Rubrique : un peu d’histoire ?

La traite des Noirs fut abolie par le Royaume-Uni en 1807, les États-Unis en 1808, et en France, par le décret du 29 mars 1815, quand Napoléon revint au pouvoir lors des Cent-Jours, confirmé par la suite par l'ordonnance royale du 8 janvier 1817 et la loi du 15 avril 1818.

Il ne faut pas confondre l’interdiction de la traite c’est-à-dire du trafic maritime des esclaves, avec l’abolition de l’esclavage lui-même. Les trois pays cités n'aboliront respectivement l'esclavage qu'en 1833, 1860 et 1848.
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Le Comte François-Xavier Donzelot, fut nommé gouverneur de l’île de la Martinique, fonction qu’il assura 1817 à 1826. Connu pour la fermeté et l’intégrité de son caractère, il eut à traiter les conflits entre les colons blancs et les gens libres de couleur. Sans cesse harcelé par les propriétaires blancs qui voulaient exploiter à leur seul profit tous les éléments de prospérité de la colonie, Donzelot se laissa persuader que les gens de couleur libres étaient animés de l’esprit de révolte et travaillaient à faire subir à la Martinique le sort de Saint-Domingue.

Il se trouvera donc confronté à des difficultés liées à l’interdiction de la traite. Celle-ci provoquait d’importantes difficultés d’importation de main-d’œuvre servile pour les propriétaires blancs des plantations. Certes ils avaient toujours le droit de posséder des esclaves, et il faudra attendre 30 ans et la IIe République avant l’émancipation. Lorsque des navires négriers se présentaient devant les ports martiniquais, il aurait dû être interdit de les laisser entrer.

Le 14 août 1823, un navire transportant illégalement une cargaison d’esclaves se présenta devant Fort-de-France et demanda à pouvoir débarquer cette cargaison. Les grandes familles martiniquaises confrontées à ce qu’elles considéraient comme une pénurie de main-d’œuvre et une concurrence déloyale firent pression sur le gouverneur pour qu’il passe outre l’interdiction.
Les archives et notamment la lecture des courriers échangés, permettent de constater que l’essentiel des arguments se présentait comme de pure humanité. Et que les membres du clergé furent très actifs au nom de l’amour du prochain. Étaient mises en avant non pas l’intérêt économique, mais les valeurs chrétiennes de compassion pour des malheureux à qui il n’était pas souhaitable d’imposer plus longtemps la dureté des conditions de la traversée.
Le Comte François-Xavier Donzelot accepta de passer outre l’interdiction de la traite. Le navire fut autorisé à accoster. Une partie de la cargaison fut vendue sur les quais pour être acheminée immédiatement dans les plantations.

Le navire négrier s’appelait l’Aquarius.