12 novembre 2009
Batho: scandale des sondages de l'élysée
Batho: "J'espère qu'il n'y aura pas d'entourloupe"
Delphine Batho était l'une des premières à réclamer une commission d'enquête parlementaire au sujet du "scandale" des sondages de l'Elysée. En passe de l'obtenir, la députée socialiste, interrogée par leJDD.fr, se garde toutefois de tout triomphalisme.
Mardi matin, Bernard Accoyer a jugé recevable la création d'une
commission d'enquête, que vous appelez de vos vœux, sur les sondages de
l'Elysée. Quel est votre réaction?
La procédure suit son cours
normal. Bernard Accoyer a refusé de céder aux injonctions de la garde
des Sceaux, qui, d'ailleurs, elle-même, n'a pas respecté la règle de
séparation des pouvoirs, puisqu'il ne lui appartenait pas de dire au
président de l'Assemblée nationale ce qui est constitutionnel et ce qui
ne l'est pas. L'application concrète du principe de séparation des
pouvoirs était seulement de savoir s'il y avait une procédure
judiciaire en cours dans cette affaire. Or, il n'y en a pas. Il n'y
avait donc pas de raison que le règlement de l'Assemblée nationale ne
soit pas appliqué. Charge désormais aux opposants à cette commission de
réunir 3/5e des voix dans l'Hémicycle pour qu'elle soit rejetée (un seuil que l'UMP et le Nouveau centre ne peuvent atteindre seuls, ndlr).
Avant un vote en séance, le projet doit toutefois passer en
commission des lois de l'Assemblée, à majorité UMP. Ne craignez-vous
pas une délimitation trop stricte du champ d'investigation de la
commission d'enquête?
J'espère qu'il n'y aura pas d'entourloupe.
Toutefois, les prérogatives de la commission des lois sont clairement
édictées par le règlement de l'Assemblée nationale. Elle doit seulement
se prononcer sur l'opportunité d'une telle commission, et, au cas où
elle la juge inopportune, l'opposition a le droit de formuler une
contre-proposition en séance publique. Normalement, il ne peut donc pas
y avoir de problème ou de subterfuge par rapport à la règle. J'observe
cependant la nervosité d'un certain nombre de responsables de l'UMP,
très certainement liée au fait que l'on a vu apparaître des factures de
sondages (rendues publiques en commission des finances élargie jeudi dernier, ndlr)
qui n'auraient en aucun cas dû être payées par l'argent public de la
présidence de la République, mais par les fonds privés de l'UMP. Ce qui
pose un grave problème par rapport aux règles des comptes de campagne.
"Nous sommes face à un véritable scandale"
Si elle est effectivement créée, cette commission d'enquête sera
composée en majorité d'élus UMP. Pensez-vous qu'elle pourra mener son
travail jusqu'au bout?
On ne peut pas nous dire que l'Elysée
veut la transparence, que Nicolas Sarkozy a voulu lui-même le contrôle
de la Cour des Comptes, et s'arrêter en chemin. La transparence ne peut
être que totale. Dans le cas contraire, cela prouverait qu'il y a des
choses dérangeantes à cacher.
Nicolas Sarkozy est-il pris à son propre piège?
Si le
Président a souhaité le contrôle de la Cour des comptes, je pense que
c'est surtout parce que le budget de l'Elysée posait question. Par ce
biais, il voulait couper court aux polémiques, sur son salaire
notamment, et sur l'augmentation faramineuse du budget de la
Présidence. Malheureusement pour lui, la Cour des comptes a mis le
doigt là où ça fait mal, c'est-à-dire sur un élément matériel qui
accrédite l'idée de système de connivence entre Nicolas Sarkozy,
certains instituts de sondages et certains médias. Ce sont sur ces
faits précis que la commission d'enquête devra se pencher.
Peut-on parler d'affaire d'Etat?
Je ne sais pas, je ne
préjuge pas de l'avenir, mais il est clair qu'à l'appui des documents
rendus publics jusqu'ici, nous sommes face à un véritable scandale. Et
nous nous posons beaucoup de questions auxquelles nous n'avons pas,
aujourd'hui, de réponse.
Une commission d'enquête pourra-t-elle les obtenir?
Là
encore, je ne préjuge pas de l'avenir, mais la commission aura à sa
disposition des moyens de vérification: elle pourra notamment
auditionner les instituts de sondage ou les médias concernés par cette
affaire. C'est pour cela que sa création est absolument nécessaire.
Mardi 10 Novembre 2009
Voir aussi/
Très chers sondages élyséens
Delphine Batho réclamait dès cet été la création d'une commission
d'enquête parlementaire sur les sondages de l'Elysée. (Reuters)
