04 août 2009
L'Afrique, priorité des Etats-Unis
Hillary Clinton entame une tournée en Afrique pour resserrer les liens avec le continent© DR
Plus de trois semaines après la visite de Barack Obama au Ghana, la secrétaire d’Etat est attendue en terre africaine pour sa plus longue tournée à l’étranger depuis sa prise de fonction.
Hillary Clinton doit débuter à partir de mercredi une tournée qui la mènera du 5 au 15 août, dans sept pays d’Afrique. Il s’agit du plus long déplacement de la secrétaire d’Etat depuis sa nomination au sein de l’Administration Obama. Cette durée de onze jours - au Kenya, en Afrique du Sud, en Angola, en République Démocratique du Congo (RDC), au Nigeria, au Liberia et, enfin, au Cap-Vert - accrédite la thèse de la priorité que les Etats-Unis accorde désormais à l’Afrique au moment où les intérêts de puissances comme la Chine, l’Inde et le Brésil s’intensifient.
Washington l’assure : les discussions porteront essentiellement sur les droits de l’homme et la bonne gouvernance. Difficile pourtant de ne pas voir la rivalité sino-américaine en toile de fond.(..........)
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09 juillet 2009
Posséder la terre: l'enjeu des nouveaux conflits avec le Sud
Par Ludovic Lamant
C'était à la mi-juin, au Pérou : les Indiens d'Amazonie obtenaient
gain de cause, après deux mois de blocages et de violences. Les décrets
qui devaient faciliter l'exploitation de leur forêt par des compagnies
étrangères ont été suspendus. Ce conflit très médiatisé n'est pas un
cas isolé. Du Canada aux Philippines, passant par le Botswana, des
populations isolées s'opposent à l'arrivée de groupes miniers ou
pétroliers. Etat des lieux d'un phénomène, qui devrait encore
s'intensifier à cause de la crise économique, préviennent les Nations
unies. Premier volet d'une série consacrée au retour au premier plan
des conflits fonciers sur la planète. [Photo: un enfant bushman au Botswana. ©Fiona Watson/Survival.]
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Extrait:
Dans tous les cas, les conflits entre «autochtones» et entreprises minières seraient donc appelés à se multiplier. Prudence. D'abord parce que la catégorie de peuple «autochtone» est problématique, davantage que celle d'«indigènes», qui s'applique au seul continent américain. Elle contribue à rassembler sous une même étiquette, des conflits très différents sur le fond, au nom d'une même conviction – «J'étais là avant». Dans un article de 2001 qui a fait date [lire sous l'onglet Prolonger], les anthropologues Jean-François Bayard, Peter Geschiere et Francis Nyamnjoh ont déconstruit l'«autochtonie» et son instrumentalisation politique en Afrique : «L'une des évolutions politiques les plus inquiétantes sur le continent tient précisément à la généralisation de l'opposition entre ‘autochtones' et ‘allogènes' et à la véhémence nouvelle qu'elle y revêt.»
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Un enfant bushman au Botswana. ©Fiona Watson/Survival.
(...........) L'identité autochtone est d'autant plus délicate à manier, qu'elle peut induire des lectures trop simplistes. En Indonésie, par exemple, la situation sur le terrain se révèle bien plus complexe qu'un conflit entre «gentils sauvages» et entreprises carnassières, face-à-face caricatural parfois véhiculé par certaines ONG. Sur l'île de Bornéo, où les tensions foncières n'ont cessé de croître depuis la fin des années 90, les populations locales, les Dayak, disposaient au départ de surfaces de cultures importantes – quelque 15 à 20 hectares par ménage, dont une bonne partie en jachère. «Les terres, utilisées pour la culture du riz ou pour faire pousser des hévéas et du rotin, avaient peu de valeur. Et il n'y avait pas de marché foncier», explique Patrice Levang, chercheur à l'Institut de recherche et du développement (IRD).
L'arrivée à Bornéo d'entreprises étrangères, spécialisées dans l'extraction de charbon ou la culture de palmiers à huile, a bouleversé la donne. Elles ont proposé aux paysans locaux de racheter leurs terres. La plupart ont accepté. Pour convaincre les derniers récalcitrants, les gouvernements locaux se sont impliqués eux aussi, promettant la construction de routes ou l'installation de l'électricité (très souvent, les élites locales sont intéressées, d'une façon ou d'une autre, sur les résultats de l'entreprise). En quelques années à peine, les terres récupérées par les entreprises ont pris de la valeur. L'hectare, acheté pour 50 dollars auprès des paysans locaux, en vaut désormais 500. Et dans bien des cas, les promesses en matière d'infrastructures n'ont pas été entièrement tenues.
«Les populations locales se disent alors qu'elles se sont fait avoir», poursuit Patrice Lebang. Impossible pour elles de recourir à la justice, puisque aucun contrat écrit n'a été passé à l'époque. Il leur reste donc à manifester. Dans certains cas, le conflit s'envenime (locaux de l'entreprise brûlés, paysans emprisonnés, etc.). Pour ne rien arranger à leur réputation, ces entreprises, qui ont au moins le mérite de créer de nouveaux emplois dans des régions rurales pauvres, préfèrent embaucher des migrants javanais, venus des îles voisines, plutôt que des Dayak, jugés pas assez disciplinés (trop peu respectueux des horaires, etc.). D'après des ONG locales, plus de 300 conflits de ce genre sont répertoriés en Indonésie. «Ce ne sont pas des conflits liés au fait qu'on leur vole la forêt, comme on peut parfois l'entendre. Ce sont des conflits liés à un manque à gagner. Les populations locales estiment qu'elles ont été flouées. Que le contrat n'a pas été respecté.» Ce qui n'a effectivement rien à voir avec de supposées revendications autonomistes.
L'«accaparement des terres», un mouvement de fond
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Pour dépasser ces difficultés liées au caractère «autochtone» des revendications foncières, une piste : replacer ces conflits dans le cadre plus général de la course aux terres effrénée qui se déroule à l'échelle de la planète. Très controversés, et conclus dans la plus grande opacité, les achats de gigantesques parcelles de terrains, dans les pays du Sud, par des pays émergents, des fonds souverains ou de simples entreprises, se sont accélérés ces derniers mois [Mediapart y a déjà consacré un dossier]. Multiplication des conflits fonciers avec des «autochtones» et accaparement des terres agricoles du Sud : il s'agirait en fait des deux faces d'un même mouvement de fond, d'autant plus inquiétant qu'il reste encore très méconnu. Qu'on se rassure : vu la profusion de colloques, débats et initiatives politiques attendus dans les mois à venir autour du «foncier», le sujet ne devrait toutefois pas rester mal documenté trop longtemps. (.......)
