelques semaines après, les propos remontaient à la surface médiatique, déclenchant un beau pataquès, à la suite duquel le général avait été proprement viré de son poste, pour prendre le commandement de la gendarmerie d’outre-mer. Pas franchement une promotion. Il avait ensuite publié en avril 2016 un livre "Tout ce qu’il ne faut pas dire" (que nous avions sanctionné de quelques Désintox). Ce qui lui avait valu une deuxième claque. Le directeur général de la gendarmerie l’époque avait tancé le récidiviste, estimant que «vendre une polémique, instrumentaliser la Gendarmerie et ceux qui la servent, c’est tout ce qu’il ne faut pas faire».

Quelques semaines après la parution du bouquin, le général s'était retrouvé sans affectation, avant de quitter l'institution pour de bon. A l’époque, la rumeur bruissant d’un intérêt de plusieurs partis pour cette icône de la grande muette qui l’ouvre, l’Essor lui avait demandé s’il souhaitait faire carrière en politique, Soubelet - qu’on aurait vu plutôt pencher à droite - avait répondu : «Cela n’a aucun sens. Tant que l’on fait de la politique politicienne dans ce pays, ce sera sans moi. Vous savez, j’ai déjà été approché, et je leur ai gentiment dit que je n’étais ni de droite, ni de gauche ». Un an après, le voilà en marche, offrant un hommage aux petits oignons au candidat Macron qui «se situe au-delà des clivages» et ne «fait pas de la politique comme les autres». Du velours pour Macron. Un motif de désolation pour la fachosphère, à en croire ce tweet désespéré d’une journaliste de Boulevard Voltaire.

Cédric Mathiot

source : http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/02/27/macron-recrute-bertrand-soubelet-general-courage-de-la-gendarmerie_1551453 

***

 

 

Bertrand Soubelet, général courage devenu général naufrage…

 

Alors donc, le général de corps d’armée (2S) Bertrand Soubelet rejoint… Emmanuel Macron. La nouvelle a été donnée par L’Essor, premier organe de presse de la gendarmerie. L’Essor dit en avoir eu confirmation de la bouche même de l’intéressé, ce fameux « général courage » dont la notoriété n’aurait jamais dépassé les grilles de caserne de gendarmerie et quelques états-majors feutrés s’il n’avait pas, le 18 décembre 2013, au cours de son audition à l’Assemblée nationale — dans la cadre de la mission parlementaire d’information de lutte contre l’insécurité —, dénoncé publiquement « six mille emplois supprimés, une procédure trop complexe, une justice sans moyens, des délinquants dans la nature malgré l’engagement des gendarmes et des magistrats, des coupables mieux considérés que les victimes ».

La déclaration, qui retentit comme un coup de tonnerre, lui valut la reconnaissance éperdue de ses troupes, le soutien bruyant de la droite, du FN aux LR, et une affectation à la tête de la gendarmerie d’outre-mer – qui n’est pas tout à fait un séjour à la Santé, on en conviendra, mais fut vécue comme une mutation disciplinaire et, comme telle, suscita l’indignation.

Il a franchi le Rubicon, comme disait Malraux, mais c’était pour y pêcher à la ligne.

Il dit avoir rencontré Macron et le rejoindre parce que celui-ci se situe « au-delà des clivages ». Au-delà des clivages, ce n’est rien de le dire.

Et même au-delà du suivage, pour l’Homo logicus moyen : Bertrand Soubelet se mettra donc « en marche » avec Daniel Cohn-Bendit, qui pourra, sur la route, lui apprendre — ce sera drôlement sympa et ça fera passer le temps — à scander en rythme « CRS, SS ».

Le discours de Macron était déjà, de l’avis général, aussi creux qu’illisible — voyant dans la colonisation, en novembre, « des éléments de civilisation » et, en février, « un crime contre l’humanité », inventant donc le concept audacieux de « crime contre l’humanité avec des éléments de civilisation »… —, c’est, à présent, tout son entourage aux allures d’auberge espagnole qui résonne comme une calebasse vide : qui veut tout dire ne veut rien dire.

Certains s’étaient posé des questions dès la parution du livre de Soubelet, intitulé lourdement Tout ce qu’il ne faut pas dire – comme ces boutiques de province qui s’appellent « Au chic français » ou ces coupe-tifs surannés « Coiffure moderne » -, parce que, pour qui jette un œil à l’intérieur, cela ne tombe pas sous le sens : mis à part quelques constats de bon sens inhérents à son travail sur le terrain, il offrait plutôt du général courage l’image d’un général bien sage.

Il avait eu, du reste, les honneurs de Paris Match, où il avait pu s’employer à se laver du soupçon de « faire partie de l’extrême droite » : « Pas du tout. Je me retrouve même parfois davantage dans les idées de gauche que de droite. Et quand je constate qu’aux dernières régionales, six millions de Français ont voté FN, cela me glace le sang. » Dont acte.

L’Essor nous annonce un deuxième tome qui trai