16 octobre 2009
Kamel Chibli, Brahim Abbou: “La France nouvelle”
Je vous invite à lire cette tribune, à mon sens très juste, de deux amis et camarades.
"Par Brahim Abbou, conseiller municipal de Montpellier et Kamel Chibli, maire-adjoint de Lavelanet
Il existe une France qui n’hérite aucun poste de ses parents et aucun privilège de sa naissance, une France qui se lève tôt sans gagner plus, travaille beaucoup et dépense moins. Il existe une France qui croit au partage, à l’école républicaine et au respect dû à chacun, une France qui ne se reconnaît pas dans le mépris des salariés et la traque des immigrés, une France qui n’oppose pas la liberté et l’égalité, une France qui se bat pour le maintien et la qualité des services publics en milieu rural et dans les quartiers populaires. Il existe une France qui croit que chacun doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Oui, il existe une France qui ne fait pas de la couleur de peau une injure ou de l’adresse une marque d’infamie. Une France qui n’accepte plus le regard que les médias portent sur elle, ce ton tantôt brutal tantôt paternaliste qu’on emploie pour lui parler, le silence qui entoure ses efforts au quotidien alors que le vacarme répercute à l’infini le superflu et l’accessoire pour faire diversion. Il existe une France qui se parle et s’entraide, s’écoute et dialogue dans les quartiers et les campagnes, cherche ensemble des solutions. Une France qui réfléchit, innove, rêve à demain en retroussant ses manches.
Oui, elle existe, cette France de la fraternité. Nous la vivons, nous, au quotidien, à la base, dans ce pays qui portait les espoirs de nos parents venus du Maroc et qu’ils nous ont appris à respecter, avec ces valeurs qu’ils nous ont transmises et qui nous ont permis de passer entre les gouttes acides de la violence et du désespoir.
Ces valeurs largement partagées et notre foi exigeante en la République, nous les transmettons depuis bien des années, d’abord à travers notre engagement associatif dans le quartier de La Paillade à Montpellier et le pays ariégeois, puis dans le monde politique. Nous avons rejoint la campagne de Ségolène Royal en 2007 parce qu’elle portait haut et fort les valeurs de cette France métissée dont nous sommes fiers. Nous avions alors lancé l’Appel des Quartiers dont Cités d’Avenir est aujourd’hui le prolongement.
Oui, nous sommes fiers d’être à ses côtés de jeunes élus fils d’ouvriers, Français à part entière et non sempiternellement « issus de l’immigration » (1ére, 2ème, 3ème génération… jusqu’à quand ce renvoi à la seule origine ?), des élus engagés, volontaires, sincères dont le jugement compte autant que celui de responsables plus capés.
Ségolène Royal a proposé que l’un d’entre nous, Kamel Chibli, entre au Bureau national du Parti Socialiste mais il semble que la porte de Solférino reste obstinément close et le « renouvellement par la preuve » pas de saison. Nous croyons, nous, à la parole politique, à la force des mots simples et justes qui touchent les coeurs, redonnent l’espoir et l’envie d’avancer, à la conformité nécessaire des actes et des promesses, loin des petits arrangements d’arrière-salle et des calculs d’appareil. Il n’y avait, dans cette proposition, aucun machiavélisme mais une grande cohérence.
Cela a, semble-t-il, échappé au petit cercle des commentateurs et des acteurs de la vie politique qui, se croyant perspicaces, prennent tout par le petit bout de la lorgnette, s’intoxiquant mutuellement sous le sceau des fausses confidences et des dîners en ville. Voilà comment la défection d’untel ou la mise à l’écart d’un autre deviennent une soit-disant traversée du désert voire une descente aux enfers ! Voilà comment le commentaire des petites phrases tient lieu d’analyse politique et comment 3.500 personnes mobilisées à Montpellier sont ignorées car cela contredit le récit d’un petit monde très parisien.
Oui, nous avons été blessés par le traitement médiatique et politique de la Fête de la Fraternité que nous avons organisée à Montpellier, le 19 septembre dernier. Blessés de voir le fossé entre ce que nous avons vécu et les commentaires qui ont suivi, sous la plume notamment de ceux qui n’y étaient pas. Blessés qu’on préfère s’intéresser à quelques absents plutôt qu’à tous ceux que rassemblait ce jour-là la conviction qu’une France nouvelle est possible et que Ségolène Royal en porte les valeurs. Oui, nous avons été choqués que pas un mot ne soit dit de nos débats sur l’éducation, sur la fraternité, et guère plus du solide discours politique de Ségolène Royal, de ses propositions pour sortir de la crise et redresser le pays. Blessés de cette morgue narcissique mais renforcés par cette journée formidable que nous sommes fiers d’avoir réussie. Elle a décuplé notre envie de persévérer, de persister et de signer, tête haute et plus que jamais aux côtés de celle qui a su regagner la confiance du peuple. Car le peuple, n’en déplaise à ceux qui le voient de très loin, ce n’est pas un gros mot. Et parler au peuple, ce n’est pas être populiste, c’est redonner à la République son centre de gravité.
Alors oui, nous le signons à nouveau ce pacte de fraternité autour de Ségolène Royal et de Désirs d’Avenir. Nous y mettons tout ce que nous sommes : notre histoire, le trajet de nos parents, notre volonté d’associer les habitants des quartiers à cette « révolution douce » qui ne se fera pas sans eux, notre espoir et notre détermination.
Et nous appelons à nous rejoindre dans ce fraternel combat toutes celles et tous ceux qui n’en peuvent plus et n’en veulent plus des dégâts de la droite sarkozyste, de l’impasse et des divisions où elle entraîne le pays, de ses mensonges et de ses passe-droits quotidiens, de son incompétence au bout du compte.
Beaucoup, aujourd’hui, ne croient plus un mot de ce que disent les politiques, de quelque bord qu’ils soient, et éprouvent un terrible sentiment de fatalité parce que la vie est de plus en plus difficile et parce que l’avenir semble désespérément bouché. Beaucoup, aussi, se détournent de notre parti parce qu’ils sont lassés de le voir prisonnier de ses querelles internes, obsédé de son pouvoir d’empêchement et oublieux de son devoir d’impulsion.
Au poison du seul contre tous et du repli sur soi nous voulons opposer le contre-poison d’une fraternité en actes. Au sarkozysme destructeur des services publics et protecteur des privilèges, incapable d’anticiper, d’accompagner, de protéger efficacement, nous voulons opposer un large mouvement populaire, citoyen, imaginatif et chaleureux, capable non seulement de s’opposer mais de proposer et d’ouvrir à la France un avenir partagé.
La droite sarkozyste est minoritaire dans le pays et, dans nos quartiers, le rejet est encore plus massif. Alors n’hésitons pas : mettons nos intelligences et nos espérances en commun. Joignons sans exclusive les forces de toutes celles et tous ceux qui ont en commun ces valeurs de respect, de démocratie et de justice sociale auxquelles nous sommes nombreux à croire. Et commençons par les mettre en pratique ici et maintenant dans un mouvement fraternel qui libère les énergies du pays et apporte des réponses concrètes, collectivement réfléchies, aux attentes populaires et aux difficultés vécues par les Français. 2012, c’est demain. Et ça commence aujourd’hui. Cette France réconciliée avec elle-même et avec l’action politique, forte des apports de chacun, nous la savons possible. Cette France nouvelle, bâtissons-la avec passion, sans nous préoccuper d’autre chose que d’aller de l’avant et de tenir parole."
Chibli: "Ras-le-bol du PS"
Alors
que Martine Aubry lui a demandé de réintégrer la direction du PS,
Ségolène Royal a préféré lui proposer, à sa place, le jeune Kamel
Chibli, maire adjoint de Lavelanet (Ariège), en signe d'ouverture à la
jeunesse et à la diversité. Refus de la direction. Pour leJDD.fr, Kamel Chibli commente ce nouvel épisode de la vie tumultueuse rue de Solferino.
Avez-vous des nouvelles de la direction depuis la proposition de Ségolène Royal?
Malheureusement
non. J'ai eu la secrétaire de Martine Aubry au téléphone, qui m'a
assuré que cette dernière allait me contacter. J'attends toujours…
On vous sent quelque peu déçu…
Oui, car symboliquement ce
refus est un mauvais signal envoyé aux Français. Nous sommes dans une
situation critique, avec un PS qui s'éloigne chaque jour un peu plus de
ses électeurs. De deux choses l'une: ou ils sont sourds et aveugles, ou
ils comprennent véritablement le besoin de rénovation, et ma
candidature aurait été accueillie, je pense, comme un symbole fort
envoyé aux Français. Au lieu de ça, la direction rappelle les
éléphants! Et avec tout le respect que je lui dois, ce n'est pas avec
Laurent Fabius que l'on va rénover le Parti. Certains de nos électeurs
n'étaient même pas nés quand il était aux affaires!
Vous dites que vous attendez une réponse de la direction mais
François Lamy, le bras droit de Martine Aubry, a d'ores et déjà dit non…
Je
sais. Et je sais aussi que je n'aurai pas ce poste. J'exprime juste un
véritable ras-le-bol de la direction et de sa façon de fonctionner. Et
j'ai également dit à François Lamy de faire attention au contenu de ses
communiqués. Dire que l'on repousse ma candidature car la diversité
s'exprime suffisamment dans le parti, c'est aussi une façon de dire que
le quota est atteint. Je suis élu depuis des années, je travaille
chaque jour sur le terrain, donc j'ai un peu de crédibilité. Je
n'estime pas devoir rentrer dans un quota.
"Ségolène est très déçue"
On a un peu le sentiment que la proposition de Ségolène Royal était
un habile moyen de repousser la main tendue de Martine Aubry…
Je
serais donc un alibi? Je ne me vexe pas de votre question, car elle est
légitime. On savait, avec Ségolène, que Martine Aubry allait tenter de
rapatrier tous les éléphants. On en a discuté pendant 45 minutes, et on
en est arrivé à cette idée de tenter de me promouvoir à la direction du
Parti. Que les choses soient claires: je me fiche éperdument de ce
poste, comme des "honneurs" qui vont avec. J'ai accepté car je trouvais
que c'était un bon moyen de réconcilier l'opinion publique avec le PS
Comment a réagi Ségolène Royal au refus de Martine Aubry?
Elle
a très mal réagi. Elle était très déçue. Pour elle, c'était
complètement incohérent de revenir à la direction dans un contexte de
rénovation. C'était le sens de ma candidature. Faire une belle photo
avec les présidentiables ne l'intéresse pas du tout. Car contrairement
à la direction, elle a compris que les Français en ont marre des
éléphants.
Que comptez-vous faire, tous les deux, dans les jours à venir?
Ségolène
continue à y croire. Je pense qu'elle va rappeler Martine Aubry pour
tenter de la persuader. Elle espère toujours car pour elle, ce serait
une chance pour le PS de voir un jeune militant issu de la diversité,
comme moi, intégrer la direction. C'est la symbolique qui l'intéresse,
le fait d'envoyer un message fort aux Français. Ce refus, c'est un
exemple du manque d'ouverture du PS, alors que je sens une vraie
mobilisation derrière moi. Je sens que les Français que je côtoie tous
les jours aimeraient que ce signal soit envoyé. Aujourd'hui, le PS
n'est plus en phase avec la société, et Martine Aubry a manqué une
belle occasion d'y remédier.
Source:le JDD
