L’oligarchie financière a placé son pion à la tête de l’État français, une fois de plus pourrait-on dire. Mais cette fois-ci, les conditions initiales et la méthode ont légèrement différé des éditions précédentes.

 

 

 

Planification stratégique

Ordinairement, en période de stabilité politique, l’oligarchie entretient plusieurs fers au feu, si bien qu’elle parvient facilement à placer deux de ses obligés au second tour de l’élection présidentielle : Sarkozy et Royal ; Hollande et Sarkozy. L’alternance sans alternative. Le faux semblant d’un combat droite-gauche pour imposer finalement une politique unique, celle de la finance et des firmes, celle de la mondialisation sauvage et de la destruction des peuples.

Mais face au désaveu croissant des partis politiques dans les sondages d’opinion depuis plusieurs années, miser sur un second tour PS-LR devenait trop incertain. Il y avait risque de débordement par la gauche ou par la droite, risque qu’un individu pas totalement aux mains du système accède à l’Élysée. Du coup, le plan Macron a été imaginé. Présenter un homme neuf, hors des partis, comme incarnant un renouveau politique alors qu’il est la quintessence même de l’ordre établi, la fin de race de ce système politicien consanguin en quelques sortes. Je l’explique dans cet article à travers le concept de vol de fenêtre.

Ce faisant, l’oligarchie a dû sacrifier ses deux partis dit « de gouvernement », PS et LR, et leurs satellites EELV, UDI, Modem, PC et autres. On en voit le résultat à l’occasion des élections législatives. Il va y avoir des licenciements dans le petit personnel des PME PS, LR et autres. En fin de compte, le système a tiré sa dernière cartouche, ainsi que je l’explique dans cet article.

Pour arriver à ce résultat, malgré une opinion publique de plus en plus dubitative, il en aura fallu de l’énergie et du matraquage. Nous n’avions encore jamais subi, en France, une telle dose de propagande, quantitativement et qualitativement.

 

Blitzkrieg médiatique – Orwell temps réel

Depuis l’élection de JFK aux États-Unis, on sait que les résultats d’une élection sont corrélés avec le temps de passage dans les médias dominants. On sait aussi qu’en France, les médias dominants sont aux mains d’une poignée d’oligarques. Le plan imaginé pour faire élire Macron s’est ainsi déroulé en plusieurs phases :

  • Phase 1. Depuis un an et demi, le FN a été largement médiatisé de façon à ce que Marine Le Pen se qualifie pour le second tour, et ce, afin d’être certain que son rival soit élu, Macron en l’occurrence.

  • Phase 2. Les rivaux potentiels de Macron ont été attaqués méthodiquement, sans finesse, et parfois avec une hargne impressionnante. Fillon dès le début, Mélenchon quand les sondages on indiqué qu’il perçait dangereusement.

  • Phase 3. Un rouleau compresseur médiatique a tenté et tente encore de fabriquer de toute pièce une image d’homme d’État populaire à partir d’un ectoplasme, d’une feuille blanche. Cette fois-ci, l’histoire se réécrit en temps réel. Mieux que Joseph Staline et Georges Orwell.

Petit rappel. Le héros du roman de Georges Orwell, 1984, Winston Smith, travaille au Ministère de la Vérité, ou Miniver en novlangue. Son travail consiste à réécrire l’histoire d’Océania afin qu’elle soit une tautologie. Que tel ancien héros tombe en disgrâce et il faut réécrire tous les articles de presse le concernant pour montrer qu’il avait toujours été suspect et que Big Brother ne s’est jamais trompé. Georges Orwell s’était probablement inspiré d’un fait réel, la fameuse photographie prise sur la Place Rouge au début de la révolution d’octobre 1917, dont Trotsky, qui était aux côtés de Lénine, avait été purement et simplement gommé sous l’ère stalinienne.

La propagande moderne fait encore mieux. Elle réécrit l’histoire en temps réel. Ainsi, le soir de l’élection de Macron, quand le cortège sillonnait les rues de Paris en direction du Louvre, les images en direct nous montraient des rues quasiment vides et de rares quidams indifférents, tandis que les commentaires en direct nous racontaient une foule qui se pressait avec enthousiasme pour applaudir au passage du carrosse présidentiel. Mieux que Staline et Orwell vous dis-je. Et cela s’est répété le jour de l’intronisation, après la cérémonie devant la tombe du soldat inconnu.

Il va falloir s’habituer à cette forme de propagande en temps réel, contradiction parfaite entre les images et les commentaires, Miniver-temps zéro.

 

Dissonance et paradoxe

Le plan de l’oligarchie a donc fonctionné, sous l’angle arithmétique du comptage relatif des voix. Mais du point de vue de l’adhésion, c’est exactement l’inverse. Selon les sources du ministère de l’intérieur et de l’IPSOS, d’après une enquête réalisée le lendemain du second tour à 10H du matin, sur les 66,81 millions de Français, 2,47 % ont voté pour la personnalité de Macron et 4,98 % pour son programme. Soit une adhésion de 7,45 % des Français. À tel point que pour la première fois de l’histoire de la Ve République, même les médias de propagande annoncent qu’il n’y aura pas d’état de grâce.

En outre, les taux d’abstention lors des élections législatives viennent renforcer ce paradoxe, cette impression de dissonance cognitive dans laquelle nous a plongé la guerre de propagande en cours. On peut d’ailleurs se poser la question de la part d’indifférence ou de colère qu’il y a dans cette abstention. Il est difficile de l’estimer intuitivement, mais comme dirait Michel Audiard : « Il va y avoir des réveils pénibles. »

Nous voici donc entrés dans l’ère de la soumission totale, assumée et même revendiquée. Soumission à l’oligarchie représentée par le MEDEF, la Commission européenne, la BCE, etc.

 

Majordome

Avec Sarkozy et Hollande, les Français avaient élu des sous-préfets à l’Élysée. Une étape supplémentaire est franchie avec Macron. C’est un majordome qui occupe dorénavant le palais présidentiel. Son équipe de serviteurs, ministres et haut-fonctionnaires, assume de ne pas se sentir Français, et donc, en creux, de se soumettre à l’étranger, c’est-à-dire d’agir contre les intérêts de la France et le bien commun du peuple français.

Il va y avoir des réveils pénibles.

 

Sismographie

Les scientifiques qui étudient les sciences de la Terre vous diront qu’en temps normal, les sismographes relèvent des pulsations régulières de la croûte terrestre. Mais dans les moments qui précèdent un tremblement de terre, les compteurs s’affolent, les données deviennent erratiques, incohérentes, paradoxales.

Les données issues des sondages d’opinion depuis quelques années et des élections de 2017, par leur caractère paradoxal, erratique, semblent indiquer une incohérence fondamentale. Cela pourrait bien être le signe avant-coureur d’un tremblement de terre social.

Quelle forme pourrait prendre ce tremblement de terre ? Pas obligatoirement une forme violente. Ce n’est d’ailleurs pas à souhaiter.

 

Grève générale

Après la grève civique des élections législatives, il pourrait bien y avoir une grève économique de la consommation. Un boycott des grandes enseignes, des firmes multinationales, et un retour à des échanges de proximité, en dehors du système consumériste ultralibéral. C’est à souhaiter et ce serait un juste retour des choses.

 

Régis Chamagne

 

Sur  http://www.regischamagne.fr/dissonance-paradoxe-sismographie/