Par Emmanuel Galiero
Mis à jour le 16/03/2018 à 16h33 | Publié le 15/03/2018 à 18h14
sur le Figaro

Plusieurs leaders eurosceptiques réflechissent à une stratégie d'union à la prochaine bataille. Compte tenu de la recomposition politique en cours, ce qui n'était pas possible hier en termes de rapprochement pourrait l'être dans un peu plus d'un an.

Les candidats souverainistes avaient occupé le terrain médiatique jusqu'au premier tour de la présidentielle. Puis, occultés par la victoire d'Emmanuel Macron, ils avaient disparu des radars. Pourtant, après dix mois de macronisme, la plupart d'entre eux sont animés par une volonté de combattre ensemble l'Union européenne. Entre les ambitions et le résultat, la route sera longue, mais chez les souverainistes de droite, plusieurs personnalités sont prêtes à faire bloc dans la perspective des élections européennes de juin 2019.

De réunions publiques en discussions plus ou moins discrètes, du Front national à Debout la France en passant par le Parti chrétien-démocrate (PCD), le Centre national des indépendants et paysans (CNIP), le parti Souveraineté, identité et libertés (Siel), jusqu'aux Républicains, on réfléchit sérieusement à la prochaine bataille en essayant de mettre au point une stratégie d'union de la droite, façon programme commun de la gauche en 1972. Ainsi, compte tenu de la recomposition politique en cours, ce qui n'était pas possible hier en termes de rapprochement pourrait l'être dans un peu plus d'un an.

On réfléchit sérieusement à la prochaine bataille en essayant de mettre au point une stratégie d'union de la droite, façon programme commun de la gauche en 1972.

Jean-Frédéric Poisson, président du PCD, fait un triple constat: Emmanuel Macron est «le plus europhile» des chefs d'État que la France ait connus, son projet de souveraineté européenne est clairement assumé et la création d'une offre politique alternative est désormais une question de «survie». «On peut trouver un accord intelligent» estime-t-il.
Avec Nicolas Dupont-Aignan, l'ex-candidat à la primaire de la droite et du centre anime «Les Amoureux de la France», la plateforme destinée à rassembler toutes les sensibilités patriotes autour d'un même projet. «Cette plateforme est indispensable.
Une seule liste aurait du poids», juge Louis Aliot, membre du bureau exécutif du FN. Sans être totalement certain que le mode de scrutin national ne soit pas un frein aux négociations, il estime cependant que la réussite de cette alliance serait «un excellent message, de très bon augure avant les municipales». Faut-il y voir un signe, Marine Le Pen a appelé à voter pour le candidat LR au premier tour, dimanche, de la législative partielle de Mayotte.

Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès), Jean Lassalle (Résistons), Florian Philippot (Les Patriotes) ou François Asselineau (UPR) envisagent, à ce stade, d'aller seuls aux européennes.

 

«Remettre la droite au pouvoir»

Pour sa part, Bruno North, président du CNIP et ex-soutien de François Fillon, devrait obtenir un large vote interne, mardi, en faveur d'un ralliement aux Amoureux de la France. S'il imagine les discussions à venir comme une partie de «poker menteur» entre des formations plus ou moins importantes, il est aussi un promoteur de la «logique mitterrandienne». Opposé à «l'européisme béat» de Macron, il se dit favorable à une large alliance à droite pour «remettre la droite au pouvoir» et croit possible un rassemblement de gens très différents.

 

«La famille eurosceptique en France va se reconstruire. Nous pouvons faire bouger les lignes européennes comme les traités et cette puissance de feu va changer la donne.»

Karim Ouchikh, président du parti Souveraineté, identité et libertés

«La famille eurosceptique en France va se reconstruire. Nous pouvons faire bouger les lignes européennes comme les traités et cette puissance de feu va changer la donne», veut croire Karim Ouchikh, président du Siel. Mardi, le conseiller régional d'Île-de-France participera à un débat public à Angers, en présence de Thierry Mariani (LR), Jean-Frédéric Poisson (PCD), Emmanuelle et Robert Ménard.

Pour Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, les courants souverainistes français vont reproduire des scénarios observés ailleurs, en Europe. «Les peuples européens de l'Ouest sont en train de se réveiller, soutient-il, car la situation est cataclysmique et nous vivons peut-être la fin des nations européennes.» L'Europe des nations est d'ailleurs un slogan très partagé par ceux qui sont impatients d'affronter le «fédéralisme européiste et mondialiste» de Macron dans les urnes. Selon Villiers, le chef de l'État «ne bougera pas sur les questions migratoires» et le macronisme se révélera comme le «point d'accomplissement ultime du marketing politique».

 

Beaucoup d'inconnues

Côté LR, Thierry Mariani est favorable à des discussions avec le FN parce qu'il estime que Les Républicains iront «dans le mur» s'ils sont incapables de tisser des alliances. «Faut-il attendre que les centristes reviennent? On peut les attendre longtemps et ils nous bloqueront pour les réformes», poursuit l'ex-député. Il a relu l'histoire du rapprochement entre le communiste Georges Marchais et le socialiste François Mitterrand et soutient: «Leurs oppositions étaient pires que celles qui existent aujourd'hui entre Laurent Wauquiez et Marine Le Pen.»

 

«Une liste unique pourrait atteindre un résultat élevé.»

Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop

En janvier 2017, le sondage Ifop pour Le Figaro, la toute première étude portant sur les européennes, avait projeté le FN de Marine Le Pen à 17%, DLF de Nicolas Dupont-Aignan à 6%, Les Patriotes de Florian Philippot à 2% et l'UPR de François Asselineau à 1,5%, soit 26,5% au total. Le vote souverainiste atteignait 40,5% en comptant les 14% du vote mélenchoniste.

Une élection est plus le fruit d'une dynamique que d'une arithmétique, mais si cette stratégie du rassemblement souverainiste allait à son terme, elle pourrait se révéler porteuse. «Dans une France noniste où le courant eurosceptique a toujours existé, les chances d'une alliance sont réelles. Même s'il existe encore beaucoup d'inconnues, une liste unique pourrait atteindre un résultat élevé», considère Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 16/03/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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source : http://premium.lefigaro.fr/politique/2018/03/15/01002-20180315ARTFIG00297-les-droites-souverainistes-revent-d-alliance-pour-2019.php