04 décembre 2009
«Sur la laïcité, un peu de douceur, M. le président !»
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro : «Sur la laïcité, un peu de douceur, M. le président !»
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, Propos recueillis par Judith Waintraub, 4 décembre 2009.
Le président du Mouvement républicain et citoyen, Jean-Pierre
Chevènement regrette la tournure prise par le débat sur l'identité
nationale.
Le Figaro : Faut-il débattre de l'identité nationale ?
Jean-Pierre Chevènement :
Oui, à condition que cela serve l'unité nationale, donc en dehors des
périodes électorales. Je vous rappelle qu'en 1985, j'ai rétabli la
Marseillaise et l'éducation civique, à l'école. Le débat tel qu'il est
posé actuellement se prête à des dérapages regrettables. Je pense par
exemple aux propos du maire de Gussainville sur les 10 millions
d'étrangers que «nous payons à ne rien faire».
Des propos condamnés par Éric Besson…
Certes, mais cela montre l'erreur d'avoir rapproché l'identité
nationale de l'immigration. L'identité nationale a beaucoup plus à voir
à mes yeux avec les choix de politique extérieure et européenne. La
droite et la gauche ont, ensemble, substitué à la France l'Europe comme
horizon. Et le traité de Lisbonne est un mécanisme d'impuissance, d'où
un gros risque d'effacement pour notre pays. Les délocalisations
industrielles, le chômage et les inégalités qui explosent, menacent
ainsi notre identité nationale.
L'islam menace-t-il notre identité ?
Nous définir par rapport à l'islam serait remettre en cause nos propres
principes républicains. Nous devons appliquer et faire appliquer
ceux-ci et prêcher l'exemple.
A-t-on eu tort de légiférer sur le port du voile à l'école ou de vouloir le faire sur la burqa ?
Ce sont deux problèmes différents. L'école est le sanctuaire de la
République, Jacques Chirac a eu raison d'y interdire les signes
ostensibles d'appartenance religieuse. Le port de la burqa dans la rue
est extrêmement minoritaire (367 cas recensés par la police). Des
prises de position d'autorités musulmanes appelant à respecter le
principe républicain d'égalité entre hommes et femmes devraient
permettre d'obtenir des résultats plus probants qu'une loi. Évitons
aujourd'hui le piège de la provocation !
Faut-il réviser la loi de 1905 ?
Pourquoi vouloir constamment bouleverser ce qui marche ? Si j'avais un
conseil à donner à Nicolas Sarkozy, c'est de ne pas abuser des
électrochocs. Le massage cardiaque est souvent plus efficace, j'en
parle d'expérience. Un peu de douceur, monsieur le président !
Que vous inspire le référendum suisse sur les minarets ?
La question était idiote ! Demandez aux Suisses si les musulmans
doivent être libres de pratiquer leur religion, ils répondront oui. Ces
lieux de culte doivent s'intégrer à nos paysages. J'y ai veillé à
Belfort pour la grande mosquée inspirée des toits plats des mosquées
andalouses : l'horizontal des lignes et le béton rose s'harmonisent
admirablement avec le profil des fortifications et le grès des Vosges.
Y a-t-il un problème d'intégration en France ?
Il y a un phénomène de mascaret, comme quand un fleuve entre dans la
mer. La population autochtone n'accepte pas facilement le non-respect
des valeurs républicaines. Mais malgré les discriminations,
l'intégration des jeunes nés de l'immigration par l'école et l'emploi
continue à fonctionner, selon les études de l'Insee. Cessons de
culpabiliser la République.
Voir l'entretien en ligne sur le site du Figaro.
01 novembre 2009
CHEVENEMENT (vidéos sur YOUTUBE)
Chevènement sur l'identité nationale, le traité de Lisbonne et 2012
Chevènement face à Eric Besson au Sénat sur l'identité nationale
"L'identité nationale de la France, c'est l'identité républicaine !"
26 septembre 2009
Chevènement: «Un désaccord philosophique fondamental avec les verts»
Jean-Pierre Chevènement - Forum | Vendredi 25 Septembre 2009
Pour Jean-Pierre Chevènement, la gauche ne devrait pas s'interdire de discuter avec Bayrou, ou saluer trop vite les victoires des Verts. Au lieu de courir après des alliances improbables, la gauche devrait travailler sur ses fondamentaux.
Jean-Pierre Chevènement (photo: dmonniaux - Flickr - cc)
Marianne : Vous avez rencontré en tête à tête François Bayrou, que la direction du PS persiste à tenir à distance...
Jean-Pierre Chevènement :
François Bayrou a déclaré vouloir tendre la main à la gauche et il a
demandé à me voir. Il n’y a pas de raison de refuser de débattre sur le
fond avec le président d’une formation qui est alliée au PS dans nombre
de régions et de municipalités ! Un refus de dialogue dans ces
conditions démontrerait un sectarisme qui est la plaie de notre vie
politique.
Vous ne lui demandez donc pas, comme Martine Aubry, de donner des preuves d’évolution à gauche ?
J.-P.C. : Son
évolution, qui l’éloigne de la droite, obéit à une logique politique.
François Bayrou mène un combat courageux. Il est ostracisé par la
droite. Il demande à débattre du fond. Ayons confiance en la force de
nos idées : allons-y !
Vous participeriez donc au « Parlement de l’alternance » proposé par Bayrou ?
J.-P.C. :
Il y a deux ans, le MRC avait proposé des assises de la gauche pour la
refondation républicaine d’un parti de toute la gauche. Il faut
débattre du fond, et cela sans sectarisme : pourquoi donc ne pas
réunir, à cet effet, un « Parlement de l’alternance », y compris avec
François Bayrou ? L’important, c’est de sortir la gauche du bourbier
dans lequel elle s’est enfoncée, faute d’avoir su tirer les leçons de
ses échecs depuis 1993. Et, pour ce faire, il est plus efficace de
travailler sur le fond que d’attendre une quelconque repentance de ceux
qui ont cédé aux sirènes du néolibéralisme.
C’est-à-dire ?
J.-P.C. :
Il faut commencer par analyser la crise actuelle de la mondialisation
financière. Comprendre à la fois la déflation salariale exercée par les
pays à très bas coût salarial et saisir cette dimension politique si
rarement évoquée. Le système de la globalisation financière fonctionne
sur la base de la domination politique des Etats-Unis et d’une monnaie
mondiale qui est le dollar. Le rapport de forces mondial a changé et va
encore changer avec la montée de la Chine. Nous sommes pris en étau. La
« moralisation du système » ne suffit pas. Le problème est politique :
il faut remettre en cause un libre-échangisme destructeur et la
suprématie du dollar dans le système monétaire international.
Le volontarisme de Nicolas Sarkozy, y compris sur le terrain industriel, ne vous satisfait pas ?
J.-P.C. : Je
ne fais pas de l’antisarkozysme systématique, mais je constate que
malgré quelques initiatives utiles, concernant Alstom, par exemple, il
n’y a pas de véritable politique industrielle pour lutter contre la
délocalisation de nos industries. Il n’y a d’ailleurs plus de ministère
de l’Industrie ! Idem avec la régulation financière. Le système
bancaire n’a pas été assaini. Après les avoir renfloués, on reprend les
mêmes et on recommence.
Vous auriez souhaité qu’on nationalise les banques ?
J.-P.C. :
Et pourquoi pas, au cas par cas ? On aurait ainsi favorisé l’accès au
crédit, notamment des PME, toujours en souffrance. Il ne faut pas en
rester au verbe comme le fait Nicolas Sarkozy quand il reçoit les
banquiers. Les nationalisations et la planification ne sont pas des
« gros mots ». J’observe d’ailleurs que Paul Krugman recommande le
retour à la planification, dans le domaine énergétique par exemple.
Sur les questions énergétiques, vous êtes toujours en désaccord avec les verts ?
J.-P.C. : J’ai
un désaccord philosophique fondamental avec les verts. Ils pensent,
comme Malthus, que le monde est trop petit pour l’homme. Or, les
prophéties de Malthus au début du XIXe siècle se sont révélées fausses.
Je crois en la raison de l’homme, en ses capacités d’invention et de
créativité. Je n’ai pas d’hostilité de principe vis-à-vis des
écologistes. Ils ont quelquefois de bonnes idées. Comme ministre de la
Recherche et de l’Industrie, j’ai créé l’Agence nationale pour la
maîtrise de l’énergie (ANME) en 1982, l’ancêtre de l’Ademe actuelle,
car il y a à faire pour promouvoir les économies d’énergie. Je me situe
dans l’héritage rationaliste des Lumières, je combats l’obscurantisme
et la technophobie.
Vous leur reprochez de négliger la question sociale ?
J.-P.C. :
La préoccupation de l’emploi et du développement économique leur
échappe. Par ailleurs, on n’a pas le droit d’interdire le développement
aux pays du Sud. C’est pourquoi il faut changer notre modèle de
développement. La taxe carbone, sur le principe, je suis pour. Mais cet
impôt écologique ne doit pas devenir une taxe antisociale. Il faut donc
intégrer cette taxe dans une réforme fiscale plus vaste et plus juste.
Aujourd’hui, vous avez l’impression de subir la domination de l’idéologie écologiste ?
J.-P.C. :
Elle est dans l’air du temps, c’est vrai. Mais, depuis vingt-cinq ans,
j’ai plutôt eu l’impression de subir – et avec quelle force – la
pression de l’idéologie libérale. La mode écolo actuelle, favorisée par
M. Sarkozy, ne permettra pas de s’en défaire, bien au contraire. Les
commentateurs ont surestimé le résultat des verts aux élections
européennes où ils n’ont, somme toute, recueilli que 6,3 % des votes
des électeurs inscrits... Le gouvernement par perversité et le PS par
bêtise ont créé une vaste bulle médiatique autour de Daniel
Cohn-Bendit, une bulle telle qu’aucun autre responsable politique n’en
a jamais bénéficié ! C’est une vache sacrée. Je m’agenouille... Mais,
malgré les efforts de M. Sarkozy pour souffler dans les bronches des
écologistes, il est probable, selon moi, que cette bulle se dégonflera
aux élections régionales.
A gauche, certains pensent que
vos idées ont fait leur temps. Quel rôle pensez-vous encore pouvoir
jouer dans la reconstruction de l’opposition ?
J.-P.C. :
S’agissant de Mme Duflot, je dois être un peu moins jeune qu’elle, ça,
c’est vrai. Mais de là à dire qu’elle incarnerait le neuf et moi le
vieux... Je laisse ça aux « communicants ». Comme d’autres avant moi :
Clemenceau, Mendès France, je considère la République comme « une idée
toujours neuve ». Je définis mes positions à l’aune de l’intérêt
public. Ils ne sont pas nombreux à le faire dans ce qu’on appelle –
expression que j’abhorre – la « classe politique » ! Si porter haut
l’exigence républicaine dans tous les domaines est ringard, je
revendique la palme de la ringardise !
Propos recueillis par Renaud Dély et Nicolas Domenach
Jean-Pierre Chevènement est président du mouvement républicain et citoyen.





