CAP 2012

Petite revue de presse et blogs,ouverte en mars 2007 pour soutenir une femme politique humaniste, et manifestant - rare en politique - une cohérence certaine entre DIRE et FAIRE. Il se veut aussi l'écho de quelques sujets généraux cruciaux.

07 octobre 2009

Pays pauvres, pays riches, riches des pays pauvres et pauvres des pays riches

Extrait: ............ "(…) il est difficile de parler de déloyauté à propos de choix de société différents ". Arnaud Parienty a visiblement une conception particulière de la justice que je ne partage certainement pas. Peut-on décemment considérer l’esclavage moderne pratiqué dans certaines régions du globe comme un "choix de société" ? En fait, la question ne se pose pas seulement en termes de pays mais surtout en termes d’individus. Peut-on vraiment considérer comme "injuste" toutes les mesures qui seraient prises pour faire en sorte que les habitants des pays dits pauvres bénéficient de conditions de travail décentes, d’une protection sociale digne de ce nom et de pensions de retraites suffisantes, à l’instar de certains pays dits riches ?
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06 octobre 2009

L'imposition des indemnisations des accidents du travail : "Non mais, c'est à pleurer"

     Par printemps   sur LE POST 

Qui ? Ségolène Royal

Bonus : "Des gens qui sont isolés à qui on tape sur la tête en leur promettant une taxe carbone, qui n'arrivent plus à se faire soigner, qui vont payer l'augmentation du forfait hospitalier. Les accidentés du travail, non mais ça c'est à pleurer..."

La phrase en question est à 10 minutes 50.

Ségolène Royal prépare avec les militants socialistes sa campagne pour les régionales, une vidéo interessante parcequ'elle montre une Ségolène Royal "libérée" de la pression médiatique, loin des rumeurs et des pics parisiennes.

 

27 août 2009

L'Expansion propose son indice du bonheur intérieur net.

Source: L'EXPANSION

Pour les Français, le bonheur, c'était en 2001

Franck Dedieu - 26/08/2009 11:40:00 

En 2001, les Français, heureux comme jamais, ont fait un triomphe à Amélie Poulain, incarnation de la gentillesse et de l'amour.

 

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Le PIB est imparfait, les Prix Nobel à la recherche d'un nouvel indicateur planchent encore... Mais L'Expansion propose son indice du bonheur intérieur net. Résultat : nous n'avons jamais été si heureux qu'en 2001.

Cette année-là, la France tombe sous le charme bienveillant d'Amélie Poulain. L'histoire d'une jeune serveuse au regard malicieux, appliquée à faire le bonheur des autres dans un Montmartre de carte postale. L'époque se prête aux plaisirs futiles d'Amélie.

Une véritable année bénie : le chômage s'apprête à passer sous la barre des 2 millions de personnes, le krach d'Internet n'a pas encore freiné une machine économique bien lancée, les salariés s'émerveillent de la liberté offerte par les RTT et espèrent beaucoup de l'arrivée de l'euro. Bref, jamais les Français n'ont été aussi heureux qu'en 2001.

C'est ce que révèle l'indice exclusif du bonheur intérieur net (BIN) élaboré avec l'aide du Centre d'étude des niveaux de vie (CENV), un think tank canadien basé à Ottawa (Ontario), véritable référence mondiale pour les « statisticiens du bonheur » (voir la méthodologie ci-contre). Mais 2001 marque aussi un tournant : à l'ouest, les attentats du 11 septembre à New York referment la parenthèse pacifique ouverte par la chute du mur de Berlin, en 1989. A l'est, l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce fait sortir la mondialisation de sa phase consensuelle, vendue sous l'emballage « gagnant-gagnant ». Et partout l'euphorie Internet retombe.

Après le fabuleux destin d'Amélie Poulain, donc, place au quotidien gris du Français moyen. En témoigne notre indice du bonheur, qui fait du surplace, voire recule, alors que la richesse nationale, le vieil indicateur du produit intérieur brut (PIB), a augmenté de presque 10 % depuis 2002. Cette anomalie économique porte un nom : le paradoxe d'Easterlin - premier statisticien, d'origine californienne, à mesurer, dans les années 70, l'écart entre l'abondance matérielle et le bien-être. La conclusion de ce professeur aux thèses hippies ? Le PIB, cet étalon bête et méchant devenu la star mondiale de l'économie, enferme les sociétés dans un matérialisme étroit. Opinion reprise par Nicolas Sarkozy lui-même : à son initiative, deux prestigieux Prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz et Amartya Sen, devraient lui rendre un rapport sur la mesure de la richesse cet automne.

Mais il ne suffit pas de changer de baromètre pour réconcilier des poches et un estomac bien remplis avec le sentiment du bonheur. A partir d'un certain niveau d'abondance, une saturation de biens s'instaure et le bien-être n'augmente plus. Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) fixe ce « plafond hédonistique » à 30 000 euros de revenus par habitant. Au-delà, rien ne sert de gagner plus. « Ainsi, l'euro ou le dollar supplémentaire produit devra aller dans la poche d'un individu moins riche pour maximiser le bien-être commun », en déduit malicieusement Florence Jany-Catrice, professeur d'économie à l'université de Lille, experte en « comptabilité du bonheur ».

En clair, trop d'inégalités économiques entre les personnes nuisent au bien-être de chacun, même à celui des riches. L'indicateur CENV-L'Expansion prend cette notion en compte. Selon les calculs réalisés par Andrew Sharpe, directeur du Centre for the Study of Living Standards du CENV, les inégalités sociales en France restent à peu près stables depuis 1980 : le taux de pauvreté est calé à 7 %, les écarts généraux de salaires bougent peu. « La France reste fidèle à sa réputation égalitaire, comparée au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis », rassure Andrew Sharpe.

Sans doute, mais, là encore, vu l'augmentation du pouvoir d'achat moyen en France (+ 69 % en trente ans, d'après le chercheur canadien), le pays au modèle social tant envié pouvait peut-être mieux faire. « Sur l'échelle sociale, les écarts de revenus varient globalement peu, sauf aux deux extrémités, où ils explosent. Avec des effets catastrophiques sur le bien-être ressenti », affine Marion Buisson, économiste et sociologue au Centre d'analyse stratégique (anciennement Commissariat du plan), auteur d'un rapport sur les fractures sociales en France. Depuis une décennie, les revenus augmentent de 10 % pour 90 % des Français mais, pour 5 %, le bonus atteint 32 % ! Ces enfants gâtés de la mondialisation ne pèsent pas grand-chose dans les agrégats de la comptabilité nationale, mais exacerbent les frustrations et les comparaisons envieuses, voire soupçonneuses.

Toutes les études sur le bonheur en conviennent : la richesse se vit en termes relatifs. Il suffit de voir son beau-frère agrandir son logement pour trouver sa maison minuscule et dissiper le plaisir d'en prendre soin. « Cette logique pernicieuse de comparaison cause nombre de dégâts, car les Français calent de plus en plus leur réussite sociale - à la manière des Anglo-Saxons - sur leur niveau de patrimoine », renchérit Marc Fleurbaey, chercheur au CNRS. Pour caricaturer, les frasques des people à Saint-Tropez minent le moral des classes moyennes, alors que les abordables vacances de Monsieur Hulot, dans les années 50, l'exaltaient. De ce point de vue, l'adage matérialiste du publicitaire Jacques Séguéla - « Si on n'a pas de Rolex à 50 ans, on a raté sa vie » - joue un rôle dévastateur.

Cette notoire insatisfaction française ne repose cependant pas seulement sur la frustration égalitaire. La sécurité économique - indispensable pour goûter l'instant et envisager sereinement l'avenir - s'amenuise depuis 1980. Les calculs d'Andrew Sharpe évaluent ce recul à 18 %. Les risques matériels liés à la maladie et aux ruptures familiales augmentent d'environ 40 %, mais la grande peur tourne autour de l'emploi. La faute au redémarrage du chômage, bien sûr, mais aussi à la baisse des durées d'indemnisation et au recours toujours plus fréquent au travail à temps partiel.

Dans les années 80, les salariés gagnaient objectivement moins, mais trouvaient une sorte de quiétude auprès de leur employeur. Ils changeaient trois fois d'entreprise au cours de leur vie professionnelle, contre douze fois aujourd'hui. Les possibles accidents de parcours effraient. D'après un sondage de l'institut TNS Sofres publié en octobre 2008, 60 % des Français craignent de devenir un jour SDF. « Une anxiété sociale totalement exagérée au regard des réalités. Ce risque concerne presque exclusivement le salariat non qualifié et âgé », tempère Marion Buisson. Soit, mais le spectre démesuré du sans-abri témoigne d'un grand besoin de protection. D'après les équations de l'économiste Marc Fleurbaey, les Français consentiraient à perdre 15 % en moyenne de pouvoir d'achat pour retrouver la stabilité professionnelle d'autrefois.

La quête du bonheur à la française requiert donc un peu de calme... mais aussi beaucoup d'investissements pour l'avenir, expliquent les chercheurs canadiens. C'est l'ultime critère de l'indice CENV-L'Expansion, qui mesure principalement les dépenses en recherche et développement, ainsi que l'argent consacré à l'enseignement. Le tout pondéré par une bonne dose d'écologie pour faire la part belle aux investissements verts. Bonne nouvelle : « La France comble doucement son retard sur ce terrain par rapport aux autres grands pays industrialisés. »

Finalement, selon tous ces critères, il existerait peut-être bien une formule économique pour doper le bonheur : beaucoup de dépenses dans l'enseignement, une copieuse dose de redistribution des revenus, un zest d'impôt supplémentaire pour les plus riches, quelques articles contraignants ajoutés à notre Code du travail pour garantir davantage l'emploi, et un renoncement aux achats de luxe capables de susciter l'envie.

Le programme ressemble furieusement à un bon vieux manuel social-démocrate mâtiné de morale judéo-chrétienne. « Pas si simple... D'après les enquêtes d'opinion, les aspirations réelles à plus d'égalité et de protection s'accompagnent d'un désir d'autonomie et d'émancipation personnelle, nécessaire à la création de richesse », rétorque Lars Osberg, professeur à l'université Dalhousie, au Canada. Un peu de libéralisme ne nuirait donc pas. Mieux, selon Arthur Brooks, un chercheur américain du think tank conservateur Heritage Foundation, passé maître dans l'art de dépouiller les enquêtes de satisfaction, le bonheur naît dans la liberté de choix et dans la responsabilité personnelle de ses actes. Donc pas d'entraves à la concurrence, pas d'emprise étatique trop importante, et c'est le nirvana. Alors, bonheur de gauche ou bonheur de droite ? Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse !

 

Le fabuleux destin de la première année du siècle

L'indice du bonheur intérieur net (BIN) de L'Expansion est construit en partenariat avec le Centre d'étude des niveaux de vie (CENV), un think tank canadien basé à Ottawa (Ontario). Il calcule, de 1980 à 2009, le niveau de bien-être des Français à partir de quatre critères dont la pondération est variable, chacun intégrant plusieurs séries statistiques :

- la consommation moyenne (20 % de l'indice) : dépense par habitant de bienset de services, salaire moyen, dépenses publiques...

- l'égalité sociale (40 %) : taux de pauvreté, écart de salaire, emploi à temps partiel, durée du travail...

- la sécurité économique (30 %) : taux et durée moyenne de chômage, indemnisation, dépenses de santé...

- le capital humain (10 %) : dépense en R&D, niveau d'éducation, émission de gaz à effet de serre...

L'indice est ensuite corrigé par les baromètres de la confiance des ménages publiés par l'Insee et la Sofres.

 

 

Les élus chtis fondent leurs subventions sur un indicateur de santé sociale plutôt que sur le PIB

" Ici, le PIB ne fait pas la loi ", avertit, façon western, Jean-François Caron, conseiller régional (Vert) du Nord-Pas-de-Calais chargé de l'aménagement du territoire. Depuis cinq ans, les élus chtis n'ont plus comme référent statistique le rudimentaire produit intérieur brut (PIB), mais l'indicateur de santé sociale (ISS), qui prend en compte, au niveau de la région, toute une batterie de critères plus « humains » : la création et la qualité des emplois, les inégalités de revenus, ou encore les dégâts sur l'environnement.

Indicateurs « politiquement corrects » ? Peut-être, mais, depuis octobre dernier, Jean-François Caron passe de la théorie à la pratique avec des politiques publiques décidées en fonction de ces nouveaux critères. Ainsi le conseil régional ne verse-t-il plus de subventions automatiques aux imprimeries locales. Pour le même montant, le Nord-Pas-de-Calais préfère financer des actions de retraitement des encres usagées. Une dépense en moins pour les imprimeurs, un geste en plus pour l'environnement.

Sur le terrain social, cette fois, la région vient de refuser une subvention à Bonduelle pour l'implantation d'une nouvelle usine. « L'industriel agroalimentaire promettait des créations d'emplois, donc du PIB supplémentaire, mais les emplois agricoles dans les petites exploitations risquaient d'en pâtir, les inégalités entre maraîchers, de se creuser, et les nappes phréatiques, de se dégrader », argumente l'écologiste Jean-François Caron pour justifier cette décision.

 

Retrouvez Franck Dedieu, l'auteur de l'article, ce mercredi soir sur France Inter, dans l'émission "Le Téléphone sonne". Elle sera intégralement consacrée au thème: "Le bonheur est-il toujours une idée neuve?"

 

 

 

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26 août 2009

Sécurisation des parcours professionnels pour sauver Heuliez

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    Ségolène Royal : la mise en œuvre de la     sécurisation des parcours professionnels a permis de sauver 220 emplois  

 

   
Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes, se rend une nouvelle fois, ce mardi 25 août, sur le site de l'entreprise Heuliez, à Cerizay dans les Deux-Sèvres (79).
 

 

   
    Cette visite sera précédée par des réunions de travail avec des salariés de l'entreprise et la nouvelle direction d'Heuliez.
 

 

   
Cette entreprise française, à la fois constructeur et équipementier automobile, est la première à être en capacité de produire en grande série un véhicule électrique à bas coût, après avoir répondu à un appel à projets lancé il y a un an et demi par la Région Poitou-Charentes.
 

 

   
Placée en redressement judiciaire, elle a pu être reprise grâce à l’engagement très fort de la Présidente et des élus régionaux : l’entrée au capital de la Région – une première en France ! – a permis de décrocher l’intervention du Fonds Stratégique d’Investissement et ainsi d’intéresser d’un investisseur privé (Bernard Krief Consulting).
 

 

   
La Présidente de Région a également innové avec la prise en charge de la rémunération et de la formation de 220 salariés qui ont ainsi évité le licenciement. Ce dispositif innovant permettra aux salariés concernés de rester dans l’entreprise au moment où la production de véhicules électriques sera en train de monter en charge.
 

 

   
Il s’agit de la sécurisation des parcours professionnels dont Ségolène Royal fera la présentation aujourd’hui. Le financement en est assuré par la Région et la branche professionnelle automobile.
 

 

   
En ce premier jour de reprise d’activité d’Heuliez, le sauvetage de cette entreprise est emblématique de ce qu’une action publique efficace, déterminée et imaginative, peut faire dans le domaine économique, particulièrement dans le secteur de la croissance verte.

Source : Region Poitou Charentes
 

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13 août 2009

Hausse surprise de la croissance en France

L'économie française a rebondi au deuxième trimestre de cette année. Une hausse qui a surpris y compris au ministère de l'Economie. Après quatre trimestres négatifs, le produit intérieur brut français a connu une croissance de  + 0,3 % au deuxième trimestre 2009. «C'est un chiffre qui nous surprend et qui nous réjouit», a expliqué la ministre de l'Economie ce mercredi matin sur RTL citant au passage les chiffres des autres pays européens : « -0,3% , -0,8% en Grande

Nous sommes un des seuls pays à en sortir». Seule l'Allemagne fait aussi bien que la France avec une croissance du PIB identique (+ 0,3%) au deuxième trimestre.

Ce chiffre constitue une surprise, car l'Institut national de la Statistique (Insee) tablait jusqu'à présent sur un recul de 0,6% du PIB au deuxième trimestre. Pour sa part, la Banque de France prévoyait encore en juillet une baisse de 0,4% pour ce même trimestre.(.....)

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06 août 2009

Seule une bonne récession nous sauverait

03.01.2008 | George Monbiot | The Guardian

Dans COURRIER INTERNATIONAL N° 896 du 3.1.08

The Guardian (extraits)
Londres
Si vous êtes sensible, je vous conseille de tourner la page. Je m’apprête à briser le dernier tabou universel ; j’espère que la récession prédite par certains économistes se matérialisera. Je reconnais que la récession est quelque chose de douloureux. Comme tout le monde, je suis conscient qu’elle ferait perdre à certains leurs emplois et leurs logements. Je ne nie pas ces conséquences ni les souffrances qu’elles infligent, mais je rétorquerai qu’elles sont le produit parfaitement évitable d’une économie conçue pour maximiser la croissance, et non le bien-être. Ce dont j’aimerais vous faire prendre conscience est bien moins souvent évoqué : c’est que, au-delà d’un certain point, la souffrance est également le fruit de la croissance économique.
Le changement climatique ne provoque pas seulement un déclin du bien-être : passé une certaine limite, il le fait disparaître. En d’autres termes, il menace la vie de centaines de millions de personnes. Quels que soient leurs efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les gouvernements se heurtent à la croissance économique. Si la consommation d’énergie s’accroît moins vite à mesure qu’une économie arrive à maturité, aucun pays n’a encore réussi à la réduire tout en augmentant son produit intérieur brut. Au Royaume-Uni, les émissions de dioxyde de carbone sont plus élevées qu’en 1997, en raison notamment des soixante tri­mestres de croissance consécutifs dont ne cesse de se vanter [le Premier ministre] Gordon Brown. Une récession dans les pays riches représenterait sans doute le seul espoir de gagner du temps afin d’empêcher le changement climatique de devenir incontrôlable.
L’énorme amélioration du bien-être des humains dans tous les domaines – logement, nutrition, hygiène, médecine – depuis deux cents ans a été rendue possible par la croissance économique, ainsi que par l’éducation, la consommation, l’innovation et le pouvoir politique qu’elle a permis. Mais jusqu’où doit-elle aller ? Autrement dit, à quel moment les gouvernements décident-ils que les coûts marginaux de la croissance dépassent les bénéfices marginaux ? La plupart n’ont pas de réponse à cette question. La croissance doit se poursuivre, pour le meilleur et pour le pire. Il me semble que, dans les pays riches, nous avons d’ores et déjà atteint le point où il faut logiquement s’arrêter.
Je vis actuellement dans l’un des endroits les plus pauvres du Royaume-Uni. Ici, les adolescents dépensent beaucoup d’argent chez le coiffeur, ils s’habillent à la dernière mode et sont équipés d’un téléphone portable. La plupart de ceux qui sont en âge de conduire possèdent une voiture, qu’ils utilisent tout le temps et bousillent en quelques semaines. Leur ­budget essence doit être astronomique. Ils sont libérés de la terrible pauvreté dont ont souffert leurs grands-parents ; nous devrions nous en féliciter et ne jamais l’oublier. Mais, à une exception majeure – le logement, dont le prix est surévalué –, qui osera prétendre qu’il est impossible de satisfaire les besoins fondamentaux de tous dans les pays riches ?
Les gouvernements adorent la croissance parce qu’elle les dispense de s’attaquer aux inégalités. Comme Henry Wallich, un ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine [de 1974 à 1986], l’a un jour fait remarquer en défendant le modèle économique actuel, “la croissance est un substitut à l’égalité des revenus. Tant qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir, et cela rend tolérables les grands écarts de revenus.” La croissance est un sédatif politique qui étouffe la contestation, permet aux gouvernements d’éviter l’affrontement avec les riches, empêche de bâtir une économie juste et durable. La croissance a permis la stratification sociale que même le Daily Mail [quotidien conservateur] déplore aujourd’hui.
Existe-t-il quelque chose que l’on pourrait raisonnablement définir comme relevant du bien-être et que les riches n’ont pas encore ? Il y a trois mois, le Financial Times a publié un article sur la façon dont les grands magasins s’efforcent de satisfaire “le client qui est vraiment arrivé”. Mais son sujet implicite est que personne n’“arrive”, car la destination ne cesse de changer. Le problème, explique un cadre de Chanel, est que le luxe s’est “surdémocratisé”. Les riches doivent donc dépenser de plus en plus pour sortir du lot : aux Etats-Unis, le marché des biens et services destinés à les y aider pèse près de 1 000 milliards d’euros par an. Si vous voulez être certain que l’on ne peut vous confondre avec un être inférieur, vous pouvez désormais acheter des casseroles en or et diamants chez Harrod’s.
Sans aucune ironie délibérée, l’article était accompagné de la photo d’un cercueil. Il s’agit d’une réplique de celui de lord Nelson, fabriquée avec du bois provenant du bateau sur lequel il est mort, que l’on peut s’offrir pour un prix faramineux dans la nouvelle section du grand magasin Selfridges dédiée à l’hyperluxe. Sacrifier sa santé et son bonheur pour pouvoir se payer cette horreur témoigne certainement d’un trouble mental grave.
N’est-il pas temps de reconnaître que nous avons touché la Terre promise et que nous devrions chercher à y rester ? Pourquoi voudrions-nous la quitter pour explorer un désert souillé par une frénésie de consommation suivie d’un effondrement écologique ? Pour les gouvernements du monde riche, la politique raisonnable à mener désormais n’est-elle pas de maintenir des taux de croissance aussi proches de zéro que possible ? Mais, parce que le discours politique est contrôlé par des gens pour qui l’accumulation d’argent est la principale finalité, une telle politique semble impossible. Aussi désagréable qu’elle soit, il est difficile d’imaginer ce qui, à part une récession accidentelle, pourrait empêcher la croissance économique de nous expulser du pays de Canaan pour nous expédier dans le désert.




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