Du gaullisme au néo-conservatisme, comment la diplomatie française est devenue atlantiste

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Mis à jour le 02/06/2017 à 15:28
Publié le 02/06/2017 à 15:15
Du gaullisme au néo-conservatisme, comment la diplomatie française est devenue atlantiste

 

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Comment, en dix ans, la France est-elle devenue la vassale de l'Amérique ? Comment l'intérêt national français a-t-il été sacrifié au nom de concepts abstraits sur l'autel de la diplomatie internationale ? Décryptage du déclin de la politique extérieure avec Hadrien Desuin.


Spécialiste des questions internationales et de défense, Hadrien Desuin est essayiste. Il vient de publier La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie (éd. du Cerf, 2017).


FIGAROVOX. - Qu'est-ce que «l'atlantisme»? Une suprématie ou une soumission? Peut-on aussi l'entendre comme une coopération d'égaux?

Le droit et la morale devaient remplacer les notions d'équilibre des forces et de concert des Nations.

Hadrien DESUIN. - L'atlantisme est un courant de pensée très ancien. Dès la Première Guerre Mondiale, des personnalités politiques comme Léon Bourgeois prônent la mise en place d'une diplomatie à l'américaine, ce que Pierre Hassner a appelé «wilsonisme botté». Léon Bourgeois fut le premier président de la SDN en 1919. Le Président Wilson, fils de pasteur presbytérien de Virginie, voulait en finir avec la vieille diplomatie européenne. Selon lui le droit et la morale devaient remplacer les notions d'équilibre des forces et de concert des Nations. Avec le traité de Versailles imposé à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie, il proposait à l'ancien monde une évangélisation démocratique sous garantie américaine. Avec les résultats que l'on sait.

Dans la relation transatlantique, il faut, au-delà des grands discours, mesurer le rapport de forces entre alliés. L'Amérique n'est certes plus l'hyperpuissance des années 90. Elle n'en reste pas moins la première puissance au monde et son budget militaire est encore supérieur à la totalité de ses concurrents ou partenaires. Elle finance à 70% la défense européenne grâce à l'OTAN. Il n'y a donc pas d'égalité dans les rapports transatlantiques. Les puissances européennes sont largement morcelées et disproportionnées. L'Europe de la défense, dépendante de Bruxelles est congelée à l'état embryonnaire depuis dix ans. Sur le continent européen, seules les armées françaises et britanniques sont encore «autonomes», la Turquie étant un cas à part.

L'OTAN cadre donc les rapports euro-atlantistes. Héritage de la guerre froide, cette alliance militaire dirigée par les États-Unis contre le bloc soviétique s'est maintenue voire renforcée par des opérations partout dans le monde depuis 1999. Or l'OTAN est restée sous commandement américain. Instrument de tutelle militaire sur ses alliés européens qui sont en première ligne, l'OTAN est aussi une tête de pont américaine sur le continent mondial qu'est l'Eurasie. Elle contient la puissance ré-émergente russe.

Suprématie ou soumission sont des termes un peu polémiques. Ils ne reflètent pas complètement la réalité parce qu'il y a toujours une part de dialogue entre alliés. C'est une vassalité douce et tranquille. La suprématie américaine est acceptée bon gré mal gré, on n'y fait presque plus attention. Avec Donald Trump cette relation transatlantique déséquilibrée apparaît cruellement à nos yeux parce que le président américain ne se donne même pas la peine de consulter ses alliés. Les atlantistes Français sont dès lors dans une situation encore plus délicate qu'à l'époque de Bush junior. Le parti atlantiste a pris une première claque avec l'élection de Trump. Et une seconde avec le retrait américain de l'accord de Paris sur le climat. En général, les atlantistes sont plus à l'aise avec le parti démocrate. Lequel prend plus de gants pour exercer son leadership.

L'atlantisme est une vassalité douce et tranquille.

Comment, traditionnellement