Par  , Mis à jour le 28/11/2017 à 19:14 Publié le 28/11/2017 à 08:36
Delphine Ernotte (présidente de France Télévisions) et Élise Lucet (présentatrice d’Envoyé Spécial).

Des postes de journalistes pour ces magazines d’information devraient être supprimés d’ici septembre 2018. Une motion de défiance contre Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions, sera soumise au vote la semaine prochaine.

Branle-bas de combat à France Télévisions. Mardi après-midi, après le rendez-vous de Delphine Ernotte avec dix représentants de la SDJ de France 2, les journalistes d’Envoyé spécial et Complément d’enquête, menacés par les coupes budgétaires, se sont réunis lors d’une assemblée générale. L’organisation d’une motion de défiance contre Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions, a été décidée. Elle sera soumise au vote la semaine prochaine et l’ensemble des journalistes de l’entreprise publique sont appelés à se prononcer sur les mesures d’économie annoncées par leur direction.

Lundi soir, les journalistes étaient très inquiets pour l’avenir de leur rédaction. Surtout après la mise au point de Yannick Letranchant. Le directeur de l’information de France 2, avec son directeur délégué Pascal Doucet-Bon, avait convoqué les rédacteurs en chef d’Envoyé spécial et Complément d’enquête pour leur annoncer que la réforme des magazines «devait aller vite». Dès janvier, il envisageait, selon les pistes étudiées, de basculer quatre journalistes en CDI d’Envoyé spécial à la rédaction des JT de la chaîne. Dans cette hypothèse, seulement dix journalistes auraient alors travaillé pour l’émission. Quant aux CDD (en contrat jusqu’au mois de juin), ils n’étaient pas prévus de les renouveler à la fin de la saison. Ainsi, au mois de septembre, le contenu d’Envoyé spécial n‘aurait plus reposé que sur le travail de quatre journalistes titulaires. Contre 14 aujourd’hui. «Autant dire qu’il n’y a plus d’investigation, plus d’émission. Le service public est détruit», déplorait-on ce lundi soir. Même scénario pour Complément d’enquête qui devait perdre 10 reporters en un an (2 postes en septembre contre 12 aujourd’hui).

 

Découragés, les journalistes annulent leur tournage

Dans ces conditions, l’année prochaine, le groupe du service public envisageait d’externaliser ses activités en achetant des reportages à des sociétés de production. Une «aberration» pour les reporters des magazines. Selon eux, avec ces nouvelles méthodes, la chaîne pouvait dire adieu à de nouveaux scoops à la «Bygmalion». «Dans une boîte de production où les moyens sont moins importants, je n’aurais jamais pu faire une enquête que j’ai réalisée il y a quelques mois à l’étranger», témoignait une journaliste.

«Le pire c’est qu’ils nous demandent de travailler plus entre janvier et juin pour faire du stock pour l’année prochaine. Comment comptent-ils motiver le peu de journalistes qui restent avec un tel discours?», se demandait-on au sein des rédactions des magazines.

Stupeur, colère, tristesse. Voici comment les reporters de ces programmes phares décrivaient leurs sentiments. Découragés par cette situation, certains avaient même décidé d’annuler des tournages prévus cette semaine. Vers un mouvement de grève? «Toutes les hypothèses sont envisageables», nous indiquait-on.

» LIRE AUSSI - Anne Sinclair, Hugo Clément et Robert Badinter se mobilisent pour Envoyé spécial et Complément d’enquête

"Dans un contexte budgétaire contraint, l'entreprise réaffirme que l'information est la première priorité du service public et veillera en 2018 comme au-delà à préserver son offre, son indépendance et sa qualité. C'est dans cet esprit que son budget est construit et préservé", indiquait Yannick Letranchant, ce mardi matin, dans une lettre aux salariés, dont l'AFP a obtenu copie.

"Ce cadre nous impose de maîtriser nos effectifs qui sont aujourd'hui de 1.340. Ces effectifs devront être réduits au global de 30 ETP (équivalents temps plein) au cours de l'année en réinterrogeant nos modes de fonctionnement et nos méthodes de travail", poursuivait le directeur, rappelant que "tous les secteurs de l'entreprise contribuent à l'effort collectif". Ainsi, l’effort demandé aux magazines d’information du jeudi ne serait finalement que de 3 ETP.

«France Télévisions ne fait pas marche arrière», réagit Yannick Letranchant interrogé par Le Figaro. Ce n’étaient que des options suggérées lors de réunions de travail. Ce qui a été agaçant c’est de voir ces pistes de travail présentées dans la presse comme étant des arbitrages. Ce n’étaient pas les arbitrages définitifs». «Pour Envoyé Spécial et Complément d’enquête, les trois ETP supprimés représentent à peu près cinq personnes sur l’année à venir. Il est possible que certains CDD (contrats de saison et les contrats de grille qui courent jusqu’au mois de juin) ne soient pas renouvelés. Mais c’est le cas chaque année. Certains contrats sont renouvelés. Pas d’autres. C’est la vie normale. On s’adapte aux objectifs fixés (France Télévisions doit faire 50 millions d’euros d’économie en 2018, ndlr), en fonction des budgets alloués, pour l’année en cours».

Concernant l’achat de sujets à des boîtes de production extérieures, le directeur de l’information se veut rassurant: «Aujourd’hui, la moitié des reportages d’Envoyé Spécial (entre 48 et 50%) dans l’année sont achetés à l’extérieur. En 2018, ce taux atteindra 50-60%. Donc, on sera plutôt stable finalement. Cette pratique n’est pas nouvelle. Elle existe depuis la création même d’Envoyé Spécial».


La rédaction vous conseille

Envoyé spécial et Complément d’enquête menacés: Ernotte interpellée par les journalistes 
Envoyé spécial et Complément d’enquête menacés: colère de la rédaction de France 2 

Avatar de Sarah Lecoeuvre Sarah Lecoeuvre

 


source: http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/envoye-special-et-complement-d-enquete-menaces-france-televisions-devoile-son-plan_3f24e5ce-d40c-11e7-9120-7436775344c8/