29 juin 2009
Après la pression, la sanction contre les profs désobéisseurs
Par Bernard Girard | Enseignant blogueur | 29/06/2009 | 16H58
Le 10 juin, Rue89 publiait le témoignage d'Erwan Redon, « enseignant réfractaire » marseillais, convoqué le 7 juillet devant une commission disciplinaire pour s'être opposé à certaines mesures décidées au ministère de l'Education nationale. Les cas se multiplient de façon inquiétante : à la prochaine rentrée de septembre, Jean-Yves Le Gall perdra sa charge de directeur d'école pour avoir refusé le fichier base-élèves ; Christophe Brunault, Bastien Cazals et d'autres ont déjà écopé de pas mal de salaires au rabais.
Bernard Girard revient sur l'histoire d'Alain Refalo, autre désobéisseur convoqué par sa hiérarchie le 9 juillet.
Jeudi 9 juillet, Alain Refalo est convoqué à l'Inspection académique de Haute-Garonne devant la commission administrative paritaire siégeant en formation disciplinaire. Alain Refalo fait partie de ces « enseignants désobéisseurs » entrés en résistance pédagogique contre la politique de Darcos touchant à l'école primaire :
- programmes rétrogrades ;
- évaluations inutiles et préjudiciables aux apprentissages ;
- désorganisation des rythmes scolaires, mise en place mal ajustée de l'aide personnalisée ;
- absence totale de concertation qui reflète un profond mépris pour les enseignants considérés comme de simples exécutants.
Loin de négliger leur travail, ces derniers n'ont fait qu'appliquer le principe de liberté pédagogique, inscrit dans la loi d'orientation, qui laisse à chacun, dans sa classe, la responsabilité des pratiques les mieux adaptées aux élèves.
Depuis plus d'un an, le ministère alterne pressions, intimidations, lourdes sanctions financières pour tenter de faire plier les récalcitrants. Alain Refalo s'est déjà vu retirer 14 jours de salaire. Bastien Cazals, autre désobéisseur, 36 jours, des retraits sur le bulletin de paye à mettre en regard de la modicité du traitement des enseignants, notamment en primaire.
Une tendance inquiétante au détournement de la loi pour empêcher toute contestation
Depuis plusieurs semaines, la répression s'accentue et dérape lourdement. Dans la lettre recommandée qu'il a reçue de l'Inspection académique, outre le « refus d'obéissance », Alain Refalo se voit reprocher les faits suivants :
« Manquement au devoir de réserve, incitation à la désobéissance collective, attaque publique contre un fonctionnaire de l'Education nationale. »
Ces accusations dépassent très largement les obligations purement professionnelles d'un enseignant et portent atteinte aux libertés individuelles les plus élémentaires : ainsi, un enseignant n'aurait plus le droit de porter un regard critique sur son administration et, plus généralement, sur la politique éducative d'un gouvernement ?
On voit s'approfondir autour de l'école et dans la société une tendance inquiétante au détournement de la loi et des règles administratives pour empêcher toute forme de contestation. Dans une tribune au Café pédagogique, Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire, fait observer à juste titre :
« Jamais dans l'histoire contemporaine de l'école (depuis 1940), de telles pratiques n'ont été observées. »
En cette veille de vacances -le temps de tous les coups fourrés- les menaces montent d'un cran avec le courrier envoyé par l'Inspecteur d'académie à Bastien Cazals, « lui intimant l'ordre de ne plus communiquer avec aucun média pour tout sujet ayant rapport avec ses fonctions ».
Si cet extravagant oukaze devait faire jurisprudence, c'est l'ensemble du débat éducatif qui se trouverait réduit au silence et avec lui, l'une des libertés fondamentales, la liberté d'expression, garantie par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen :
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »
Il faut donc croire qu'aujourd'hui, les enseignants ne seraient plus considérés comme des citoyens.(......)
25 mai 2009
Education Nationale (Grand Corps Malade )
Grand Corps Malade - Education Nationale
Vidéo envoyée par GrandCorpsMalade
La vidéo du titre inédit de Grand Corps Malade "Education Nationale" ! Ce titre est uniquement disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légal. Pour suivre l'actualité de Grand Corps Malade, abonnez-vous à la newsletter : http://www.grandcorpsmalade.com/accueil.htm Un clip réalisé par Mehdi IDIR dit "Minos"
02 mai 2009
Grâce à Devedjian, le portable va remplacer le cartable !
Par SuperNo. Où l'on apprend le megaplan mondial concoté par Microsoft
et Intel pour créer en développer le marché de l'ordinateur scolaire,
avec le Classmate. Une commande pour le plan de relance français ?
Lire l'article
24 avril 2009
En finir avec les scientologues de l'éducation!
Sur Marianne Apr 23, 2009 07:06:00 GMT
Par Jean-Paul Brighelli. Des discussions tardives, des négociations au point mort, des réformes qui tournent en rond, et des pédagogistes experts qui tentent de s'imposer au milieu de ce bazar pour faire passer leurs idéaux qui n'en finissent plus de mettre à mal l'école depuis 20 ans... Que sera-t-il possible de sauver dans tout ça ?
Concours nouvelles moutures
Grande réunion au sommet au ministère hier — la mère de toutes les réunions, comme aurait dit le regretté Saddam Hussein — sur la question des concours. Etaient présents le ban et l’arrière-ban des ministères (Philippe Court, Mark Sherringham, Thierry Coulon l’inimitable, etc.) et des syndicats, de Cadart l’inexpugnable dragueur (Thierry, fais attention à toi : tes réflexions sur le Midi, son soleil, ses jolies filles, tu te les gardes !) à Aschieri, dit l’Eminence grisâtre. Bref, tout le monde (sauf FO, jugé « non représentatif » — ça me vexerait, si j’étais à FO). Même le SNALC…
Au programme, les concours de recrutement, nouvelles moutures.
On se souvient, que les diverses propositions n’ont pas exactement fait l’unanimité — sinon contre elles. On sait désormais que ce n’étaient que boutades, taquineries ministérielles — ou, plutôt, une façon d’obtenir quand même une réduction du nombre d’épreuves, avec, si l’on n’y prend garde, une pédagogisation feutrée, mais réelle.
On connaît la technique des marchands de tapis : une offre inacceptable, des marchandages compliqués, des contre-propositions, et finalement un accord qui donne quand même satisfaction au marchand, qui fait en général 100% de bénéfices, sinon plus, et au client la certitude de ne pas s’être fait avoir — pas plus que d’autres touristes.
Tout le monde sauve la face.
Qu’il ait fallu six mois au ministère pour en venir au point de départ inévitable — une négociation globale avec les syndicats — reste un mystère. Hubris ? Sans doute. Envie d’aller trop vite ? Certainement. Mauvaise appréciation des résistances ? Oh oui… Que de temps et d’énergie perdus…
Que disent les nouvelles maquettes ?
Qu’il n’y aura plus de « connaissance du système éducatif », ni d’entretien d’embauche (j’avais tapé, un peu vite, « embuche » : au circonflexe près, c’était ça…). Que dans leur quasi-totalité les épreuves seront des épreuves disciplinaires. Mais qu’il y en aura moins. Par exemple en Lettres modernes, trois épreuves écrites (Composition + Analyse de texte — grammaire, lexicologie, stylistique et ancien français —, et version de langue ancienne ou moderne), et deux à l’oral (présentation d’une Leçon — épreuve commune à tous les CAPES , une épreuve disciplinaire avec adjonction de pédagogie — il y en aura toujours trop — alors que l’épreuve sur dossier était une épreuve de pédagogie avec ajouts disciplinaires, et une explication de texte + grammaire, comme aujourd’hui). En Lettres classiques, on aura, à l’écrit, la surprise au dernier moment de faire du grec ou du latin (il faudra donc connaître les deux), la dissertation pourra être la même qu’en Lettres modernes, si j’ai bien compris, et les épreuves d’oral aussi.
Deux points litigieux. Les programmes, dans toutes les matières, seront ceux des collèges et lycées. Ce n’est pas très gênant en Lettres, puisqu’en gros on fait tout, Langue ou Littérature, entre la Sixième et la Terminale. C’est compliqué en Histoire/Géo, parce que c’est énorme — mais il semble bien qu’il y aura à l’écrit un programme sur des périodes précises, même si à l’oral une épreuve « sur documents » semble pour le moment concerner la totalité du programme d’Histoire et /ou de Géographie. Ce sera discutable en maths, dans la mesure où ce que l’on apprend dans cette discipline entre la Sixième et la Terminale (et que restera-t-il de Maths dans une Terminale d’un lycée rénové par le SGEN ?) n’est pas franchement toute la Mathématique…
Le problème, c’est l’attitude des syndicats. « Ah, le mot IUFM a enfin été cité ! » s’est exclamé Aschieri. Le Sgen était moins extatique que d’habitude (ils doivent avoir envie de lâcher le ministre, après lui avoir ciré les pompes durant des mois), l’UNSA itou. À eux trois, ces malfaisants représentent quand même une sacrée force de frappe.
Pourquoi est-ce un problème ? Les moutures des concours (qui pourraient se passer au mois d’octobre de l’année de M2) supposent essentiellement des connaissances disciplinaires : exeunt donc les masters pro si discutables, source du conflit qui anime les facs depuis trois mois, et qui titillait si fort les IUFM que certains d’entre eux en avaient mitonné des pré-moutures dès novembre : tu parles, des masters pleins de didactique et de sciences (?) de l’Education — avec tout plein de beaux reçus-collés dont on pourrait faire des auxiliaires, comme autrefois… D’ailleurs, dans le tout premier projet du ministère (en novembre), n’importe quel master devait permettre de s’inscrire à un concours (bon nombre de candidats au CAPES en ont déjà un, de toute manière). Retour à la case départ : vous pourrez poser votre candidature avec un Master de Lettres, d’Histoire, de Maths ; Sans forcément passer sous les fourches caudines de l’IUFM — ou d’un UFR intégré aux facs qui le remplacera avantageusement.
Est-ce si sûr ?
Les syndicats se sont aussitôt alarmés : ils espéraient bien que tous les IUFM seraient maintenus en l’état… Quand on tient une organisation totalement nocive, on ne la lâche pas. Et la Leçon est tout de même fortement pédagogisée.
Mais le risque central, il est postérieur au CAPES. Puisqu’il peut être passé à M1 (avec inscription en M2), mais ne sera validé que si l’on obtient M2. Et là, les sciences de l’éducation espèrent se tailler la part du lion (ou de la hyène ?), en obligeant les malheureux pré-titulaires de baisser culotte et pavillon devant la magnificence des sous-disciples de Meirieu : ah, les héritiers, comme dirait Bourdieu…
Il va donc falloir être particulièrement attentif, dans les semaines qui vont suivre (une dizaine de réunions sont prévues, entre les mêmes). Les troupes vives du SNES (la belle Frédérique Rollet n’était pas là — est-ce un hasard ?) devraient peut-être expliquer à leur Père supérieur qu’à la base, elles vomissent souvent les sciences de l’éducation, assez souvent le collège unique, presque toujours les programmes Viala, et tout ce qui a détruit l’école depuis vingt ans. Les troupes de l’UNSA, qui syndiquent plus de Conseillers d’Education que de profs, pourraient faire de même. Les troupes du SGEN — non, là, je rêve !
Que le ministère, que d'aucuns croyaient de droite, s’acharne à ce point à faire plaisir au SGEN restera comme l’une des énigmes de ces deux dernières années. Darcos s’est fâché avec ceux qui lui voulaient du bien, il a flatté ceux qui rêvent toujours, au fond, de le pendre. La réforme du lycée, dont vous trouverez une analyse plutôt pertinente, se glisse en sourdine par la porte étroite d’une grosse centaines de lycées « volontaires », et par la grâce d’un Richard Descoings qui fait semblant de consulter, et conclut, dans les débats du Nouvel Obs, que l’on ne peut s’entendre, décidément, qu’avec l’UNSA et le SGEN — et voue le SNALC et le SNES aux gémonies. Et le ministère tente pendant les discussions d’habiliter les maquettes de masters qui sont remontées malgré le mouvement qui agite les facs. Rien n’est joué, rien n’est gagné. Il est bien possible qu’on arrive à sauver l’essentiel, au niveau de la formation. Mais on pourrait tout perdre en persistant à vouloir mélanger un juste combat pour défendre les Savoirs, et la défense des intérêts partisans d’une bande de scientologues de la pédagogie.
Retrouvez le blog de Jean-Paul Brighelli
Mon commentaire: Et si plutôt on en finissait avec cette sorte de bouffis de suffisance, confits dans leur prétention, et donneurs de leçons sur une réalité qu'ils n'ont jamais approchée? Qu'il aille donc, ce petit monsieur, faire un stage (pas pour faire des discours, non, mais en activité réelle d'enseignement, face à des classes réelles, composées de vrais élèves, dans un LEP, ou dans un collège de ZEP)... alors et seulement alors, ses considérations sur la manière d'enseigner et la formation utile aux futurs enseignants pourront être fondés! Il y apprendrait avec stupéfaction que l'art de faire apprendre ne se confond pas avec l'art de discourir et de conspuer ceux qui- eux- travaillent sur le terrain, sont à pied d'œuvre. Il y découvrirait aussi que ce Meirieu, qu'il jalouse tant, a fondé, lui, ses propositions et ses analyses sur son expérience du terrain ...
Meirieu a pendant très longtemps enseigné en collège, s'appuyant ses les réalité qu'il y a côtoyées pour concevoir ses thèses. Meirieu, lui, a demandé un poste d'enseignement pendant une année dans un LEP en ZEP , en 1998, au SUD de Lyon, pour bien prendre en compte la réalité de l'enseignement face un certaines catégories sociales.
Brighelli, lui, s'il a enseigné en collège, n'a manifestement connu que les établissements dans des secteurs ou se regroupent les catégories socioprofessionnelles les plus aisées, là où il suffit de dire "il faut apprendre ça" pour que les élèves apprennent, là où la seule qualité pédagogique consiste faire des discours.
01 avril 2009
La journée de la jupe: Meirieu répond à Brighelli
(...) Il resterait, bien sûr, beaucoup de choses à dire sur ce film tant son
pouvoir d’interpellation est grand. C’est un film qu’il fallait faire.
C’est aussi un film qui nous laisse beaucoup à faire… et ce n’est pas –
loin s’en faut – son moindre mérite.
Lire l'article
28 janvier 2009
Karen-Montet-Toutain, ce survivant reproche vivant qu’aimerait discréditer « Le Figaro »
Une victime dénigrée
Ou comment un journal discrédite une professeure du lycée Blériot d’Étampes poignardée dans sa classe par l'un de ses élèves, au mépris de l'autorité de la chose jugée.
Paul Villach, l'un des blogueurs d'Agoravox.fr, dénonce cette attitude dans un article qu'il signe sur ce média-citoyen. Il s'en explique.
- L'article de Paul Villach
- Le livre de l’enseignante Karen Montet-Toutain : "Et pourtant je les aime..." aux Editions Michel Lafon
écouter ICI
Tam Tam
23 janvier 2009
La guerre du zèle est déclarée à l'école primaire
Sur 20mn.fr
EDUCATION - Normalement, ce sont leurs élèves qui n’obéissent pas aux ordres. Cette fois, des enseignants du primaire - quelques centaines sur les 380.000 professeurs des écoles - ont décidé de dire non aux injonctions ministérielles...
Les profs refusent désormais catégoriquement de mettre en place les deux heures de soutien hebdomadaires pour les élèves en difficulté ou d’organiser les évaluations en CM2, prévues cette semaine. Pierre Devesa, directeur d’une école près de Gex (Ain) s’explique: «Ces évaluations ne laissent aucune place à l’erreur. On les a testées sur une journée, on a eu 40% de réussite seulement. C’est une mise en échec incohérente de l’élève!» Ce soir, il doit expliquer sa décision, soutenue par 80 % des maîtres de l’école, aux parents parfois inquiets.
La contestation gagne du terrain. Cette «nouvelle forme de protestation», comme le confirme un conseiller du ministre, a commencé en province dans la foulée de la dernière rentrée scolaire, de manière très marginale. Depuis les vacances de Noël, elle a gagné l’Ile-de-France: à Paris, notamment dans le 20e arrondissement, environ 600 enseignants disent avoir cessé l’aide individualisée. Même refus de 1.000 à 2.500 instituteurs, selon les sources, en Seine-Saint-Denis.
Une action politique?
«Il s’agit d’activistes qui mènent là une action politique», affirme le ministère. Difficile à dire. Dans une interview au «Monde» mercredi, le spécialiste de l’éducation, Claude Lelièvre, assure que les rebelles «ne sont pas automatiquement des gauchistes». Diane Combes, enseignante à Eguilles (Bouches du Rhone), qui désobéit pour la première fois de sa carrière, dit n’appartenir à «aucun parti ni syndicat». «Seulement, nos défilés ne suffisent plus. Il faut désormais des gestes forts pour être entendus», dit-elle.
Ce jeudi, Xavier Darcos a appelé solennellement les syndicats à «prendre leurs responsabilités et donc leurs distances». Le même jour, des parents d’élèves ont empêché le déroulement des tests à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise). La rébellion gagnerait-elle les familles?
Laure de Charette
30 décembre 2008
Philippe Meirieu: lettre ouverte à Xavier Darcos
Lettre ouverte à Xavier Darcos, Ministre de l’Education nationale
Monsieur le Ministre,
J’ai déjà dit, à plusieurs reprises, à quel point j’estimais le professeur, l’humaniste, le lettré et le grand connaisseur de l’Éducation nationale que vous êtes. Pour autant, je n’ai jamais caché mes profonds désaccords avec vous. Nous croyons, en effet, l’un et l’autre, que l’avenir de la démocratie dépend de notre capacité à ne pas traiter nos adversaires en ennemis et à tenter de dépasser ensemble, autant que possible, nos inévitables différends pour esquisser un peu de « bien commun »… Or, aujourd’hui, Monsieur le Ministre, je suis vraiment très inquiet. L’Éducation nationale me semble gravement ébranlée : l’ampleur du désarroi des uns et la violence de la colère des autres me paraissent très largement inédites et infiniment préoccupantes.
Tout a été dit, depuis plusieurs mois, sur les dangers que faisaient courir à notre système éducatif les réductions budgétaires et les suppressions de postes déjà effectuées ou à venir. J’imagine, d’ailleurs, que vous en êtes parfaitement conscient et que vous auriez préféré bénéficier d’arbitrages plus favorables de Bercy en faveur de votre ministère. Reste que vous êtes membre d’un gouvernement qui fait de la réduction de la fonction publique une de ses priorités. À ce titre, vous participez d’une politique qui est, à mes yeux, infiniment dangereuse.
Cette politique est dangereuse, parce qu’elle sacrifie l’avenir de notre pays à des équilibres financiers à court terme dont on a vu, avec la crise récente et l’octroi par l’État de plusieurs milliards d’euros de garantie aux systèmes financiers, à quel point ils n’étaient qu’un prétexte.
Elle est dangereuse aussi, parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux, à moyen et long termes, de ses choix : coût de l’échec scolaire et de la désespérance de jeunes qui y sont assignés à résidence, coût des conflits et des gaspillages provoqués par la concurrence attisée entre l’État et les collectivités territoriales, entre les parents et l’école, entre les établissements et, peut-être bientôt, entre les enseignants eux-mêmes courant après les petits avantages que vous accordez aux uns et refusez aux autres… Là est, d’ailleurs, la véritable illusion du libéralisme : il prétend baisser les coûts et augmenter la qualité en lâchant la bride à la concurrence. On a vu ce que cela donnait dans le domaine économique et nous n’avons pas fini d’en payer le prix ! En matière scolaire, nous aurons le même effondrement en utilisant les mêmes principes et en mettant en œuvre des mesures du même type : suppression de la carte scolaire, pilotage par les résultats, rémunération au mérite, etc.
Oubliée, ou presque, l’éducation prioritaire qui impose un travail d’accompagnement pédagogique minutieux des écoles et établissements « difficiles ». Oubliées, ou presque, les initiatives artistiques et culturelles en direction des élèves les plus défavorisés pour qu’ils accèdent aux œuvres les plus exigeantes. Oubliés, ou presque, les mouvements pédagogiques et d’Éducation populaire qui permettent aux enseignants de trouver des appuis et de solliciter des complémentarités… La politique que vous menez s’appuie sur le présupposé implicite que la pression consumériste sur l’école va compenser tout cela ! Alors qu’en réalité, elle contribue au développement des ghettos… D’un côté, de bons établissements qui recrutent de bons élèves et se prévalent de bons résultats pour obtenir de nouveaux crédits. De l’autre les laissés-pour-compte où quelques « saints laïcs » réussissent, parfois, contre vents et marées à faire exister un peu de « véritable école ». Certes, cette situation n’est pas totalement nouvelle, mais tous les observateurs s’accordent, aujourd’hui, pour souligner qu’elle empire : non seulement la fracture scolaire ne se résorbe pas, mais elle continue de s’accroître.
Votre politique est dangereuse parce qu’en externalisant le traitement des difficultés d’apprentissage vers une multitude de structures de soutien ou en les traitant de manière technocratique à l’aide de prothèses pharmaceutiques et paramédicales, elle vide inexorablement la classe de sa substance (1). Au lieu de travailler à mobiliser tous les élèves sur les savoirs, on se résigne petit à petit au darwinisme scolaire systématique : les déversoirs sont là pour récupérer les inadaptés ! Au lieu d’ actions globales au sein de projets d’école ou d’établissements cohérent, on juxtapose des interventions individuelles pour « rectifier » les individus ! Vous prétendez lutter contre l’inégalité d’accès aux officines privées en mettant en place des stages pendant les vacances ou de l’aide personnalisée en primaire. Mais, outre que vous mettez à mal le rythme de vie des enfants, déjà bien compromis, vous enclenchez ainsi un mouvement qui conduit inexorablement à réduire l’acte pédagogique à une transmission frontale de plus en plus formelle… agrémentée d’une offre de dispositifs externes de remédiation qui, inévitablement, accroîtra les inégalités. Car, en réalité, notre système scolaire tout entier devient une usine à gaz totalement incompréhensible pour les familles populaires. Tandis que les enseignants se transforment en « guichets de service », disponibles pour les familles qui savent les instrumentaliser.
-o0o-
(1) Ces prothèses pharmaceutiques et paramédicales, souvent utilisées de manière « sauvage », n’ont rien à voir, bien sûr, avec une prise en charge sérieuse des enfants en détresse pour lesquels les solutions globales font terriblement défaut.
(2) Voir, sur ce sujet, mon intervention : « Dépister ou éduquer, faut-il choisir ? Entre management des différences et pédagogie du sujet » : http://www.meirieu.com/ARTICLES/bruxelles_depister.htm
(3) Xavier Darcos, L’art d’apprendre à ignorer, Paris, Plon, 2000, pages 39 à 48. Xavier Darcos expliquait aussi, dans ce livre, que le ministre de l’époque « acculé, fit comme les autres : consulter. (…) On oublia le collège, alors que c’est lui qui cristallise actuellement tous les problèmes les plus aigus. On se tourna vers les lycéens… » (ibid., page 38). Il semble bien que le ministre d’aujourd’hui oublie encore le collège !
(4) Nous avons tenté d'engager ce travail avec Pierre Frackowiak dans notre ouvrage commun : L'éducation peut-elle être encore au coeur d'un projet de société ?, La Tour d'Aigues, Editions de l'Aube, 2008.
(5) Xavier Darcos et Philippe Meirieu, Deux voix pour une École, Paris, Desclée de Brouwer, 2003.
(6) Cf. mon texte récent : « Sur quoi fonder l’autorité des enseignants dans nos sociétés démocratiques ? » : http://www.meirieu.com/ARTICLES/maitre_serviteur_public.htm
(7) C’est ce que j’ai nommé « le moment pédagogique » dans mes travaux. Cf. La pédagogie entre le dire et le faire, Paris, ESF éditeur, nouvelle édition 2007.
09 décembre 2008
Gratuité des frais de scolarité
Le ruineux cadeau de Sarko aux expatriés:
http://france-japon.net/forumjapon/viewtopic.php?f=55&t=7458#p40457
(ici aussi: http://fcpe.jeanjaures.free.fr/spip.php?article57 ou encore http://r-sistons.over-blog.com/article-25398061.html
En France? c'est ici:
http://everyoneweb.fr/sauvezlesrased/
http://www.everyoneweb.fr/WA/DataFileslocationf1/Mort-Fonction-Publique-Enseignante.htm
http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1069716.html
25 juin 2008
FORMATION DES ENSEIGNANTS: pétition
Appel pour une formation des enseignants de haut niveau dans des IUFM rénovés
Enseigner est une profession à haute responsabilité qui doit bénéficier d’une reconnaissance sociale
et salariale à la hauteur des enjeux éducatifs de la modernité. C’est un métier complexe qui nécessite
la mise en œuvre de compétences de haut-niveau dans différents domaines (scientifique, didactique,
pédagogique, éducatif, institutionnel, éthique..). C’est un travail d’expert que chacun s’accorde
aujourd’hui à reconnaître comme de plus en plus exigeant. Ainsi la formation des enseignants doit
prendre en compte l’ensemble des apports possibles tout en étant irriguée par la recherche.
Lire l'article, signer la pétition: ici
