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Mis à jour le 17/07/2017 à 10:55
Publié le 17/07/2017 à 10:26

Florian Philippot, vice-président du FN

Florian Philippot, vice-président du FN Crédits photo : FRANCOIS NASCIMBENI/AFP

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INFO LE FIGARO - Dans un courrier interne adressé aux membres de son groupe de travail, le vice-président du FN expose sa vision des enjeux liés à la transformation du mouvement, voulue par Marine Le Pen.

À cinq jours d'un séminaire de réflexion sur l'avenir du parti, où des approches très différentes voire divergentes, sont attendues, Florian Philippot, vice-président en charge de la stratégie et de la communication, expose ses arguments pour définir «le projet patriote» du mouvement. Il le fait dans un courrier interne de trois pages, dont le Scan publie le contenu en exclusivité, lundi.

Intitulée «Contribution de Florian Philippot à la Refondation du Front National», cette lettre est adressée, notamment, aux membres de l'atelier de travail consacré au programme du mouvement, auquel Florian Philippot s'est associé. En ouverture, le vice-président explique la raison de son absence lors de la seule réunion de ce groupe, organisée le 3 juillet. Piloté par Joëlle Mélin, qui en sera le rapporteur lors du séminaire les 21 et 22 juillet, ce groupe rassemble Nicolas Bay, Thibaut de la Tocnaye, Dominique Martin, Édouard Ferrand, Philippe Loiseau, David Rachline, Florian Philippot et Sophie Montel. Mais l'absence de Philippot et Montel avait été mal perçue par certains participants. Le responsable de la stratégie justifie la sienne en avançant une question d'agenda. «La réunion de mon groupe de travail «Thématiques de campagne» ayant été programmée pendant le discours d'E. Macron au Congrès, je n'ai pas pu y assister», précise-t-il désormais.

Ciblé pour sa responsabilité dans l'échec électoral de Marine Le Pen, Florian Philippot sait que le séminaire de Nanterre ne sera pas une promenade de santé. Son projet pour la refondation est intéressant parce qu'il reflète en grande partie, une vision qui avait été largement partagée par Marine Le Pen jusqu'aux derniers scrutins. Bousculée par son échec, la présidente du FN est confrontée à une colère interne réclamant un changement de cap stratégique. Certains économistes du parti prônent d'ailleurs l'abandon de la souveraineté monétaire et du Frexit comme projets politiques alors que d'autres continuent de penser que la sortie de l'euro doit rester une clef de voûte.

Le «débat bouc-émissaire» de la présidentielle

Dans sa lettre, Philippot commence par défendre Marine Le Pen. Si l'image et la crédibilité de la candidate ont été sérieusement affaiblies par son débat présidentiel manqué face à Emmanuel Macron, son bras droit qualifie de «première facilité» le fait de se focaliser sur ce «débat bouc-émissaire». «Si ce débat n'a pas été optimal, ainsi que Marine Le Pen a eu elle-même le courage de le reconnaître, lui faire porter toute la responsabilité des résultats électoraux n'aurait pas de sens.» Selon lui, cet échec ne peut pas «expliquer le résultat déjà relativement décevant du premier tour de la présidentielle (21,3%)». Il évoque également les déceptions liées aux régionales de 2015.

Pour Philippot, les raisons de ces déconvenues électorales sont ailleurs et il invite les frontistes à ne pas «réduire» le débat interne sur la refondation du parti à la question de l'euro. Ce serait une «dangereuse facilité», prévient-il encore. «Il est évident qu'à partir du moment où le FN annoncerait qu'il renonce à la reconquête de la souveraineté́ monétaire, une série de problèmes s'ouvriraient», écrit Philippot, pour qui il ne peut pas y avoir de patriotisme économique sans monnaie nationale. Il ajoute: «Nous serions très vite embarqués dans une série de contradictions de fond aussi inextricables qu'incompréhensibles pour les électeurs».

Pour appuyer sa démonstration, l'eurodéputé brandit certains sondages selon lesquels la sortie de l'euro n'aurait pas d'impact significatif sur les électeurs du FN, admet les «nécessaires efforts pédagogiques» à réaliser, prône le développement d'une «vision plus concrètement positive de l'adoption d'une nouvelle monnaie nationale» et propose l'abandon de la thèse d'une double monnaie, qui avait été mise en avant dans la dernière ligne droite de la présidentielle. En un mot, Philippot croit toujours à la souveraineté monétaire et pense que le FN doit persévérer. Sur ce point, on peut imaginer de très vifs échanges entre séminaristes vendredi et samedi.

Philippot, pour un «projet de société patriote»

Dans un troisième paragraphe, consacré aux «pistes de réflexion», Florian Philippot défend la stratégie «d''élargissement continu des sujets traités par le FN», développée par Marine Le Pen depuis 2011. Au passage il estime que les différents collectifs thématiques, dont il fut la cheville ouvrière, ont permis au parti de «se faire entendre» sur des sujets très divers (école, santé, banlieues...). Alors que certains cadres exigent un retour aux fondamentaux du FN (sécurité, immigration...), le cadre les met en garde face à une «erreur fatale». «On ne rassemblera pas une majorité de Français en se repliant sur une base programmatique restreinte... On n'ira pas vers l'avenir avec des recettes du passé» dénonce-t-il, dans un reproche à peine voilé. Et, si certaines voix frontistes estiment que Marine Le Pen s'est trop perdue sur le social, Philippot pense au contraire que le parti doit aller plus loin, au risque de nourrir encore davantage les critiques internes sur la gauchisation du mouvement depuis que l'ex-chevènementiste y occupe une place de premier plan. «Peut-être avons-nous un peu trop délaissé les questions sociales (emploi, austérité et pouvoir d'achat notamment) lors de la campagne de premier tour?» interroge-t-il.

Enfin, concernant l'image du parti frontiste, Florian Philippot met les pieds dans le plat en relevant une série de sujets clivants au sein du FN, dont la question du nom. «Front National fait peur» juge-t-il, avant d'ajouter: «Sommes-nous vraiment aussi clairs et précis qu'on le croit sur l'immigration? Pourquoi tant de nos compatriotes sont-ils encore persuadés que ce discours est «raciste»? Comment doit-on parler aux Français issus de l'immigration?... Il a fallu attendre le 1er mai 2016 pour qu'une élue et cadre nationale de notre mouvement dise publiquement, et en meeting devant 2500 militants, que notre parti bien sûr défend le droit à l'IVG et le droit à la contraception. Ces éléments sont dans notre programme depuis longtemps, essentiellement sous l'impulsion de Marine Le Pen, mais pourquoi hésiter à le dire aussi clairement?»

Ces questions, posées au nom d'un «projet de société patriote», seront posées sur la table en fin de semaine. Certains imaginent un séminaire «explosif». Marine Le Pen devra sans doute faire preuve de beaucoup de tact et d'habileté pour calmer les débats et les esprits.

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