Puigdemont

Après le discours ambigu de Carles Puigdemont que peut faire Madrid? Comment vont réagir les entreprises?, la population locale? et les autres régions : ont elles pris part au débat? Le point sur les cinq questions clé de la crise catalane. 

les cinq questions clés de la crise Catalane.

Quique Garcia/EFE/SIPA

Au lendemain de la prestation ambiguë de Carles Puigdemont sur l'indépendance de la Catalogne, Mariano Rajoy a refusé l'appel au dialogue du dirigeant séparatiste. Mardi soir, le président de la Generalitat (exécutif catalan) avait invoqué le droit de la région à devenir un Etat indépendant en vertu du "mandat du peuple" [allusion au référendum contesté du 1er octobre], avant de suspendre cette déclaration d'indépendance, pour laisser place au dialogue."Il n'y a pas de médiation possible entre la loi démocratique et la désobéissance, l'illégalité", a répondu Mariano Rajoy devant le Congrès des députés hier. Comment va évoluer maintenant la situation? Quel est le calendrier des événements à venir? Comment vont réagir les entreprises locales? Quelle est la position des autres régions d'Espagne sur cette crise? Comment évolue l'opinion espagnole? La correspondante de Challenges à Madrid fait le point sur l'une des plus grave crise politique de l'Espagne.

Que peut faire Madrid?

Face à la déclaration d'indépendance immédiatement suspendue par le président catalan, Carles Puigdemont, le gouvernement espagnol a demandé des explications: Est-ce une indépendance oui ou non? Si oui, Madrid va dégainer l'article 155 de la Constitution qui lui permet de mettre sous tutelle la Generalitat, l'administration catalane. Avec contrôle direct des finances ou de la police régionale. Et probablement, ensuite, dissolution du parlement de Barcelone pour convoquer de nouvelles élections en espérant que la redistribution des cartes change les rapports de forces et modifie les alliances au parlement.

Quelles sont prochaines échéances électorales?

Si le président catalan décide que sa déclaration d'indépendance était purement symbolique, il peut échapper aux sanctions de Madrid mais il perd sa majorité au parlement de Barcelone. Les indépendantistes anticapitalistes de la CUP lui donnent un mois pour rectifier et sauter le pas vers une proclamation claire de la République catalane. Faute de quoi ils retirent leur appui et poussent à de nouvelles élections. On pourrait voir se former de nouvelles alliances entre les indépendantistes de gauche de ERC et Catalunya en Comú, le parti créé par la maire de Barcelone, Ada Colau, notamment.

Que disent les entreprises?

Elles fuient la Catalogne et se mettent à l'abri en déménageant leurs comptes bancaires ou leurs sièges sociaux dans les régions avoisinantes ou à Madrid. Les milieux d'affaires catalans sont restés longtemps silencieux, faisant le pari que la rupture n'aurait pas lieu. Mais la montée des tensions et la perspective d'instabilité politique prolongée ont alerté les marchés et fait plonger leurs actions. Les banques Sabadell et CaixBank ont été dans les premières à partir, craignant qu'une rupture chaotique entraine la sortie de l'Union européenne et la perte de la protection de la Banque centrale européenne. Tous les fleurons économiques  catalans ont suivi:  Gas Natural, Agbar, Abertis, Cellnex, Colonial, Planeta... Derrière eux les PME se protègent en transférant leurs comptes bancaires dans des succursales hors de Catalogne.

Comment réagit la population catalane?

La question de l'indépendance est en train de fracturer familles et groupes d'amis. Le système électoral a donné la majorité des sièges du parlement de Barcelone aux sécessionnistes, lors des élections de 2015, mais selon le dernier sondage fiable effectué par le gouvernement catalan, 41,1% des Catalans sont en faveur de l'indépendance alors que 49,4% sont contre. Le dialogue devient de plus en plus compliqué car la majorité "unioniste" qui réclame le respect de la Constitution se sent ignorée et dépréciée dans les médias public régionaux (radio et télévision) utilisés comme caisse de résonnance par le gouvernement de Barcelone.

Comment réagissent les autres régions d'Espagne?

Le reste des Espagnols suit avec stupeur la dégradation des relations entre Madrid et Barcelone et se range derrière le respect de la Constitution. Les revendications indépendantistes ont grossi depuis la crise, avec la conviction que la Catalogne, région dynamique qui représente 19% du PIB espagnol, est trop généreuse face aux régions pauvres et cotise trop aux caisses de l'Etat central pour recevoir peu en retour. La question de la révision du système de financement des régions est sur la table. Les socialistes espagnols appellent à ouvrir le débat pour une réforme de la Constitution. Ils défendent une voie fédérale qui permettrait de redéfinir le modèle territorial pour laisser plus de place au respect des identités régionales.

 

Par Cécile Thibaud à Madrid

 

 

Sur : https://www.challenges.fr/monde/role-de-madrid-prochaines-echeances-decisions-economiques-les-5-questions-cle-de-la-crise-en-espagne-et-catalogne_505835?xtor=RSS-32&utm_content=buffer49181&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer