07 août 2009
L'Islande ou les faux semblants de la régulation de l'après-crise, par Eva Joly
Dans LEMONDE.FR | 01.08.09 | 14h35

e
G8 en G20, beaucoup de chefs d'Etats et de gouvernements aiment à
répéter que rien ne sera plus comme avant. Le monde change, la crise
l'a même bouleversé ; nos façons de penser et d'agir en termes de
régulation financière, de relations internationales ou d'aide au
développement doivent donc, nous disent-ils, évoluer de même. Mais de
nombreux exemples contredisent hélas toutes ces belles paroles. La
situation dans laquelle se trouve l'Islande à la suite de l'implosion
de son système bancaire et de la nationalisation en urgence de ses
trois principales banques (Kaupthing, Landbanski et Glitnir) en est
sans doute l'un des plus significatifs. Ce petit pays de 320 000
habitants voit peser aujourd'hui sur ses épaules 100 milliards de
dollars de dettes, avec lesquelles l'immense majorité de sa population
n'a strictement rien à voir et dont elle n'a pas les moyens de
s'acquitter.
Prenons d'abord les exigences du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Ces pays sont concernés par la faillite des banques islandaises car ils avaient accueilli à bras ouverts leurs filiales et succursales, alors même que leurs autorités avaient été alertées, au moins partiellement, des risques qui pesaient sur ces banques. Ils exigent aujourd'hui que l'Islande leur verse des sommes astronomiques (plus de 2,7 milliards d'euros pour le Royaume-Uni et plus de 1,3 milliards d'euros pour les Pays-Bas), assorties d'un taux d'intérêt de 5,5 %. Ils estiment que c'était à elle de garantir les dépôts réalisés auprès d'Icesave, une succursale Internet de Lanbanski qui offrait des taux défiant toute concurrence. Ils ont eux-mêmes décidé de fixer cette garantie non pas à 20 000 euros environ par dépôts, comme le prévoyaient les textes européens et islandais au moment de la faillite de Landbanski – ce qui était déjà impossible à tenir pour le gouvernement islandais, qui avait très vite annoncé après avoir nationalisé ses banques qu'il ne pourrait garantir que les dépôts réalisés en Islande même – mais à 50 000 euros, à 100 000 euros par dépôt, voire au-delà. Par ailleurs, leurs mesures pour l'y contraindre sont scandaleuses. Le Royaume-Uni a ainsi commencé, dès le tout début du mois d'octobre, par une mesure de rétorsion extrême : le gel des avoirs de la banque Kaupthing, qui n'avait elle-même aucun rapport avec Icesave, en usant de sa législation anti-terroriste. Ce faisant, il mettait les Islandais, ses alliés au sein de l'OTAN, dans la même catégorie que des organisations comme Al Qaida… Et depuis, il semble peser de tout son poids pour qu'aucune aide internationale ne soit réellement mise en place au profit de l'Islande avant qu'il ait obtenu satisfaction. Gordon Brown a ainsi indiqué devant son Parlement travailler "avec le FMI" pour déterminer au mieux ce qu'il estimait être en droit de réclamer à l'Islande. Quant au FMI lui-même, non content de tarder à mettre ses prêts à disposition de l'Islande, il les assortit de conditions que l'on trouverait grotesques s'il s'agissait d'une fiction. C'est le cas avec l'objectif de ramener le déficit public de l'Islande à zéro d'ici 2013, un objectif impossible à tenir mais qui n'en entraînera pas moins d'énormes coupes dans les dépenses les plus indispensables que sont l'éducation, la santé publique, la sécurité sociale, etc. Enfin, de manière générale, l'attitude de l'UE comme d'autres Etats européens n'est guère plus recommandable. La Commission européenne a clairement pris fait et cause pour le Royaume-Uni, puisque son président a indiqué dès le mois de novembre qu'il n'y aurait pas d'aide européenne tant que le cas Icesave ne serait pas résolu ; il est vrai que M. Barroso, trop occupé par sa propre campagne et terrorisé à l'idée de se mettre à dos son principal soutien, Londres, est comme à son habitude dépassé par les événements. De même, les pays scandinaves, pourtant hérauts de la solidarité internationale, brillent avant tout par leur absence de réaction face au chantage dont est victime l'Islande – ce qui a de quoi nuancer la générosité de l'aide qu'ils lui ont promis.
M. Brown a tort quand il dit que son gouvernement et lui-même n'ont aucune responsabilité dans l'affaire. M. Brown a d'abord une responsabilité morale, ayant été l'un des principaux promoteurs de ce modèle dont on voit aujourd'hui qu'il marche sur la tête. Mais il a aussi une responsabilité dans le sens où il ne peut en réalité s'abriter derrière le statut légal d'Icesave – qui la faisait dépendre formellement des autorités bancaires islandaises – pour dire que le Royaume-Uni n'avait ni les moyens ni la légitimité pour en superviser les activités. Comment aurait-on pu imaginer que 50 personnes à Reykjavik auraient pu contrôler efficacement les activités d'une banque au cœur de la City ? C'est d'ailleurs à noter, les directives européennes consacrées aux conglomérats financiers semblent bien indiquer que les Etats membres de l'UE qui autorisent l'entrée sur leur territoire de tels établissements originaires d'un pays tiers doivent s'assurer qu'ils bénéficient d'un même degré de contrôle de la part des autorités de leur Etat d'origine que ce que les textes européens prévoient. Ainsi y a-t-il peut-être eu défaillance, sur ce point, des autorités britanniques – ce qui ne serait pas très étonnant, lorsque l'on voit les "performances" d'autres banques anglaises au cours de la crise financière, qui elles n'étaient aucunement originaire d'Islande… L'activisme de M. Brown face à ce petit pays ne s'expliquerait alors que par une volonté de paraître puissant aux yeux de ses propres électeurs et contribuables, dont les pertes ne sauraient naturellement être minorées. Répétons-le, les institutions islandaises ont évidemment de fortes responsabilités dans l'affaire. Faut-il pour autant ignorer celles tout aussi considérables des autorités britanniques, et faire peser le tout sur le seul peuple islandais ?
Surtout, l'Islande, qui ne dispose plus que de ses exportations pour tout revenu, ne pourra pas payer de telles dettes. L'accord sur Icesave que le Parlement islandais est supposé voter prochainement entraînerait pour l'Islande une dette qui équivaudrait à 700 milliards de livres sterling pour le Royaume-Uni, et à 5,6 trillions de dollars pour les Etats-Unis. De même, elle ne pourra pas supprimer son déficit en moins de cinq ans alors que ce dernier explose plus que jamais, y compris pour les grandes puissances – le Royaume-Uni et les Etats-Unis en fournissant là encore un très bon exemple. A moins de ne changer radicalement d'approche, l'Europe et le FMI s'apprêtent donc à accomplir un véritable exploit : ravaler un pays dont l'Indice de développement humain (IDH) s'était hissé en quelques décennies au plus haut niveau mondial au rang de pays pauvre… Conséquence : les Islandais, pour la plupart hautement qualifiés et polyglottes et travaillant beaucoup avec les pays nordiques, où ils sont très facilement assimilables, commencent déjà à émigrer (8 000 d'entre eux sont d'ores et déjà partis, ce qui est loin d'être négligeable). Au final, ni le FMI, ni l'Angleterre ou les Pays-Bas ne pourront être remboursés ; ne resteront plus en Islande que quelques dizaines de milliers de pêcheurs retraités, ainsi que des ressources naturelles et une position géostratégique des plus importantes et à la merci du plus offrant – la Russie, par exemple, pourrait fort bien y voir un certain intérêt.
Il existe pourtant des solutions alternatives. Les pays de l'Union européenne auraient ainsi pu réfléchir à un mécanisme permettant de mieux prendre en compte leurs propres responsabilités dans l'affaire, à vraiment mieux réguler les marchés financiers, voire à répercuter sur eux-mêmes, pour avoir failli dans leurs missions de supervision bancaire, une partie au moins de cette dette – ce que les textes européens n'interdisent en rien. Ils auraient pu proposer à l'Islande, qui n'a évidemment aucune expérience en la matière, de l'assister dans l'enquête qu'elle cherche à mener pour comprendre ce qui s'est réellement passé et analyser en profondeur les causes de ce désastre ; ils auraient même pu en profiter pour lancer pour eux-mêmes une réflexion autour d'un parquet européen en charge des affaires concernant la grande criminalité transnationale, notamment financière – ce que là encore les textes européens permettent d'envisager. Et de même, le FMI et son directeur général auraient pu profiter de cette occasion pour revoir en profondeur le type de conditionnalités qu'il adjoint à ses prêts. Ils auraient pu les rendre plus réalistes, plus soucieuses de long terme, et leur permettre d'intégrer un minimum de considérations sociales. Cela aurait été un premier pas vers une réelle réforme des institutions multilatérales de ce type et des procédures de solidarité internationale – et pour M. Strauss-Kahn lui-même l'occasion de se constituer enfin un bilan à la tête du FMI.
Porter ce débat demandera évidemment beaucoup de temps et d'énergie, et une très grande vigilance – notamment au Parlement européen, où les discussions devraient être animées au cours des prochains mois. La présidence suédoise de l'UE ne semble en effet pas pressée de mieux réguler les secteurs financiers, et de plus les commissions à dominante économique du Parlement sont plus que jamais dominées par les libéraux – notamment des libéraux britanniques. Mais les outils, les leviers existent pour véritablement faire avancer les choses ; et pour qu'enfin une catastrophe comme celle de l'Islande puisse susciter une réponse internationale qui ait du sens, et non plus les pressions irresponsables et cyniques que nous pouvons voir encore aujourd'hui.
Eva Joly est députée européenne Verts et conseillère pour le gouvernement islandais dans l'enquête pénale sur les causes de la défaillance des banques.
06 juin 2009
EVA JOLY. Savez vous QUI est cette femme?
Source: le blog de Denis Touret
Avril 2009 : Sur les paradis fiscaux "Eva Joly (avec Maria Malagardis, journaliste indépendante), Des héros ordinaires, éditions Les Arènes, Paris, 2009".
Gro Eva Farseth, épouse puis veuve Joly
Juge d'Instruction (jusqu'en 2002)
qui considère que la Vème République française étant théoriquement un
Etat de droit, sa Justice doit traiter à égalité les dirigeants et les
dirigés et donc condamner les politiques et/ou affairistes qui violent
la légalité républicaine, un point de vue qui choquent nombre de
politiciens... et même certains "juristes" ... qui pensent que la
doctrine de l'Etat de droit n'a pas d'autre but que de faire croire aux
dirigés que l'égalité de droits est une réalité et non le paravent
démocratique derrière lequel se cachent les privilégiés.
Eva Joly est notamment l'auteure, avec la collaboration de Laurent Beccaria, de Notre affaire à tous, Editions les arènes, Paris 2000, et de Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, Les arènes, Paris, 2003.
Une bio
1
La galerie financière de Paris coulait des jours heureux, loin de
l'agitation du reste du Palais. Lors de mon premier entretien avec la
présidente du tribunal [en 1993], j'ai été prévenue de l'indifférence générale à l'égard des affaires financières. Avec franchise elle m'a dit :"J'avoue n'avoir jamais rien compris à ces immenses dossiers qui ne sortent jamais, Je ne vois pas le but du jeu." ... A la fin de notre entretien, elle m'a glissé, songeuse : "En fait, je crois que vous avez choisi l'instruction financière parce que vous êtes norvégienne et protestante."
Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent", Le Monde, 3 juin 2000, p. 14.
2
Sur un plan matériel, la situation était presque comique. Le
moindre gérant d'un magasin de chaussures possédait déjà un ordinateur
pour sa comptabilité et son courrier administratif. Les PME utilisaient
des ordinateurs de traitement de texte avec imprimante, acheté 10 000
francs pièce toutes taxes comprises, en vente dans les hypermarchés.
Les marchés financiers fonctionnaient vingt-quatre heures sur
vingt-quatre, reliés par satellites.
Et je découvrais un cabinet d'instruction financière sans
télécopie, sans Minitel, avec des téléphones antiques et une machine à
écrire Olivetti qui avait coûté 12 000 francs à l'administration et qui
comportait seulement quatre cent signes de mémoire, faisait un bruit
infernal et mobilisait du carbone et un tube de blanc pour corriger les
fautes de frappe ! Notre travail n'intéressait personne.
Ibidem.
3
A l'époque, le dossier Pechiney était à l'instruction. Les difficultés
du Crédit lyonnais étaient connues : un rapport parlementaire de 1994
avait dénoncé "les graves défaillances de gestion et les pratiques délictueuses" dans certaines filiales, "l'amateurisme" de la gestion, laissant apparaître des craintes de malversations très importantes. Et personne ne s'est dit :"On
ne peut pas instruire des affaires comme celles-là, qui se sont
déroulées dans l'univers ultra-sophistiqué des grandes banques
internationales, portant sur des montants à dix zéros en donnant
simplement l'affaire à un juge, avec 18 mètres carrés de bureau, des
stylos à bille, du papier carbone et un exemplaire du code pénal. Il
faut affecter des moyens à ces enquêtes, à la hauteur des sommes
détournées." Cela prouvait, sinon leur volonté d'étouffer l'affaire en amont, du moins leur aveuglement devant la réalité du terrain.
Ibidem.
4
Aujourd'hui, je me rends compte du tabou que j'ai brisé. J'avais quitté
les rivages ordinaires de la justice. Lorsque j'étais substitut du
procureur et que je poursuivais des dealers, c'était une situation
acceptée par tout le monde. Mais tout ce qui était admis pour les
trafiquants de drogue devenait soudain scandaleux appliqué aux
corrupteurs et aux corrompus.
Ibidem.
5
En tant que magistrat, j'avais l'habitude de rencontrer des criminels
qui reconnaissaient leurs actes. Un délinquant financier, lui, n'avoue
jamais, même si nous arrivons à lui glisser devant les yeux la preuve
du versement illicite de plusieurs millions sur son compte bancaire. Il
trouvera toujours une nouvelle fable, sans exclure l'existence d'une
machination destinée à l'enrichir à son insu ! Combien
d'interrogatoires où j'entendais des protestations véhémentes :"Madame,
je ne peux rien vous dire, mais je suis un catholique pratiquant, je
jure sur la tête de mes enfants et sur tout ce que j'ai de précieux que
ce que je vous dis est vrai." Et au fil de l'enquête, nous
remontions la trace de plusieurs millions de francs détournés sur des
comptes personnels en Suisse. Je devais sans cesse revenir aux faits
pour m'assurer que je ne fantasmais pas. Comme un prévenu me l'a glissé
avec dédain, à la fin d'un interrogatoire :"Il n'y a vraiment que les magistrats pour ignorer que le capitalisme français s'est construit à coups de délits d'initiés !".
Ibidem.
6
Vingt ans après la première affaire de fausses factures politiques, la
justice française garde toujours son lampadaire braqué sur le même
morceau de trottoir. Les pouvoirs publics n'ont jamais encouragé les
enquêtes. Nos gardes des sceaux successifs ont même déployé des trésors
d'invention pour contenir le flot des "affaires", du plus visible
(envoyer un hélicoptère au-dessus de l'Himalaya à la recherche d'un
procureur en vacances, mais présumé obéissant, pour empêcher
l'ouverture d'une information judiciaire) au plus subtil (les jeux de
mutations policières ou judiciaires, les supplétifs refusés,
l'engorgement des cabinets d'instruction récalcitrants).
Ibidem.
7
Je ne me lasserai jamais de le répéter : pour mener à bien le dossier
Elf, le bon sens suggérerait de mobiliser une dizaine de policiers et
des moyens d'investigation de grande ampleur, de proposer la
collaboration des services publics (services de renseignement,
direction générale des impôts, etc.) et de faire pression de tout le
poids de la République sur les pays étrangers qui refusent nos demandes
d'entraide judiciaire.
L'Etat accepte pourtant de s'être fait voler sans réagir. Nous
devons traiter ce dossier comme un dépôt de bilan ordinaire. Laurence
Vichnievshy et moi-même sommes chargées chacune, en plus de ce dossier,
de soixante autres instructions. Et nous n'avons droit qu'à un
inspecteur et demi pour retrouver la trace des milliards envolés. Notre
denuement est le symbole de la volonté française de garder les
paupières closes. Ne rien voir, ne rien savoir.
Ibidem.
8
Dans les hivers sans soleil de Scandinavie, le froid peut tuer un
être humain en moins de six heures. En norvégien, on dit de quelqu'un
qu'il a «passé une nuit d'hiver dehors» pour dire qu'il a survécu à une
épreuve redoutable.
J'ai vécu, à ma manière, une nuit d'hiver dehors. En faisant
simplement mon métier, j'ai été menacée de mort. J'ai avancé sous la
surveillance des officines et des services secrets, soumise à une
pression que je n'aurais jamais imaginée possible: j'ai été vilipendée
et accusée des pires méfaits. Comme si le danger était du côté de la
justice. Se perdre dans les questions sans fond du pourquoi et du
comment n'apporterait rien. A chaque fois qu'un magistrat s'approche du
pouvoir, qu'il soit officiel ou occulte, il est pris dans un engrenage
qui le dépasse. C'est sans doute l'ordre des choses.
Mais lorsque le cyclone s'abat sur vous, lorsque vous subissez cette
suite de manipulations et d'intimidations, lorsque se lèvent contre
vous des forces aussi puissantes, les mots n'ont plus tout à fait le
même sens.
Car la cible, c'était moi.
Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, p. 16-17
9
EN PRETANT SERMENT COMME MAGISTRAT, je ne savais pas que certains
soirs j'aurais peur en ouvrant ma porte. C'est pourtant ce que j'ai
vécu pendant sept ans en instruisant l'affaire Elf.J'ai été surveillée,
intimidée et menacée de mort. Des campagnes de presse ont été lancées
pour me déstabiliser. Malgré tout, nous sommes allés jusqu'au bout.
Cette instruction dévoile un monde édifiant: caisses noires,
prélèvements en tout genre, sociétés écrans, dépenses privées
somptuaires... Une élite revendique l'impunité: une manière de vivre
au-dessus des lois parce qu'on est plus fort que la loi.
Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre?
En écrivant ce livre, je veux rendre cette histoire à mes
contemporains. Et tirer les leçons du scandale. Nous ne pouvons pas
laisser la corruption se répandre au cœur du pouvoir. Des hommes et des
femmes, à travers le monde, ont accepté de porter ce combat avec moi:
c'est la Déclaration de Paris. Demain, si nous le voulons, il sera possible d'empêcher d'autres affaires Elf.
Aussi ce récit est-il un livre d'espoir.
Ibidem, 4ème de couverture
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L'Express du 23/10/2003, Eva Joly L'inflexible par Gilles Gaetner
La juge qui fit trembler les puissants est repartie en Norvège. Lassée? Oubliée? Le succès de son livre-manifeste contre la corruption prouve le contraire. Histoire d'une vie et d'une carrière menées comme un combat
On la porte aux nues ou on la déteste. Ses partisans louent son courage, ses détracteurs raillent sa mégalomanie. Pendant dix ans, elle a fait trembler le gotha de la finance, les politiques et les grands patrons. Pendant dix ans, elle n'a pas hésité à s'opposer à sa hiérarchie, à pourfendre ses collègues jugés trop timorés ou à se coltiner avec les avocats de ses mis en examen.
Cette femme au caractère bien trempé, auteur d'un best-seller - Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? - vendu en trois mois à plus de 175 000 exemplaires, se nomme, on l'a deviné, Eva Joly. Juge d'instruction à Paris de 1992 à 2002, elle est devenue, aux yeux de l'opinion publique, le symbole du combat des petits, des laissés-pour-compte contre les puissants. Une sorte d'icône vivante de la justice. Jusqu'à ce que, au début des années 2000, on découvre que ses procédures laissent à désirer. Que certains de ses mis en examen - Loïk Le Floch-Prigent en sait quelque chose - ont été rudoyés au cours de leurs interrogatoires. La «jolymania» s'estompe. Et commence le temps des méchantes rumeurs distillées par ses détracteurs. On laisse entendre qu'elle serait à la solde d'une puissance étrangère. On murmure qu'elle serait à la tête d'une internationale de juges, chargée d'abattre le capitalisme. Sa vie privée n'est pas épargnée. Elle aurait, dit-on, des tas d'amants...
Eva Joly encaisse. Sans broncher. Finalement, au début de 2002, elle se rend compte qu'il lui faut changer d'air. Alors, elle choisit de retourner vers la mère patrie: la Norvège, où elle est née il y a cinquante-neuf ans. Donc, Eva part pour Oslo, où elle vient d'être promue conseillère du gouvernement pour la lutte contre la corruption. Un poste sur mesure, fort bien rémunéré.
Pourtant, Eva n'oublie pas la France. En tout cas ni l'affaire Elf ni l'affaire Dumas, qui lui ont valu de si violentes attaques. Pour tout dire, ces deux dossiers l'obsèdent. Alors, en guise d'exorcisme, elle se met à écrire. L'objectif? Faire prendre conscience à l'opinion publique que la corruption mine les démocraties. Et prouver que son combat mené à Paris pendant dix ans était noble et juste. C'est ainsi qu'en 2000, un jeune éditeur, Laurent Beccaria - patron des éditions Les Arènes - publie son premier livre: Notre affaire à tous. Eva n'a sollicité qu'une faible avance: 30 000 francs, destinés à régler ses impôts. Le succès est énorme: l'ouvrage se vend à 150 000 exemplaires. Deux ans plus tard, elle récidive et se tourne à nouveau vers Les Arènes.
La sortie du livre est annoncée pour le 18 juin dernier. Son titre: Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? Patatras! Le jour même, la Confédération nationale des avocats demande et obtient en référé la suspension de parution de l'ouvrage. On comprend pourquoi: ce dernier consacre de larges passages à l'affaire Elf, alors que se déroule le procès des protagonistes de ce scandale d'Etat. Voilà qui est sinon maladroit, tout du moins un tantinet provocateur. Du coup, le tribunal de Paris n'autorise la sortie du livre que le 8 juillet, une fois le procès Elf terminé.
Eva Joly, qui crie à la censure, ne baisse pas pour autant les bras. Le lendemain, elle lance dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne sa «Déclaration de Paris», qui figure en bonne place dans son livre. Ce texte propose toute une série de mesures pour lutter contre la corruption, «fléau qui mine les vieilles démocraties occidentales, entrave le développement des pays pauvres et leur liberté». Appel entendu, si l'on en juge par la présence de ses collègues magistrats - eux aussi emblématiques - venus du monde entier. Parmi eux, l'ancien procureur de Genève, Bernard Bertossa, le distingué Baltasar Garzon, combattant infatigable du terrorisme, le tenace Antonio Di Pietro, à l'origine de l'opération «Mani pulite», ou Juan Guzman, le juge chilien qui a inculpé Pinochet. Tous, pendant quarante-huit heures, résideront, comme il se doit, à l'hôtel des Grands Hommes, place du Panthéon, à deux pas de la Sorbonne. Coût de l'opération: 60 000 euros environ. Payés grâce aux avances sur les droits étrangers perçus par Les Arènes pour la publication du livre de Joly. Courant octobre, Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? devait être mis en vente dans une quinzaine de pays, parmi lesquels l'Allemagne, l'Italie et ceux d'Amérique latine.
Cette existence précaire, rude parfois, Eva ne l'oubliera jamais
En France, l'ouvrage, depuis le 8 juillet, se vend comme des petits pains. A ce jour, 175 000 exemplaires ont trouvé preneur. Pour le seul mois d'août, Eva Joly a reçu plus de 2 000 lettres de soutien.
«Personne n'y croyait», raconte Laurent Beccaria. Il ajoute: «Que n'ai-je entendu sur Mme Joly de la part de mes confrères! Elle est has been, démonétisée. Rien n'est plus faux. Car si la société politico-médiatique a tourné la page Eva Joly, ce n'est pas le cas de l'opinion publique, qui est avide de comprendre et de connaître les dessous des affaires.» Cette fois, Les Arènes ne lui ont pas accordé un sou d'avance. Ses droits d'auteur s'établissent ainsi: 10% sur le prix de chaque livre jusqu'à 20 000 exemplaires vendus, 12% jusqu'à 50 000 et 14% au-delà. Rien que de très classique. Au bout du compte, Eva Joly devrait percevoir, en incluant les droits étrangers, environ 400 000 euros. Dont une partie devrait être redistribuée à Procureurs sans frontières, une association destinée à servir de support logistique aux magistrats chargés de lutter contre la délinquance en col blanc et autres mafias.
Une blessure jamais refermée
Aujourd'hui, Eva savoure son succès. Elle multiplie les interviews en Norvège, où elle n'a jamais cessé d'être une star. Une belle revanche. Revanche sur ses collègues qui l'ont «enterrée» un peu vite. Revanche aussi sur une existence pas toujours rose, sur le plan matériel. Qu'y a-t-il de commun, en effet, entre la jeune fille au pair des années 1960 et l'Eva Joly célèbre dans toute l'Europe, accueillie quasiment comme un chef d'Etat lorsqu'elle se déplace à l'étranger? Pas grand-chose. Si ce n'est la quête permanente de l'ascension. Sociale. Intellectuelle. Et matérielle.
Motzfelds Gate, un quartier pauvre d'Oslo. Nous sommes dans les années 1950 (1). C'est là que Gro Farseth - elle ne choisira son second prénom, Eva, qu'à l'occasion de son mariage, en 1967 - habite avec ses sœurs. La vie est dure. Le froid, omniprésent. Le père, Eyvind Farseth, employé dans une fabrique d'uniformes militaires, fait ce qu'il peut pour nourrir sa petite famille. Autant dire que chez les Farseth, on ne roule pas sur l'or.
Cette existence précaire, rude parfois, Eva ne l'oubliera jamais. Elle en porte l'empreinte sur son visage et même dans son regard, qui donne l'image d'une femme dépourvue d'affectivité ou de sentiment. Une façade, en réalité. Car Eva Joly aime séduire. Ne confie-t-elle pas, avec une coquetterie évidente, que, jeune, elle ressemblait à Liv Ullmann, l'une des actrices fétiches de Bergman? Ses amis confirment. Ajoutant que lorsqu'elle enroulait en chignon sa chevelure blonde, elle avait des faux airs de Brigitte Bardot. Un charme qui, assurément, n'avait rien d'usurpé. Il suffit de se remémorer ce mois de février 1964, quand la jeune Eva débarque d'Oslo, après trente-six heures de train, pour devenir fille au pair dans une famille bourgeoise du VIe arrondissement. D'emblée, le fils aîné, Pascal, s'entiche d'Eva. La réciproque est vraie. Le jeune homme, étudiant en médecine, vague ressemblance avec Alain Delon, ne manque pas de charme. On commence à parler mariage...
Une volonté farouche de traquer les princes de la finance, issus de cette bourgeoisie qu'elle exècre
Seulement voilà: les Joly n'apprécient guère la liaison de leur fils. Tant et si bien qu'un jour, Jean-Paul Joly, le père, ophtalmologiste réputé, écrit ce mot comminatoire à son fils: «Tu ne dois pas te marier avec Gro. Nous ne savons pas d'où elle vient. Nous ne savons pas qui est sa famille. De plus, elle n'est pas riche et elle n'a aucun espoir de le devenir. Pense à la rudesse de ses traits. Dans notre famille, nous avons toujours été beaux pendant des générations. Si tu te maries avec Gro, tes enfants auront des traits grossiers.»
Effondré, Pascal montre ce diktat à Eva. Le coup est terrible. De là naît, chez la future juge, une blessure jamais refermée. De là encore naît cette volonté farouche que mettra Eva Joly à traquer les princes de la finance, issus généralement de cette bourgeoisie. Cette bourgeoisie pleine de morgue qu'elle exècre. Finalement, en juillet 1967, malgré l'opposition de ses beaux-parents, Eva épouse, en grande pompe, à Oslo, le séduisant Pascal. A Paris, le couple, qui habite un studio, mène une existence spartiate. Tout en poursuivant ses études de droit, la nouvelle Mme Joly décroche son premier job en 1970, chez Eddie Barclay, le pape de la variété française. Déjà, elle montre son caractère, en créant une section CFDT dans l'entreprise... D'où, aujourd'hui, cette rumeur qui court, laissant entendre que la future juge aurait été une militante trotskiste. Ce que l'intéressée dément totalement.
Seule certitude, l'agit-prop de la camarade Joly se termine mal: elle est licenciée de chez Barclay. Que faire? Va pour la décoration d'intérieur. Pas pour longtemps. La voici désormais styliste de mode. Le 3 décembre 1971, c'est le grand jour: grâce à un ami qui a gentiment mis son appartement à sa disposition, Eva, secondée par Pascal, présente sa collection. C'est le succès. Les commandes affluent. Au bout de deux ans, Eva, qui aspire à une autre vie, cesse cette activité.
«Devenez juge, une profession dynamique»
Le jeune couple abandonne alors Paris pour s'établir dans une maison située en pleine campagne, dans le petit village de Bouray, à quelques encablures d'Etampes (Essonne). Désormais, Pascal exerce son activité de médecin. «Le médecin des paumés», se souvient leur fille, Caroline, aujourd'hui avocate. De fait, il soigne les toxicomanes, les SDF et les gens du voyage. Quant à Eva, qui ne travaille plus, elle supporte de plus en plus mal cette oisiveté. Jusqu'au jour où sa licence en droit, obtenue à force de sacrifices, lui ouvre les portes de l'hôpital psychiatrique d'Etampes. Conseillère juridique, elle va y rester six ans, côtoyant des malades mentaux, des dépressifs, parfois spoliés par leur famille. Six ans pendant lesquels Eva s'emploie, dans des conditions difficiles, à redonner dignité et courage de vivre à ces gens torturés par la vie et détruits par l'angoisse.
Un jour de 1980, passant devant le panneau d'affichage de la mairie de Bouray, elle lit ces lignes: «Devenez juge, une profession dynamique.» Juge? Elle n'y a jamais pensé. Le juge n'est-il pas le chien de garde de l'ordre établi? Certes. Mais c'est aussi un métier respecté, qui offre des perspectives de carrière. Avec, en prime, la stabilité de l'emploi. C'est décidé: Eva va passer le concours de la magistrature. Elle est reçue dans un rang honorable: 30e. Après un stage pratique à Sens, la voilà nommée substitut à Orléans, en novembre 1981. C'est la déception. Déjà, Eva porte un regard critique sur la justice, «institution compassée, peu sensible à la réalité extérieure». Elle s'insurge aussi contre le «phénomène de cour qui règne dans les tribunaux, où les magistrats se montrent trop révérencieux à l'égard de leurs supérieurs».
Va-t-elle démissionner? Non. Au bout de deux ans, elle sollicite une nouvelle affectation. Ce sera le tribunal d'Evry, toujours comme substitut. Et toujours les mêmes griefs: la justice est trop lente; elle dispose de peu de moyens. Au bout de six ans, Eva Joly décide à nouveau de changer d'air.
Cette fois, finies les juridictions! En 1989, elle intègre le saint des saints de la technocratie française, l'organisme qui compte les meilleurs cerveaux de la République. Son nom: le Ciri. Dépendant de la prestigieuse direction du Trésor, il est chargé d'accompagner la restructuration industrielle de notre pays. Eva est emballée par son travail. Elle découvre un univers où les maîtres mots sont rapidité et concision. Des mots qu'elle avait oubliés comme magistrate. Il est vrai qu'au Ciri, en six mois, le diagnostic - survie ou dépôt de bilan d'une entreprise - est établi, alors qu'un justiciable doit parfois patienter des années avant qu'une décision de justice ne soit rendue. Au bout de trois ans, Eva est promue secrétaire générale adjointe du Ciri. La première magistrate. La première à ne pas être sortie de l'ENA.
De cette expérience, Eva Joly écrira plus tard dans Notre affaire à tous: «En tant qu'immigrée norvégienne, ayant commencé au bas de l'échelle comme secrétaire, cette reconnaissance m'avait fait du bien. Je me sentais désormais plus sûre de moi.» Décidément, cette volonté d'ascension sociale taraude, obsède Eva Joly. Dès lors, tel Rastignac, elle peut lancer: «A nous deux Paris.» Ambition assouvie lorsqu'elle intègre le nec plus ultra, la galerie financière du palais de justice de Paris. Elle y sera juge d'instruction. En ces années-là, les affaires politico-financières occupent le devant de la scène médiatico-judiciaire.
Intraitable pendant les interrogatoires
Une nouvelle génération de juges apparaît: Edith Boizette, Thierry Jean-Pierre, Renaud Van Ruymbeke, Philippe Courroye. Eva Joly, qui les admire, veut suivre leurs traces. Et même aller plus loin. Ces magistrats travaillent souvent dans des conditions artisanales. Eva veut plus de moyens pour conduire ses enquêtes. Sitôt installée dans son cabinet d'instruction - le fameux 126 - elle achète, sur ses deniers personnels, un ordinateur et un fax. Cette façon de s'impliquer si totalement dans son travail est diversement appréciée. «Pour qui se prend-elle?» grommellent certains de ses collègues, tandis que d'autres apprécient son côté bulldozer. Cette battante - chacun le reconnaît - se taille très vite une autre réputation: celle d'une juge peu conciliante, voire intraitable lors de ses interrogatoires. Les avocats commencent à la redouter. Quant à leurs célèbres clients, c'est la peur au ventre qu'ils pénètrent dans le cabinet 126... Pierre Conso, ancien président des Ciments français, André Levy-Lang, ex-patron de Paribas, et Claude Pierre-Brossolette, ancien président du Lyonnais, notamment, se souviennent encore de leur rencontre avec Eva Joly.
Bernard Tapie n'est pas davantage épargné. La juge le fait cueillir, un jour de 1994, à l'heure du laitier, dans son hôtel particulier da la rue des Saints-Pères, non loin du boulevard Saint-Germain. L'ancien ministre de la Ville s'apprête à partir au Rwanda pour une mission humanitaire, soutient-il, laquelle lui aurait surtout évité d'être entendu par la magistrate... Il est vrai que les écoutes téléphoniques de Bernard Tapie montraient qu'il tenait des propos peu amènes à l'égard d'Eva Joly, la qualifiant d' «abrutie complète, connue comme telle, une malade».
Peu à peu, l'imprévisible et intraitable Eva semble s'écarter des impératifs de sa fonction
Furieuse sur le moment de ces qualificatifs, Eva n'en tiendra pas trop rigueur à Tapie. En effet, le caractère entier du personnage, ses coups de gueule répétés, son côté provocateur l'amusaient. Au fond, Eva éprouvait une certaine sympathie pour ce self-made-man, certes un peu filou, mais qui n'appartenait pas à cet establishment qu'elle haïssait tant.
Elle se transforme peu à peu en diva
Avec l'affaire Elf, la France entière découvre Eva Joly. Le 5 juillet 1996, pour la première fois de notre histoire judiciaire, la juge envoie en prison un grand patron français, Loïk Le Floch-Prigent, président en exercice de la SNCF, après avoir été celui d'Elf de 1989 à 1993. La popularité d'Eva est au zénith. On reste ébahi par sa détermination à mettre au jour les ahurissantes dérives du premier groupe industriel français. Les magazines emboîtent le pas, publiant la photo de cette femme studieuse, consultant ses dossiers le matin dans le train qui la mène d'Etampes à Paris. Les banlieusards se reconnaissent en Eva Joly, fonctionnaire modèle. On apprend aussi que cette juge est d'origine norvégienne. Qu'elle a travaillé dur pour réussir.
Deux ans plus tard, en 1998, la magistrate montre que rien ne l'arrête: cette fois, elle défie l'un des plus hauts personnages de la République, Roland Dumas, président du Conseil constitutionnel, en perquisitionnant à son bureau, quai de Bourbon, à Paris. Le 29 avril 1998, Eva, en compagnie de sa collègue Laurence Vichnievsky, se rend dans la propriété de Dumas, à Saint-Selve (Gironde), pour lui signifier sa mise en examen pour recel d'abus de biens sociaux. Résigné, Dumas finit par démissionner de la présidence du Conseil constitutionnel. Du jamais-vu dans l'histoire de la Ve République! La classe politique assiste à la triste fin de carrière de l'un des princes de la Mitterrandie. Elle s'interroge: jusqu'où ira cette juge? Chercherait-elle à déstabiliser la République?
Peu à peu, l'imprévisible et intraitable Eva semble s'écarter des impératifs de sa fonction, qui ont pour noms silence, devoir de réserve et discrétion. Elle fréquente les plateaux de télévision, donne des conférences. Cette célébrité soudaine la grise. Au restaurant, il lui arrive de ne pas décolérer si elle n'obtient pas la place désirée. Parfois encore, devant un cercle restreint d'amis, elle traite de «pétainiste» l'un de ses mis en examen. Petit à petit, l'austère Eva se transforme en diva, donneuse de leçons. Comme ce jour d'avril 1999 où, à l'occasion d'un déjeuner-débat devant la presse anglo-saxonne, elle accuse certains avocats d'être rémunérés par le blanchiment d'argent. Même son plus fidèle soutien, Laurence Vichnievsky, s'offusque de ce dérapage. Lequel provoque un tollé au barreau de Paris. Eva a beau faire amende honorable, expliquer que ses propos ont été mal interprétés, c'est trop tard: le fossé se creuse entre elle et les avocats. Et il n'est pas près de se combler, tant les prises de bec avec les conseils de Dumas et de Le Floch seront fréquentes. A telle enseigne que, à la fin de l'instruction de l'affaire Elf, l'ancien président de la compagnie pétrolière, lessivé, littéralement affaibli psychologiquement, refusera de répondre aux questions d'Eva Joly. Un climat exécrable qui cessera lorsque Renaud Van Ruymbeke prendra le relais à l'automne 2001, pour interroger Le Floch-Prigent avec courtoisie.
Une carrière politique? «Ce n'est pas son truc», soutient son éditeur
Cette affaire Elf a aussi laissé des traces chez la magistrate, qui n'a pas toujours eu la vie facile: pressions, menaces - vraies ou supposées - l'ont secouée. Eva Joly connaîtra également un drame personnel avec la mort de son mari, en 2001. Aussi songe-t-elle à quitter l'instruction. Elle postule au poste de procureur à Toulon. La chancellerie fait la sourde oreille. L'emblématique juge parisienne n'aura rien.
C'est l'époque où les mauvaises nouvelles s'accumulent: certaines de ses enquêtes sont désavouées. Ainsi, André Levy-Lang bénéficie d'une relaxe, tout comme Roland Dumas, en appel, le 29 janvier 2003. A cette occasion, l'arrêt de la cour taille en pièces l'instruction d'Eva Joly, estimant certes «blâmable» le comportement de l'ancien ministre des Affaires étrangères, mais pas «pénalement punissable». L'étoile de la juge pâlit. Mais notre icône, désabusée, s'en est déjà retournée dans sa terre natale, où elle séjourne depuis près d'un an. Tous les quinze jours, elle revient à Paris, pour voir quelques amis magistrats, parmi lesquels sa complice de toujours, Laurence Vichnievsky. Elle s'est aussi offert une maison en Bretagne, dans l'île de Groix, pour venir se reposer avec ses enfants, Caroline et Julien.
Quand elle retourne à Oslo, Eva commence, dit-on, à trouver le temps
long. Envisagerait-elle - déjà - une nouvelle activité? Une carrière
politique, par exemple? «Ce n'est pas son truc», soutient son éditeur,
Laurent Beccaria. Alors, pourquoi pas un poste à l'ONU? Cela pourrait
l'intéresser, disent ses proches. A moins qu'elle n'opte, susurrent les
méchantes langues, pour une fonction de rêve, à la hauteur de son
ambition, celle de procureur général de la planète Terre? Seulement
voilà: elle n'existe pas...
(1) Voir le livre très documenté de Marie-France Etchegoin et Matthieu Aron, Eva ou La justice est un roman
(Robert Laffont), qui a fort bien raconté, avec des anecdotes inédites,
les années de jeunesse d'Eva Joly en Norvège, puis en France
L'Express du 23/10/2003, Eva Joly L'inflexible par Gilles Gaetner
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http://www.bakchich.info/Paradis-fiscaux-les-jolies,07244.htmlParadis fiscaux, les jolies colonies de vacances fiscales d’Eva Joly Bouquin | jeudi, 2 avril 2009 | par Louis Poirier
Dans un livre-réquisitoire, l’ex-magistrate dénonce la volonté des
élites mondiales de se protéger du juge. Et s’insurge contre une
délinquance offshore en pleine forme et une justice qui roupille.
Pour Eva Joly, la lutte contre les paradis fiscaux, c’est un nouveau
Mur de Berlin qu’il nous faut abattre. L’heure est à la mobilisation en
temps de crise. Les Bourses se sont écroulées, entraînant une cascade
de faillites, plus spectaculaires les unes que les autres.
« Ces hedge funds qui sont à l’origine de la crise financière, ce
sont des fonds d’investissement qui ne sont soumis à aucune
réglementation, aucune surveillance, aucune transparence. Au 30 juin
2008, leurs encours représentaient 2000 milliards de dollars, ce n’est
pas rien… » explique Daniel Lebègue, patron de la section française de
l’ONG Transparency International auquel Eva Joly donne la (libre)
parole. « Aujourd’hui, bien des épargnants français seraient surpris
d’apprendre qu’une partie de leurs économies ont été placées dans des
produits financiers, fabriqués par ces acteurs de l’ombre. Or les deux
tiers des hedge funds sont logés dans les paradis fiscaux. Des zones de
non-droit qui fonctionnent en dehors des règles communes et à l’abri de
l’action des juges. C’est une boîte noire qui fait désormais peur à
tout le monde »
C’est une belle histoire, un inventaire à la Prévert des paradis
fiscaux. C’est le chemin d’un retour dans une double fidélité aux
principes de la République et à ses origines professionnelles. C’est le
chemin du retour d’Eva Joly, conseillère du gouvernement norvégien
chargée de la lutte contre la corruption, Prix de l’Intégrité décerné
par l’ONG Transparency International. L’auteur de "Des héros
ordinaires" nous offre de beaux portraits qui sont aussi de formidables
leçons de courage. Ces gens viennent de tous les horizons
professionnels. Leurs noms sont inconnus. A Paris, Londres, Naples ou
Sofia, parce qu’ils se sont opposés au pouvoir, leur vie est devenue un
mauvais polar, un roman noir.
« On ne choisit pas de se mettre en danger, il faut du caractère et
de l’obstination. Il faut surtout une grande confiance dans la nature
humaine : une foi absolue dans l’idée qu’une société peut progresser si
les règles sont les mêmes pour tous » écrit la magistrate qui, il y a
presque vingt ans maintenant, ouvrît la boîte de Pandore des « affaires
» financières.
Une corruption internationale florissante
Car l’essentiel de la nouvelle génération des « affaires » porte sur
la corruption internationale. En clair : comment les grands groupes
industriels versent des pots-de-vin pour obtenir des marchés
internationaux.
En droit, le délit s’intitule « corruption d’agent public étranger »
et il est entré à grand-peine dans notre droit pénal en 2000, alors que
le texte original date de 1997, lorsque les pays membres de l’OCDE ont
adopté une convention interdisant tout paiement de commission aux «
agents publics étrangers ». Cette désignation englobe fonctionnaires et
élus, mais aussi toute personne exerçant une fonction publique ou même
une entreprise publique.
Auparavant, les sociétés avaient toute latitude pour verser des
dessous-de-table (par exemple, les fameuses commissions de l’affaire
Elf destinées à engraisser des dignitaires africains et à revenir dans
des poches françaises). Légaux, ces pots-de-vin étaient baptisés
pudiquement « frais commerciaux exceptionnels » (FCE), enregistrés au
ministère du Budget à Bercy et aussitôt classés secret-défense. Les
centaines de millions de dollars versés par Thompson et l’Etat français
à l’occasion de la vente de frégates à Taïwan étaient, par exemple, des
FCE…
Courageusement, la justice a enterré l’affaire des frégates de
Taïwan© Nardo
Il est aisé de comprendre pourquoi, entre 1997 et 2000, une
extraordinaire entreprise de lobbying menée notamment par les groupes
de BTP, les pétroliers et les marchands d’armes s’exerça sur les
gouvernements successifs puis sur les parlementaires pour rendre cette
convention juridiquement obsolète. En vain. Face à cette nouvelle
réalité internationale, tous jurèrent alors qu’ils se soumettraient.
Ainsi ont éclos un peu partout dans les tours de la Défense des comités
d’éthique chargés du parfait suivi de la convention OCDE. La grande
industrie française serait propre, promirent ensemble Total, Dassault,
Thales et les autres.
Le chef d’oeuvre du montage financier de Total
Sept années plus tard, Christophe de Margerie, actuel PDG de Total,
est mis en examen deux fois pour « corruption d’agent public étranger »
dans l’affaire dite « pétrole contre nourriture » en Irak et pour
l’obtention de marchés pétroliers en Iran. Dans les deux cas, Total
aurait versé des pots-de-vin d’une part à des dignitaires du régime de
Saddam Hussein, d’autre part au fils du président iranien Hachemi
Rafsandjani.
Total, l’Iran et la Suisse
Thales est également visé pour une série de marchés internationaux
qui auraient été conclus frauduleusement, tout comme Alcatel, qui
aurait versé des centaines de millions d’euros pour remporter, au début
des années 2000, plusieurs contrats de téléphonie au Costa Rica. Une
quinzaine de procédures judiciaires de ce type sont actuellement
ouvertes au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris.
Deux enseignements peuvent être tirés de ces « nouvelles » affaires
de corruption, selon Eva Joly. D’une part, il semble acquis, en dépit
des déclarations, que les moeurs financières et commerciales n’ont pas
changé. Une continuité partagée, semble-t-il, avec la majorité des
grands groupes industriels mondiaux. A ce sujet, il est significatif de
voir associées au groupe américain Halliburton une société française,
une japonaise et une italienne, dans une considérable opération de
corruption pour la construction d’un complexe gazier au Nigeria.
D’autre part, il semble tout aussi évident que la justice est
parfaitement inopérante pour traquer les circuits financiers
internationaux par lesquels passent les fonds de cette corruption. Les
multiples et très sophistiqués maillons de cette chaîne bien huilée
permettent aux bénéficiaires de tous ordres d’être à l’abri des tracas.
Eva Joly et d’autres experts considèrent que les dossiers de ventes
d’armes particulièrement « protégés » sont aujourd’hui indéchiffrables
par la justice pénale.
Eva Joly, chauffée à blanc par l’évasion fiscale : « la corruption, c’est un océan infini »
Si l’avenir de notre République dépendit un temps du bon vouloir
d’Alfred Sirven, elle est aujourd’hui beaucoup mieux protégée par
d’inviolables secrets bancaires dans une myriade de paradis fiscaux.
Pourtant, la crise a ouvert les yeux du monde sur la nocivité de
ces enclaves offshore. Reste à transformer cette prise de conscience
planétaire en actions concrètes. Car cette image punitive de la
mondialisation produit de nouvelles peurs : les gens n’acceptent plus
les parachutes dorés, l’évasion fiscale. Les dirigeants économiques
doivent comprendre qu’ils n’ont plus le choix : changer les règles ou
prendre le risque que les peuples se révoltent et se replient sur
eux-mêmes.
Les racines du mal sont connues : la cupidité qui dévore le monde.
Comme celle des chefs d’Etat corrompus qui ruinent leur pays sans
scrupules. Eva Joly descend dans l’arène, cible ses attaques et
s’expose sur un terrain miné, celui des relations de la France avec
l’Afrique, la fâcheuse Françafrique. Et vise trois présidents,
soupçonnés d’avoir constitué d’immenses fortunes en France, au
détriment de leurs populations respectives : le Gabonais Omar Bongo, le
Congolais Denis Sassou Nguesso et le Guinéo-Equatorien Teodoro Obiang.
Les paradis fiscaux et judiciaires : un inventaire à la Prévert
Les paradis fiscaux et judiciaires, là où se déroulent les
transferts massifs de fonds criminels, elle connaît aussi. Pour
combattre la corruption efficacement, il faut l’attaquer au
porte-monnaie. Accentuer la pression. Toute cette finance souterraine,
clandestine, facilite la dissimulation et le recyclage de l’argent de
la corruption. C’est en s’y intéressant qu’Eva Joly a été amenée à s’y
engager, corps et âme. Aujourd’hui, le monde judiciaire réalise qu’il y
a des failles énormes dans le système de contrôle de la finance
mondiale. La crise a révélé cette menace, mais elle peut se reproduire
si rien n’est fait. Il faut donc convaincre les dirigeants de la
planète de l’urgence de changer les règles du jeu financier mondial.
Désormais, l’agenda d’Eva Joly est calé sur les grands rendez-vous
de la planète. « Il faut faire pression, alterner lobbying discret et
propositions de mesures concrètes ». Car elle ne se contente jamais
d’un rôle de militante d’opposition. L’idée, c’est de faire avancer les
choses, de proposer des solutions, des outils.
Devant ce tableau, la volonté de Nicolas Sarkozy de débarrasser la
vie économique et financière des risques pénaux n’apparaît plus, au
mieux, que comme un accompagnement de la réalité judiciaire, au pire,
comme une insupportable provocation. Car, depuis des années, la justice
spécialisée en ces matières s’est délitée, assoupie. Les fameux pôles
financiers créés dans un tintamarre médiatique n’ont donné que des
annexes ordinaires de tribunaux ordinaires, peuplés de magistrats ni
préparés ni formés à une discipline spécifique. Le pouvoir politique a
également repris le contrôle et les parquets, aux ordres de la
Chancellerie, se montrent de plus en plus réticents à confier les
dossiers d’instruction à des juges indépendants. Autant dire que des
juges façon Renaud Van Ruymbeke ou des avocats version William Bourdon
ne sont pas bien en cour…
Refuser cet « Aller toujours plus loin, au nom de l’appât du gain »
Eva Joly n’est pas une femme d’abstraction, ni de concepts. Aux
mots, elle préfère le réel des paradis fiscaux. Elle aime les détails
et les choses vues. « La corruption se lit d’abord sur les murs d’un
appartement, subitement acquis, ornés de peintures sublimes. Elle se
trouve dans des factures cachées dans des boîtes à chaussures. Elle se
révèle dans de petites choses, comme ces coffres-forts installés dans
les chambres de l’Hôtel Royal, le palace du Luxembourg : chacun peut
contenir une valise… Au cours d’une enquête, j’ai constaté de mes yeux
qu’un citoyen étranger pouvait facilement apporter 40 millions de
francs suisses, en espèces, sur un compte au Liechtenstein sans que
personne ne lui pose de questions. Parce que c’est normal, parce que
c’est banal »
Heaven i’m in heaven
Le sublime paradoxe de cet itinéraire est qu’Eva Joly n’a échappé à
l’anomie identitaire que dans un double geste de refus. Refus de la
stigmatisation grandissante des « lanceurs d’alerte » réduits à la
condition de portefaix de la cause anti-blanchiment ; mais refus dans
un même élan du conservatisme institutionnel, de la fièvre corporatiste
des magistrats associée à leur repli communautaire au sein des
tribunaux.
Faute de volonté politique, de magistrats formés, performants et
déterminés, la justice pénale ne représente plus un véritable « danger
» pour les élites, les « puissants ». D’autant moins que les outils
dont elle dispose sont totalement inadaptés aux moyens des délinquants
en col blanc qu’elle est censée traquer. Certes, les coopérations
internationales fonctionnent de mieux en mieux entre magistrats
européens, bien sûr, mais aussi américains. Seulement, un peu partout
les magistrats s’affrontent à des batteries d’avocats et des flux
financiers impossibles à tracer qui peuvent circuler entre les banques
du monde entier de façon quasi immédiate. Ils doivent encore se heurter
au secret bancaire ou, comme en France, à l’infranchissable
secret-défense. En réalité, une dépénalisation sournoise a été engagée
depuis plusieurs années…
La délinquance des beaux quartiers se porte bien
Pourtant, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, la délinquance financière
qui ne justifierait pas que les juges aillent faire un tour dans les
beaux quartiers est un enjeu politique majeur. Une question de bonne
santé de la démocratie. Au-delà des dimensions éthiques ou morales, la
corruption est un outil d’appauvrissement des entreprises qui la
pratiquent, mais également d’avilissement des pays qui la subissent.
Les milliards de dollars versés par les compagnies occidentales au
bénéfice des dirigeants des Etats, par exemple dans des pays africains
tels que le Nigéria, l’Angola, la Côte-d’Ivoire et le Gabon, le sont
fatalement au détriment des peuples. La pénalisation du droit des
affaires n’est pas une erreur, comme le prétend le président de la
République. En revanche, ce serait une faute d’y mettre un terme, comme
il en a la tentation.
Ce livre n’est pas seulement un manifeste contre le monde caché de
la corruption et des manipulations financières, mais un passeport pour
une société progressiste assumée et émancipée. Quand elle prend la
plume, l’ex-magistrate fait entendre un plaidoyer dont la portée est
universelle. Une défense de l’irréductible singularité citoyenne contre
toutes les assignations à résidence qui la guette aujourd’hui. Eva Joly
oblige, en effet.
Au-delà de la manifestation de la vérité judiciaire
Et quand il s’agit de parler d’elle, elle évoque surtout des
convictions. Des valeurs et des références clairement situées à gauche.
Mais aussi un attachement à l’idéal du service de l’Etat, une vision
très morale de l’action publique qui « doit servir l’intérêt général
tout en protégeant les plus vulnérables ».
Vivre, c’est jouer des rôles successifs. Vivre, c’est habiter un
autre. Eva Joly sait ce qu’elle sait sur son compte. Mais ce qu’elle
sait est d’un autre ordre que la seule certitude judiciaire. Nous
trouvons des êtres d’espèces bien différentes dans la vaste colonie de
notre intimité, qui respirent, pensent et sentent diversement. Eva Joly
ne se serait peut-être pas livrée à cette passion exclusive si son nom
et son histoire ne l’avaient aidé à haïr partout ce qui enferme.
Elle nous rappelle ainsi combien la lutte contre la corruption, les
détournements de fonds et les paradis fiscaux est à l’image de la
truite de Levinas, qui s’apprivoise, qui se caresse mais qui s’esquive
dès qu’on veut la saisir : « on ne pourra pas refonder le système
financier mondial avec les paradis fiscaux. Et certains se trouvent en
Europe : les plus nocifs sont le Liechtenstein, le Luxembourg,
Gibraltar et Chypre, Jersey et Vaduz. Non seulement ils favorisent
l’opacité des flux financiers, mais on sait aussi qu’ils participent au
blanchiment de l’argent sale ».
Il vaut mieux partir du terrain quand le sommet a échoué. « Le
combat reste difficile, on n’en verra pas la fin à l’échelle de ma
génération » soupire-t-elle, avant de se reprendre : « Des décisions
cruciales sont devant nous : ce n’est pas le moment d’avoir peur ».
Finalement, Eva Joly nous rappelle que la vie d’une militante
anti-corruption n’est pas très différente de celle d’un haut
fonctionnaire : un dossier chasse l’autre.
Eva Joly (avec Maria Malagardis, journaliste indépendante), Des héros ordinaires, éditions Les Arènes, Paris, 2009
01 juin 2009
Un monde a vendre - part3
Un monde a vendre - part3
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Un documentaire d'arte sur la tentative de mainmise sur l'agriculture indienne (et ailleurs) par notre multinationale préférée: Monsanto. Liens vers les deux autres parties: Partie 1: http://www.dailymotion.com/Potof/video/x4tq40_un-monde-a-vendre-part1_news Partie 2: http://www.dailymotion.com/Potof/video/x4ttic_un-monde-a-vendre-part2_news
Un monde a vendre - part2
Un monde a vendre - part2
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Un documentaire d'arte sur la tentative de mainmise sur l'agriculture indienne (et ailleurs) par notre multinationale préférée: Monsanto. Liens vers les deux autres parties: Partie 1: http://www.dailymotion.com/Potof/video/x4tq40_un-monde-a-vendre-part1_news Partie 3: http://www.dailymotion.com/Potof/video/x4tudg_un-monde-a-vendre-part3_news
Un monde a vendre - part1
Un monde a vendre - part1
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Un documentaire d'arte sur la tentative de mainmise sur l'agriculture indienne (et ailleurs) par notre multinationale préférée: Monsanto. Liens vers les deux autres parties: Partie 2: http://www.dailymotion.com/Potof/video/x4ttic_un-monde-a-vendre-part2_news Partie 3: http://www.dailymotion.com/Potof/video/x4tudg_un-monde-a-vendre-part3_news
30 mai 2009
EVA JOLY L'indépendance de la justice
L'indépendance de la justice
Vidéo envoyée par EuropeEcologie
EUROPE-ÉCOLOGIE - Eva Joly et Daniel Cohn-Bendit

Extrait:
A 64 et 65 ans, l'ex-agitateur de Mai 68 Daniel Cohn-Bendit et l'ancienne magistrate Eva Joly (Europe-Ecologie) battent campagne pour être tous deux élus au Parlement européen, faisant le pari d'être devant le MoDem de François Bayrou en Ile-de-France.
Le couple a pactisé après une brève rencontre en août au cercle norvégien de Paris alors que Mme Joly hésitait à rejoindre M. Bayrou. "Je lui ai proposé une tête de liste mais elle avait envie d'un duo avec moi", raconte "Dany", à l'initiative du rassemblement écologiste.
"Je n'ai pas fait de calculs, j'ai adhéré parce qu'Europe-Ecologie a l'ambition de régler, de peser sur l'ensemble des crises", dit-elle simplement alors que TNS Sofres place leur liste (14%) devant celle du Modem conduite par Marielle de Sarnez (12%), l'Ifop les mettant à égalité (12%).
"C'est deux consciences libres auxquelles le temps et l'expérience n'ont pas enlevé leur faculté d'indignation", assure Pascal Durand, coordinateur de la campagne. "Un peu plus de folie et d'imagination chez l'un, plus de rigueur et de sérieux chez l'autre", dit-il. Les "Nicolas et Carla d'Europe-Ecologie", plaisantent certains au rassemblement écologiste.
"Dany, on ne sait plus comment le présenter : l'ancien leader de 68 ? le plus grand Européen de France ?", lance François de Rugy, député Verts de Loire-Atlantique. Un "dinosaure ?", s'amuse Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts. C'est "le chef de cordée", répond Eva Joly.(.......)
28 mai 2009
Eva Joly, france info, 28 05 2009
Eva Joly, france info, 28 05 2009
Vidéo envoyée par FranceInfo
Balisage:
0.24 Europe Ecologie est à 11% dans les sondages
1.58 La justice en France...
2.30 Libéralisme, immunité et impunité pour la délinquance financière
4.09 Affaires en cours dans le 92
