26 octobre 2009
Ségolène Royal et le besoin d'un nouveau PS
Ségolène Royal est confrontée au besoin de rénovation du PS qui prend le chemin d'impasse faute de reconnaître des points de passages obligés.
La rénovation du PS passe par 4 arbitrages qui sont un point de passage obligé pour la performance électorale de cette formation politique.
- Tout d'abord, par l'effet de la pyramide des âges, une certaine droitisation de l'opinion est intervenue.(...)
- Ensuite, second facteur, le PS refuse de tirer toutes les conséquences pratiques de la présidentialisation quasi-absolue du régime. (...)
- Troisième facteur, le parti politique doit être une logistique performante. Par les modalités légales de financement de la vie politique, le parti politique est d'abord un "trésor de guerre" et une équipe de moyens humains. Si cette logistique n'est pas entièrement organisée pour livrer le combat présidentiel de "son" candidat, elle pénalise la compétitivité de ce candidat dans des proportions considérables rendant probablement impossible toute victoire.
- Enfin, le parti doit être un outil de rassemblement. Or le PS est un lieu d'éclatements et non pas de rassemblement.
Ce tableau montre que le PS est aujourd'hui en difficulté parce qu'il renonce à accepter les " nouvelles règles du jeu ".(...)
Dans ce contexte, le PS s'éloigne excessivement des règles de base des partis politiques modernes efficaces. (...)
A cet égard, les stratégies de Ségolène Royal, Dominique de Villepin et François Bayrou ont au moins un point commun : faire vivre le dialogue direct avec l'opinion pour que l'opinion impose sa force notamment aux partis politiques.
Une nouvelle étape dans la démocratie d'opinion est ouverte.
17 avril 2009
Hollande et Bayrou, PS et MODEM, 2 ans après.
PS: Hollande ouvre une porte à Bayrou On s'arrache François Bayrou. Après Dominique de Villepin, qui avait fait part de son intention de rencontrer le leader du Modem, c'est désormais François Hollande qui évoque, dans les colonnes de L'Express, une hypothétique collaboration avec l'élu centriste. "Qu'il abatte ses cartes et affiche ses idées, et nous aussi. Si les divergences l'emportent sur les convergences, chacun comprendra le refus de l'alliance. Si c'est l'inverse, alors il faudra en tirer les conclusions", a déclaré le député de Corrèze. Tout en expliquant qu'"on ne règle pas une question d'alliance entre deux tours d'une présidentielle" (allusion à la rencontre Bayrou-Royal en 2007), l'ex-premier secrétaire du PS considère que le président du Modem "n'a aujourd'hui ni les forces pour prétendre être présent au second tour de la présidentielle, ni le projet politique lui permettant de fédérer autour de lui".
Hollande veut reparler d'alliance avec Bayrou Selon le journal Le Monde, le chef de l'Etat s'inquiéterait d'un effondrement de la gauche permettant à François Bayrou d'accéder au second tour de la présidentielle de 2012.
Hollande: "Ce que je propose à Bayrou" Extrait:
(...) Mais c'était exactement le but du débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, le 28 avril 2007 !
On ne règle pas une question d'alliance entre deux tours d'une présidentielle. Alors n'attendons plus. C'est à lui de sortir de l'ambiguïté dans laquelle il se trouve. Proposons-lui de parler de politique sociale, fiscale, économique ou étrangère, et de ne pas se limiter à la condamnation de la concentration des pouvoirs, de l'atteinte aux libertés et à la laïcité... Qu'il abatte ses cartes et affiche ses idées. Et nous aussi.(...)
09 avril 2009
Strasbourg et Bastia: La villa de Clavier est intacte.
L'ordre doit régner à Strasbourg. Pas à Bastia ?
Si Nicolas Sarkozy a fermement dénoncé les casseurs de Strasbourg, les violents affrontements de Bastia ne lui ont inspiré aucun commentaire.
Cocktails Molotovs, charges contre les policiers, incendies de bâtiments. Ce week-end, Strasbourg a connu une journée d’affrontements et de violences sans précédents suscitant la réprobation la plus ferme du chef de l’Etat : «Ce que je souhaite, c'est que les casseurs soient punis avec la plus extrême sévérité», a déclaré Nicolas Sarkozy.
Quoi de plus normal sinon que les événements décrits se sont déroulés à Bastia en marge d’une manifestation contre les « violences policières » et que Nicolas Sarkozy a fait l’impasse sur les émeutes corses. Organisée quelques heures avant le début des incidents, à l'initiative de l'organisation indépendantiste Corsica Libera, la manifestation s'était déroulée dans le calme jusqu'aux abords de la préfecture de Bastia.
Un état de droit à géométrie variable
Strasbourg-Bastia,
des violences aux causes incomparables et qui, pourtant, devraient
susciter la même dénonciation de fond. Pourtant, du côté de la Corse, à
cette heure, la réaction présidentielle se fait toujours attendre.
(...)
Mais, aux dernières nouvelles, Clavier n'a eu à déplorer aucune dégradation. Rien à signaler donc...
22 mars 2009
Obama, Merkel, Sarkozy...
Obama en Normandie: pourquoi Sarkozy y tient absolument
...C'est (..) pour Nicolas Sarkozy une manière de justifier son atlantisme de façon indiscutable.
Obama n'ira pas en Normandie le 3 avril
La Maison Blanche n'a finalement pas retenu l'idée d'une visite dès avril pour au moins deux raisons:
1/ L'emploi du temps extrêmement chargé de Barack Obama cette semaine là.
2/ La colère d'Angela Merkel de voir la France accueillir la première le nouveau président américain sur le Vieux Continent alors qu'il lui semblait acquis que celui-ci serait reçu conjointement par la France et l'Allemagne lors du somment de l'Otan de Strasbourg-Kehl - ce qui sera finalement le cas.
Obama fait tout pour vexer Sarkozy
(...) «Je suis certain que nous pourrons au cours des quatre années à venir collaborer ensemble dans un esprit de paix et d'amitié afin de construire un monde plus sûr». A votre avis, à qui s'adresse la lettre de Barack Obama dont cette phrase est extraite? (...)
En s'isolant, le NPA met en péril la lutte contre le capitalisme
(...) Ce dont il est ici question, c’est de l’orientation faussement politique du NPA et de son caractère extrêmement nuisible dans le cadre d’une éventuelle future unification de la « gauche de la gauche » ; faisant subjectivement écho à un appel lancé par des militants minoritaires, cet article est conçu comme une mise en garde adressée aux partisans d’une telle union face à l’espoir que pourrait illusoirement représenter à leurs yeux le NPA tel qu’il existe aujourd’hui.
Capitaliser sur le thème de l’urgence
Pour faire court, le programme politique de la NLCR se résume à la notion de révolution (non revisitée depuis Fanon). Tactiquement, il s’agit de capitaliser sur la misère sociale qui alimente une contestation propice au déclenchement de luttes particularistes que le NPA compte, à terme, fédérer sous sa bannière syndicalo-révolutionnaire après avoir soufflé sur des braises d’ores et déjà incandescentes.
(...)
La contestation pour unique programme
(...) En résumé, deux types de discours et de stratégies se télescopent ici : par exemple, sur le plan national, le NPA se targue d’un côté de vouloir instituer un gouvernement « socialiste du XXIe siècle » afin de redistribuer les richesses, principalement par l’intermédiaire de services publics restaurés et élargis ; de l’autre, il entend le faire à la suite d’une révolution qui aura pour objectif l’éradication de l’Etat, instrument politique jugé intrinsèquement bourgeois donc mauvais par essence, et du capital.
La démarche adoptée dans la perspective des prochaines élections européennes est symptomatique de cette courte-vue dogmatique.
Le but, non affiché, est de compter ses troupes, d’évaluer et d’exhiber ses forces afin, une fois le positionnement protestataire clairement établi, de prendre du poids sur l’échiquier politique.
(...)
Un totalitarisme peut en cacher un autre
Surfant allègrement sur la vague d’un mécontentement justifié à l’égard d’une droite dite « décomplexée » comme d’une opposition institutionnelle toujours aussi amorphe, le NPA a ainsi décidé de faire cavalier seul lors des européennes, tentant d’en rejeter la responsabilité sur celles et ceux qui lui avaient tendu une main fraternelle.
En réalité, les instances dirigeantes du NPA voudraient bien du pouvoir, mais à une seule condition : ne pas le partager (...)
Pérenniser le règne de la droite décomplexée
Le NPA continue de glisser, la tête la première, sur une pente extrêmement savonneuse. (...)
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
- ► Dans les coulisses du NPA d'Olivier Besancenot
- ► La question des alliances aux européennes trouble le NPA
- ► Besancenot : "Je suis candidat pour faire la révolution"
- ► Le NPA, une Ligue communiste et révolutionnaire bis ?
Ailleurs sur le Web
21 mars 2009
A propos de l'OTAN (Courrier International)
(liens pour Abonnés)
Avec l'OTAN va, tout s'en va
Extrait: ...Mais, si finalement la décision historique de réintégrer pleinement
l'OTAN ne change rien, pourquoi tout ce vacarme en France ? Et pourquoi
Sarkozy y accorde-t-il autant d'importance ? Une des réponses possible
est psychologique : à la différence de De Gaulle, qui envahissait tout
le champ médiatique de son immense présence immobile, Sarkozy, lui,
occupe le terrain selon le principe du mouvement perpétuel.
Boris Biancheri La Stampa
Un marché de dupes
Extrait: A première vue, Nicolas Sarkozy semble avoir décroché le gros lot : en
contrepartie de son retour au sein de la structure militaire intégrée
de l'OTAN, Paris a obtenu de Washington le Commandement suprême allié
transformation (SACT). Ce poste, toujours occupé par un général quatre
étoiles, est l'une des deux plus hautes fonctions de la hiérarchie
militaire de l'Alliance. Il n'existe que deux commandements
stratégiques au sein de l'OTAN : d'une part, le Commandement suprême
pour les opérations, situé à Mons, en Belgique, et appelé SACEUR depuis
l'époque de la guerre froide ; d'autre part, le SACT, basé à Norfolk,
aux Etats-Unis, essentiellement chargé "d'encourager et de superviser la modernisation"
de l'Alliance. Jusqu'à aujourd'hui, ces deux fonctions ont toujours été
occupées par des Américains. N'importe quel Français un brin patriote
serait donc en droit de penser que son pays revient dans l'OTAN sur un
pied d'égalité avec les Etats-Unis, chose que même les Britanniques
n'ont jamais réussi à obtenir.
Nikolas Busse Frankfurter Allgemeine Zeitung
L'Europe fait pschitt
Extrait: Reste un fait qui donne à penser que Nicolas Sarkozy entend avoir le
beurre et l'argent du beurre. Entre autres conditions, le chef de
l'Etat français a répété que les Etats-Unis devaient se défaire de leur
méfiance à l'égard d'une structure européenne de défense. Washington
accueille manifestement bien l'idée d'un nouveau renforcement de la
dimension militaire de l'Union, quelles qu'en soient les modalités.
Mais Nicolas Sarkozy doit comprendre qu'il n'y a pas de compromis
possible qui permettrait à la France à la fois de jouer un rôle de
premier plan dans la défense européenne et d'être membre à part entière
de l'OTAN. Le souhait de l'UE de créer sa propre armée a toujours été
une ambition malvenue et vouée à l'échec : le pays qui sera toujours le
premier pourvoyeur d'hommes, à savoir la Grande-Bretagne, ne souhaite
pas en faire partie. En réintégrant le commandement militaire de
l'Alliance, la France doit accepter que, dans un avenir prévisible,
l'OTAN soit la seule structure de sécurité supranationale digne de ce
nom.
The Daily photograph
20 mars 2009
Méthode Sarkozy : un fait divers, une loi
Par David Servenay | Rue89 | 20/03/2009 | 14H18
Dernière trouvaille du Président après une bagarre dans un lycée, la création du délit d' « appartenance à un groupement ».

Fait divers médiatique ? Réponse juridique. La méthode est désormais bien rodée : à chaque événement spectaculaire de l'actualité, Nicolas Sarkozy propose d'introduire un nouveau délit dans le code pénal. Dernier épisode du feuilleton : la bagarre survenue dans un lycée de Gagny et, dans la foulée, la création du délit d' « appartenance à un groupement ». Efficace ? Voire, il existe déjà...
Alain Minc, un symbole de l’épuisement des élites néolibérales
Par Éric Conan et Nicolas Domenach, journalistes à Marianne. Affirmer, en toute mauvaise foi, qu’on voit du Maurras ou du Pétain chez François Bayrou revient à banaliser des événements historiques tragiques.
Extrait:
Le maître du « cercle de la raison » refuse tout débat de fond avec François Bayrou. Il
ne souhaite pas disputer, mais lui régler son compte à l’aide de
quelques formules qui se veulent définitives. Il n’argumente pas, il
exécute en n’usant plus de son charme quasi documentaire, le
« parler-Minc », ce mélange de cynisme et de franchise avec lequel il
se plaisait à annoncer les sacrifices toujours recommencés que les
masses devaient consentir, de gré ou de force. Non, cette fois, il a
recours à des formules choc destinées à tuer symboliquement
l’adversaire.
Il a d’abord commencé, il y a quelques semaines, à qualifier François Bayrou de « Le Pen light ». Mais sa trouvaille a fait pschitt. Alors l’intellectuel du sarkozysme vient d’augmenter la dose en veillant bien à ne pas s’attaquer à ce que dit François Bayrou, mais à ce qu’il est. (...)
17 mars 2009
Cinq très mauvaises raisons de réintégrer l’Otan
Deux anciens premiers ministres de gauche (Laurent Fabius, Lionel Jospin) ; deux anciens premiers ministres de droite (Alain Juppé et Dominique de Villepin) ; un pilier de la politique étrangère française, de gauche et fort apprécié par la droite, Hubert Védrine ; deux candidats à la dernière élection présidentielle (Ségolène Royal et François Bayrou) ; la quasi-totalité des parlementaires de gauche ; plusieurs dizaines de l'UMP... Tous sont contre.
Lire sous l'onglet Prolonger les arguments de ces responsables.
Cet inventaire suffit à dire l'importance de ce qui se joue avec le choix solitaire effectué par Nicolas Sarkozy de rejoindre pleinement les structures du commandement intégré de l'Alliance atlantique. Choix solitaire (à l'image d'ailleurs de celui effectué par de Gaulle en 1966), puisque le Parlement n'est pas appelé à voter, que le Livre de la défense de 2008 ne l'évoque pas, que cette décision ne figure pas au programme présidentiel du candidat Sarkozy et que la loi de programmation militaire 2009-2013 n'en dit pas un mot.
C'est une rupture. Pas seulement du consensus politique qui a prévalu en matière de défense depuis presque un demi-siècle. C'est un tournant stratégique qui engage notre défense et notre diplomatie pour de très longues années : prise en 1966, la décision du général de Gaulle de quitter ce commandement intégré avait, depuis, défini de nombreux paramètres de notre politique étrangère.
Il n'est nul besoin aujourd'hui de convoquer les mânes du Général, d'invoquer notre fameuse « exception» française ou de crier à une atteinte insupportable à l'indépendance de la France, comme le font certains parlementaires de droite et quelques souverainistes égarés, pour estimer que cette décision est mauvaise et dangereuse. Plutôt que la nostalgie d'une grandeur fantasmée, mieux vaut considérer cette décision au travers des nouveaux équilibres du monde qui se dessine et de la place que la France pourrait prétendre y occuper.
Et de ce point de vue, aucun des arguments avancés par le président de la République ne permet de justifier ce retour au cœur même de l'Alliance atlantique. C'est, en fait, un choix de pure idéologie qui a été fait et négocié par l'Elysée avec l'administration de George Bush. Que l'élection à la présidence américaine de Barack Obama puisse le rendre aujourd'hui plus présentable ne change rien au fond. Voici, parmi d'autres, cinq raisons pour lesquelles cette décision est inutile et néfaste.
(.....)
Lire l'article (abonnés de MEDIAPART)
Sur le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN
Nicolas Sarkozy commet un contresens en réintégrant l'OTAN
"Si
l'élection du président Obama a d'abord réconcilié l'Amérique avec
elle-même, elle a aussi posé les fondements d'une réconciliation de
l'Amérique avec le reste de la planète. En dénonçant avec courage
l'aveuglement de la puissance brute, en acceptant d'écouter le monde
tel qu'il est, complexe, riche, mais aussi fragmenté et imprévisible,
en plaçant sa confiance dans le dialogue avec tous plutôt que dans le
coup de poing solitaire, il a sonné le glas d'une vision impériale dont
le seul résultat aura été l'impasse irakienne.
Avec
son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, la France envoie un
signal de repli sur la sphère occidentale qui va à rebours de la
stratégie d'ouverture impulsée par Barack Obama. Cette décision, prise
quand George W. Bush était encore en fonctions, n'est pas le gage d'une
nouvelle relation avec les Etats-Unis, ces derniers ayant de plus en
plus besoin d'une Europe politiquement forte et indépendante. Au fond,
ce repli traduit un triple contresens : sur l'évolution du monde
aujourd'hui ; sur le rôle de la France et de l'Europe dans les
relations internationales ; sur les garanties de notre sécurité
collective.
Le
mur de Berlin est tombé depuis presque vingt ans. En vingt ans, de
nouvelles puissances ont émergé, à l'image de la Chine, de l'Inde ou
encore du Brésil. Les menaces ont changé, les conflits aussi. Les
risques d'affrontement entre blocs ont laissé place à une prolifération
de guerres civiles et à la déterritorialisation d'un terrorisme
transfrontière. Des Etats se sont effondrés, de nouvelles zones grises
sont apparues dans les interstices de l'ancien empire soviétique, les
trafics de toutes sortes se sont globalisés.
Face
à ces bouleversements, l'OTAN a traversé une crise d'identité profonde.
Partiellement périmée par l'effondrement du Pacte de Varsovie, la
doctrine de sanctuarisation de l'espace Atlantique a été élargie au
profit d'une logique d'intervention extérieure, au Kosovo, puis en
Afghanistan. Certaines ambiguïtés majeures n'ont pas pour autant été
levées. L'OTAN demeure une organisation marquée par la guerre froide,
avec pour corollaire le leadership politique et militaire que les
Etats-Unis y exercent. Ainsi s'explique sa force d'attraction sur les
anciens satellites de la Russie, désireux de s'affranchir de
l'"étranger proche" de Moscou en se plaçant sous le "parapluie"
américain.
Fermée
aux grandes puissances non occidentales, mais ouverte à des théâtres
d'opérations extérieures, l'Alliance vit dans un entre-deux délicat.
Elle apparaît désormais comme le bras armé de l'Occident dans le monde,
sans avoir la légitimité dont bénéficierait une alliance à vocation
universelle. Avant de décider d'une réintégration au sein du
commandement militaire intégré, il aurait donc été souhaitable qu'un
débat politique s'engage sur les nouvelles missions confiées à l'OTAN.
Faut-il, alors que d'autres pays s'affirment sur la scène
internationale, donner le sentiment de nous crisper sur la "famille
occidentale" ?
Ne
risquons-nous pas de nous enfermer dans une logique défensive
d'avant-hier, alors même que le monde est en train de basculer ? Ne
donnons-nous pas le signal de l'enfermement, alors que nous devons être
dans un mouvement d'ouverture ?
Dès
les années 1960, le général de Gaulle avait compris l'intérêt de jouer
un rôle de "pont" entre l'Est et l'Ouest, entre le tiers-monde d'alors
et ceux que l'on n'appelait pas encore les pays du Nord. Bien que la
donne ait changé, cette posture est plus pertinente que jamais. Le
monde a besoin de pays qui jouent le rôle de médiateurs, voire de
recours, politique et moral. Cela vaut pour la France. Mais cela vaut
aussi pour l'Europe dans son ensemble. L'indépendance de la politique
étrangère n'est pas destinée à flatter l'esprit cocardier. Elle est le
fondement d'une stratégie d'influence globale destinée à nouer le
dialogue, en évitant d'être marqué au fer rouge par l'assignation à un
camp.
Bien
sûr, le retour dans les structures de l'OTAN ne signifie pas une
adhésion de droit à toutes les opérations de l'Organisation, mais il
est évident que notre participation aux commandements de l'OTAN fera
peser sur nos choix d'engagement une pression morale considérable.
L'étouffante pression de l'unanimité ne constituera jamais un gage sûr
de notre liberté, car il faut beaucoup de force d'âme pour s'opposer
lorsqu'on est seul. Non, le cadre de l'OTAN n'est pas aussi flexible et
protecteur de notre indépendance diplomatique que Nicolas Sarkozy
cherche à le faire croire. Or, les drames vécus en Irak ont prouvé que
la France voyait juste. Cette voix pourra-t-elle encore s'élever demain
? Rien n'est moins sûr. En tout état de cause, ce tournant ne peut pas
être pris sans un débat et un vote au Parlement.
Enfin,
la réintégration de la France dans l'OTAN aurait pu se comprendre comme
un choix tactique s'inscrivant dans le cadre d'un projet ambitieux pour
une Europe de la défense indépendante. Des bases solides pour l'Europe
de la défense étaient d'ailleurs selon Nicolas Sarkozy la condition
nécessaire à notre retour dans l'OTAN. En lieu et place, on trouve un
maigre bilan.
Les
importants moyens humains et financiers qui vont être mis au service de
l'OTAN auraient eu plus de sens s'ils avaient été précédés par de
nouveaux moyens mis au service de l'Europe. On ne peut demander à
l'Europe de la défense de progresser tout en consacrant plus de moyens
à l'OTAN. Il y a ici une contradiction forte qui ressemble à un choix
trop facile de l'OTAN contre l'Europe.
Plus
que jamais, il faut doter la France et l'Europe d'une vision
stratégique. Les idéaux de paix et de démocratie que les pères
fondateurs voulaient pour l'Europe, et qui sont les nôtres aujourd'hui,
ne sont pas des horizons qu'il faut invoquer au détour d'un discours :
ils sont les fondements réels de notre puissance et de notre
rayonnement dans ce monde. L'Europe de la défense n'est pas seulement
un dispositif militaire, c'est avant tout un pilier au service d'une
identité propre, fondée sur le droit, l'esprit de justice et
l'indépendance. Soyons-en sûrs : c'est de cette Europe dont les
Etats-Unis et le monde ont besoin aujourd'hui.
Ségolène
Royal
