17 octobre 2009
Louis Dalmas, directeur de BI :"la gauche a gommé Jaurès, la droite a gommé de Gaulle"
lundi 24 août 2009, par Pierre Cassen
Interview de Louis Dalmas, directeur de B. I.
par Pierre Cassen, fondateur de “Riposte laïque” (21 août 2009)
Riposte Laïque : Tu avais 20 ans en 1940, et tu étais trotskiste. Tu es pourtant entré dans la Résistance, comme FTP, alors que nombre de tes camarades de l’époque considéraient que les révolutionnaires n’avaient pas à choisir entre le nazisme et leur propre bourgeoisie. Comment expliques-tu, aujourd’hui, une telle incapacité de ces mouvements à différencier le fascisme et une démocratie bourgeoise ?
Louis Dalmas : A l’époque, les organisations trotskystes clandestines qui ont fusionné en 1943 souffraient de ce que Lénine a appelé “la maladie infantile du communisme”, c’est-à-dire le sectarisme. Ce sectarisme a pris la forme d’une assimilation au nazisme, non pas de la démocratie bourgeoise, mais de l’impérialisme, les deux étant considérés par certains de nos camarades, à l’époque majoritaires, comme deux ennemis à combattre en même temps.
Cette intransigeance les a conduits à poursuivre une bataille isolée et héroïque sous l’occupation, mais aussi à commettre l’erreur fatale de rester semi-clandestins à la Libération. Les “droitiers” – dont je faisais partie, étant membre des FTP communistes et du BCRA anglais – pensaient qu’il ne fallait pas sous-estimer l’importance de l’indépendance nationale, et qu’il fallait d’abord résister par tous les moyens (et ensemble) au nazisme, pour ensuite dénoncer l’impérialisme en participant à la vie politique du pays une fois le fascisme vaincu.
Malheureusement, après la Libération, nous n’avons pu assumer la direction du parti que trop tard, et fugitivement (pour participer aux deux premières campagnes électorales de la France libérée), avant d’être exclus par les sectaires en 1948. Viré du trotskysme officiel, et après avoir fondé le RDR avec Sartre, Camus, Claude Bourdet et l’abbé Pierre (qui était député à l’époque) – un parti d’intellos de bonne volonté qui a disparu rapidement dans les années 50 – j’ai cessé de militer dans une organisation politique tout en conservant mes sympathies d’avant-garde.
Riposte Laïque : Tu as traversé toute une partie du siècle dernier. Comment expliques-tu l’abandon de la défense de la Nation, de la République et de la laïcité par la majorité de la gauche, mais aussi toute une partie de la droite ? Quand ce virage a-t-il lieu, d’après toi ?
Louis Dalmas : Y a-t-il eu vraiment un “virage”, ou est-ce que les mouvances n’ont pas simplement retrouvé leur contenu naturel après la période exceptionnelle de la Seconde guerre mondiale ? La social-démocratie a un long passé de trahison de ses idéaux, et n’a fait que reprendre peu à peu sa tradition : prouver, quand elle arrive au pouvoir, qu’elle peut faire mieux que la droite en faisant la même chose. Quant à la droite, elle s’est progressivement détachée de l’héritage gaulliste en retrouvant ses habitudes réactionnaires, tempérées par l’évolution des mœurs et les réalités sociales. La gauche a gommé Jaurès en oubliant l’anti-impérialisme, la droite a gommé de Gaulle en oubliant l’indépendance nationale. Et les deux ont oublié ensemble la défense de la laïcité. On en est venu à gauche à vouloir supprimer le mot “socialisme” pour le remplacer par “démocratie”, et à droite à être les larbins de Washington. En un mot, gauche et droite “officielles” sont devenues, dans le cadre de la démocratie bourgeoise, les deux rives du même marécage centriste.

Riposte Laïque : Tu as fondé, il y a treize ans, le journal Balkans-infos, devenu B. I., en pleine guerre civile yougoslave. Pourquoi cette initiative, et quelles sont les axes de cette publication mensuelle ? Et pourquoi ce changement de titre ?
Louis Dalmas : En tant que journaliste, j’ai constaté dans les années 90 la partialité des comptes rendus de l’éclatement de la Yougoslavie. Les Serbes étaient systématiquement rendus responsables de tous les malheurs et de tous les crimes. Il m’a semblé de la plus élémentaire logique que dans ce genre de conflits, il ne pouvait y avoir un côté tout blanc et l’autre tout noir. Avec un groupe d’amis, nous avons fondé ce journal pour rétablir l’équilibre de l’information. En cours de route, nous avons découvert une multitude d’approximations, de falsifications, de manipulations des médias qui ont illustré une formidable machine de propagande, dont les objectifs stratégiques avaient été fixés longtemps à l’avance. L’Allemagne, le Vatican et les Etats-Unis conjoignaient leurs efforts pour éliminer un grand pays orthodoxe, qui n’avait pas abjuré le socialisme comme les autres pays sortis du glacis soviétique, et qui était un obstacle sur la grande route de communication entre le nord de l’Europe, la Méditerranée et le Proche-Orient. Nous nous sommes rendus compte que la guerre dans les Balkans marquait une consolidation de l’hégémonie américaine, garantie par la transformation de l’OTAN (qui n’avait plus de raison d’être en raison de l’explosion de l’URSS) en bras armé du colonialisme de Washington.
Notre journal est totalement indépendant de tout gouvernement, parti ou organisation. Personne ne le finance, ses ressources proviennent de ses abonnés. Son comité de rédaction est pluraliste, composé de membres d’opinions variées, venant d’horizons différents. Mes réponses à tes questions sont des avis personnels, qui ne représentent pas une “ligne” du journal. En fait, cette “ligne” est faite de trois cibles, sur lesquelles tout le monde s’est mis d’accord : 1) l’impérialisme américain et les méfaits du mondialisme ; 2) le fanatisme religieux, de toutes les religions ; 3) les manipulations des médias et les mensonges de la propagande. Dans le cadre de ce consensus, le journal est une tribune libre, ouverte à toutes les expressions intéressantes.
Son titre est passé, il y a quelques années de “Balkans-Infos” à “B. I.” parce que nous avons voulu déborder le problème yougoslave pour élargir notre créneau aux événements mondiaux, et ne plus nous limiter à la dénonciation du racisme antiserbe.
Riposte Laïque : Dix ans après le drame yougoslave, avec le recul, quelle est ta lecture de la politique américaine, et européenne, en Yougoslavie ?
Louis Dalmas : La Yougoslavie était une grande nation, une des fondatrices de l’ONU, leader du Tiers Monde avec Tito et Nehru, un modèle de pluralisme avec une cohabitation de plus de vingt nationalités. Pour son malheur, elle se trouvait au point de convergence de trois intérêts majeurs : ceux de l’Allemagne qui voulait se venger de sa défaite par les partisans de Tito et récupérer sa liberté de communication traditionnelle avec la Turquie et le Proche-Orient ; ceux du Vatican qui voyait d’un mauvais œil la présence d’un grand ensemble orthodoxe à côté de la Croatie catholique ; ceux des Etats-Unis qui voulaient se débarrasser d’un pays encore socialisant et installer une tête de pont militaire sur la grande voie de communication nord-sud (ce qu’ils ont fait avec le camp Bondsteel).
A la mort de Tito, ses successeurs ont répété le numéro des généraux d’Alexandre, ils ont commencé à se chamailler entre eux. Il était facile pour les trois puissances intéressées d’attiser les flammes de séparatisme que Tito avait étouffées et de provoquer l’éclatement de son fragile édifice fédéral. La preuve de leur intervention est que la guerre, et des milliers de morts, auraient pu être facilement évités : il suffisait à la communauté internationale de dire qu’elle ne reconnaîtrait pas les nations sécessionnistes.
Au lieu de cela, à la suite de l’Allemagne, les grandes puissances ont précipitamment reconnu la Slovénie et la Croatie, puis la Bosnie (créant avec celle-ci une nation musulmane au cœur de l’Europe). Ironie de l’histoire : elles ont fragmenté l’Europe en une poussière de petits pays dépendants (et continuent à le faire avec le Monténégro et le Kosovo) au moment ou d’autres ont l’illusion de fabriquer un continent homogène. Et pour parachever leur œuvre de division destructrice, elles ont inventé les prétextes leur permettant de déclencher la première guerre européenne depuis la Seconde guerre mondiale en bombardant les infrastructures civiles d’un pays qui n’avait attaqué personne.
Riposte Laïque : La critique de l’impérialisme américain fait partie des fondements de B. I.. Quel est ton regard sur des courants qui, sur cette position, pactisent ouvertement avec les fascistes islamistes, comme on l’a vu lors des événements de Gaza, parce qu’ils partagent le même adversaire ? Ne crains-tu pas que cette vision n’amène certains autres courants à gravement sous-estimer l’offensive politico-religieuse des fondamentalistes religieux musulmans ?
Louis Dalmas : Le problème du Proche-Orient est un problème très complexe, où l’on mélange de façon incohérente politique et religion. La position de la majorité de la gauche est propalestinienne, alléguant qu’Israël est un bastion de l’empire US. C’est vrai, mais cette soudaine sollicitude de la gauche pour les victimes arabes du Satan occidental est assez hypocrite étant donné la faiblesse de son anti-impérialisme ailleurs (notamment dans le soutien des nouveaux régimes en Amérique du sud, comme ceux de Chavez ou Morales), son acceptation tacite de l’encerclement militaire américain de la Russie et sa complicité avec la dénonciation par la propagande de Washington des “oppressions” chinoises des Tibétains et des Ouïgours.
De plus, le culte des droits de l’homme est un peu douteux chez des gens qui ont approuvé le bombardement de la Serbie, qui ignorent les exactions racistes albanaises au Kosovo et qui ne s’opposent pas aux massacres de civils en Irak et en Afghanistan. Et il devient carrément dangereux quand il se transforme en idolâtrie des minorités, car cela amène à cimenter des communautés fermées où la religion s’identifie à un groupe ethnique en le séparant du reste de la société.
De toute façon, il faut juger différemment la religion et la politique. Pour moi, la religion islamique est inacceptable pour beaucoup de raisons (déterminisme absolu de la parole divine, rédemption par l’élimination des infidèles, rigueurs inadmissibles de la charia, statut de la femme, etc.) Elle doit être combattue – comme toutes les religions – non pas comme croyance individuelle (chacun doit être libre de choisir sa foi) mais dans la mesure où elle passe du spirituel au temporel en fusionnant la religion et l’Etat.
On doit pouvoir s’opposer à son prosélytisme envahissant au nom de la laïcité sans susciter l’accusation d’islamophobie. Comme on s’oppose au sionisme ou au judaïsme en tant que confession politisée. C’est sur cet autre plan, politique, que le gouvernement israélien est critiquable, comme tout gouvernement, et on doit pouvoir dénoncer ses erreurs ou ses crimes sans être taxé d’antisémitisme ou de négation de la shoah.
Cela dit, on ne peut que constater la répétition au Proche-Orient d’un processus bien connu : l’accumulation de mauvaises décisions met en route un engrenage d’incompréhension et de haine qui rend la solution de plus en plus difficile, et cet engrenage est bien entendu soigneusement huilé par les différentes religions qui veulent maintenir leur contrôle sur les populations. Ce qui fait qu’on n’est pas près de s’entendre.
Finalement, si je peux me permettre une comparaison en gros plan, j’ai l’impression que beaucoup de propalestiniens actuels ressemblent à pas mal d’anciens communistes prostaliniens : ils défendent publiquement une cause tout en étant secrètement bien contents de ne pas vivre sous le régime qu’établirait son application.…
Riposte Laïque : Tu as publié récemment un livre aux éditions Tatamis, préfacé par Roland Dumas, “le Crépuscule des élites”. Quel message veux-tu faire passer dans cet ouvrage ?
Louis Dalmas : L’idée principale est qu’un gouffre se creuse entre les dirigeants politiques, économiques ou culturels et leurs peuples. Les riches et les puissants vivent dans une planète à part qui n’a plus de commune mesure avec la notre. L’inégalité et l’injustice sociales ne cessent de croître et présagent des explosions futures qui risquent de faire de gros dégâts. Je viens aussi de terminer un autre livre, sous le titre “Le bal des aveugles”, qui traite un peu du même thème à la lumière de la crise actuelle, en y ajoutant des réflexions sur un élément qui manque au marxisme : une théorie des “grands hommes”. Comment apparaissent-ils ? Quel est leur rôle ? Comment infléchissent-ils l’Histoire ? Qu’est-ce qui fait qu’il y a eu des Churchill, des Tito, des Staline, des Hitler, des Mao, des de Gaulle, des Gandhi, qui ont tenu en mains le sort de millions d’hommes ? C’est un sujet qui a peu été abordé et qu’il est intéressant de méditer.
Riposte Laïque : Comment voit-on le 21e siècle, quand on a connu la lutte contre le nazisme, contre le stalinisme, et tous les événements du 20e siècle ?
Louis Dalmas : Un siècle de troubles et de violences, provoqué par l’aveuglement des “élites”, leur passion du profit et leur stratégie de domination par la force, l’hypocrisie et le mensonge.
Propos recueillis par Pierre Cassen
Un exemplaire du mensuel B. I. est envoyé gratuitement à toute personne qui en fait la demande par poste à CAP 8, BP 391, 75869 Paris Cedex 18 ou par mail à lodalmas@wanadoo.fr Le livre “Le crépuscule des élites” peut être commandé directement aux mêmes adresses pour un prix de 15 € (au lieu de 19,90 € en librairie) réservé aux amis de “Riposte laïque”.
06 septembre 2009
Ségolène Royal et le "moi non"
La leader socialiste tente un contournement des partis politiques par son association Désirs d'Avenir.
La leader socialiste tente d'orienter Désirs d'Avenir vers un statut d'ONG à caractère international.
Est-ce le début d'un nouveau positionnement pour quitter la "sphère
politique" en vue d'aller vers l'action civile puis lancer sa
présidentielle 2012 sur des bases nouvelles ?
On ne naît pas responsable politique. On le devient. Rapidement, un
mimétisme dégage ce qui est désormais perçu comme des " attributs " de
la classe politique par opposition aux traits dominants de ceux qui
n'appartiennent pas à cette " classe ".
Ces attributs touchent à l'apparence comme au contenu même de
l'expression. L'apparence paraît toujours guidée par une attitude
hautaine qui maintiendrait les intéressés au-dessus du commun. Le
costume cravate avec des couleurs sombres est ainsi devenu une sorte
d'uniforme trans-partis. Quant à l'expression, elle est fortement
matinée d'intellectualisme littéraire quelle que soit d'ailleurs la
formation initiale des intéressés.
Le plus étonnant, ce n'est pas tant l'existence de tels traits
dominants mais l'attractivité d'un code de conduite adopté de façon
caricaturale par ceux que pourtant leurs parcours initiaux avaient
éloignés de tels comportements.
Après l'entrée dans cette " classe politique " des femmes se
déféminisent, même d'anciens ouvriers communistes s'approprient les
critères du notable politique préalablement résumés.
Cette situation est aujourd'hui menacée par des signes annonciateurs d'éventuels changements profonds.
La "classe politique" est dévalorisée. La leader socialiste tente donc
une évolution de cursus donc d'ancrage. C'est une nouvelle tentative
audacieuse.
En 2007, elle a voulu construire son décalage par la méthode participative d'élaboration de ses propositions.
Pour 2012, elle semble esquisser son décalage entre ceux qui parlent et
ceux qui agissent. Comme la Région est un socle d'ancrage aux
territoires limités, Désirs d'Avenir deviendrait le "territoire global".
C'est surtout le lancement du "me no". Cette logique du "moi non"
annonce une campagne de décrochage par rapport aux usages politiques.
Elle se fonde sur un pari de rejet d'une classe politique incapable
d'avancer, de réformer, de faire. D'où la construction d'un parcours
entièrement différent.
C'est une initiative qui peut changer beaucoup la donne.
Source : EXPRIMEO
04 septembre 2009
Un grand parti démocrate de gauche.(JP Mignard)
Jean-Pierre Mignard, proche de Ségolène Royal, est interviewé ce 4 septembre 2009 par Stéphane Alliès dans Médiapart. Il appelle à la naissance d'un "grand parti démocrate de gauche" indispensable, selon lui, à "un renouveau démocratique"
Votre départ de la présidence de Désirs d'avenir marque-t-elle un retrait de la vie politique ou alors acceptez-vous la présidence du conseil scientifique de la nouvelle ONG souhaitée par Ségolène Royal?
Ce n'est pas du tout un retrait de la vie politique. J'entends lui consacrer toutes mes forces disponibles, car mon métier est d'être avocat, je reste membre du conseil national du PS, du courant Espoir à gauche et de Désirs d'avenir. Pour ce qui concerne l'animation d'un conseil scientifique que propose Ségolène Royal, c'est le futur. Il faudra attendre un changement de statuts, y voir plus clair et on verra à ce moment là.
Quel bilan tirez-vous de votre expérience à la tête de cette association?
D'abord une expérience humaine remarquable. Les militants ont parfois été injustement critiqués pour être des idéalistes, voire des idolâtres. Non, ce sont à 90% des militants et des cadres du parti socialiste qui avaient perçu toutes les limites de l'organisation politique actuelle. Le bilan, s'il est positif sur certains aspects (comme les universités populaires participatives, qui devraient être transférées dans toutes les fédérations du PS), connaît une limite: nous n'avons pas réussi à dépasser les frontières du PS. C'est un mouvement indépendant du parti mais qui est resté dans sa sphère.
Est-ce un parti dans le parti ?
C'est un pseudopode militant du PS, qui s'est retrouvé autour d'un certain nombre de principes et autour de la candidature de Ségolène Royal et de sa démarche en faveur de la démocratie participative. C'est le principal enseignement que j'en retire: la volonté de rompre avec la vie très hiérarchisée et lointaine du parti, comme de l'opacité des délibérations. Enfin, je garderai comme enseignement l'importance de la démocratie participative, qui est tout sauf une addition de spasmes et devrait être, d'une manière ou d'une autre, inscrite dans la constitution.
La limite de Désirs d'avenir n'est-elle pas de s'être finalement réduit à une écurie présidentielle, de 2007 au congrès de Reims, en attendant 2012?
C'est toute la difficulté de créer un mouvement politique aujourd'hui en France. La Ve République commande physiquement que toute idée s'incarne en un homme ou une femme. Sans doute que Désirs d'avenir est partagé entre le soutien à la candidature de Ségolène Royal et la volonté de porter des idées de transformation, que par ailleurs elle porte. C'est à la fois un avantage et une limite car le mouvement existe à travers sa leader mais on peut être d'accord avec les idées sans être d'accord avec la candidature de Ségolène Royal. J'ai connu exactement la même chose avec Michel Rocard, qui portait d'indéniables idées de transformation, mais qui étaient reliées à sa candidature.
La motion collective du congrès de Reims s'est aujourd'hui disloquée en une addition de candidatures à la présidentielle. Valls, Peillon, Royal... La logique présidentielle n'abîme-t-elle pas l'opposition?
Le courant Espoir à gauche est une déception en terme d'organisation. Aujourd'hui, tout le monde devrait se retrouver ensemble, puisque tout le monde pensait la même chose et a signé les mêmes textes. Ségolène Royal a toujours été par définition hostile à la constitution d'un courant organisé, c'est sa vision de la vie interne du parti depuis toujours. Pour autant, je crois que le nécessaire n'a pas été fait par les uns et par les autres pour permettre le maintien de liens qui auraient pu montrer que, justement, c'étaient les idées qui primaient sur les logiques de compétition de personnes. Espoir à gauche n'a pas réussi cela. Mais l'affaire n'est pas terminée. Je souhaite créer un espace de convergences avec tous ceux et celles qui se sont éloignés, et d'autres encore, pour que le PS puisse bénéficier d'un lieu hospitalier et dynamique qui puisse profiter au camp de la transformation.
Désormais, vous êtes sévère à l'égard du présidentialisme?
C'est un mal dont la gauche a payé le plus lourd tribut. La constitution de la Ve République est née dans des conditions extraordinaires, portée par un homme hors du commun, De Gaulle, qui heureusement était républicain et s'est donc comporté en pro-consul républicain. Ç'aurait pu être bien pire. Depuis, nous n'avons rien changé, et le leadership a continué à s'incarner dans des personnes, y compris François Mitterrand, qui aurait dû être l'artisan du changement. Mais la gauche ayant été harassée par la crise économique, il s'est replié dans ce que la fonction présidentielle avait de plus hiératique, et s'est concentré sur l'Europe.
Si on veut admettre avec Mendès France que la démocratie est un «état d'esprit», nous devons retrouver un nouvel état d'esprit limitant le présidentialisme, qui ne devrait être qu'un des piliers de la République, avec un parlement dont les députés seraient à terme sous mandat unique. J'exclus les sénateurs, qui doivent avoir un double mandat pour jouer leur rôle de représentation d'une chambre des régions.
Comment inventer un renouveau démocratique, entre un PS convalescent et des logiques présidentielles destructrices?
La gauche doit porter une nouvelle conception de la vie démocratique, davantage partagée, car la question institutionnelle gouverne la question sociale. Si nous l'admettons, la question des alliances est directement liée à la question démocratique. Si on ne rétablit pas un bon équilibre institutionnel, rien ne sera possible en matière de dialogue social. Aujourd'hui, la personnalisation du régime est le facteur premier du blocage social. Jérôme Monod, un homme de droite, expliquait récemment aux Echos [le 28 août dernier] que «l'économie n'intègre plus d'autres valeurs que la spéculation, le gain, l'accaparement. C'est la porte ouverte à la violence, la corruption, la mafia».
Si cela est vrai, ce que je crois, la question démocratique est capitale, la question ne se pose plus de savoir si François Bayrou connaît un, deux ou trois couplets de l'Internationale. La question devient: comment un camp républicain et démocratique s'organise, pour permettre de résoudre la question sociale? De l'extrême gauche, qui devra bien un jour mettre les mains dans le cambouis, jusqu'aux frontières du gaullisme, de ce gaullisme qui ne se soumet pas aux intérêts de la corbeille. Une Grande alliance où la présence du MoDem deviendrait anecdotique et qui dépasserait le leader qui l'incarnerait...
La préoccupation institutionnelle pourrait prévaloir sur les désaccords politiques et économiques?
On peut additionner tous les amendements que l'on veut avec nos alliés, on a tellement eu de programmes qui n'ont pas été respectés qu'aujourd'hui je pense en effet que le programme qui s'impose est celui de la méthode qui permet au pays de retrouver une dynamique démocratique. Un programme peut être ajusté, mais la création d'une coalition de toutes les forces qui refusent la domination de l'oligarchie et de la financiarisation permettra de sauvegarder les valeurs sociales et les entreprises.
Vous qui avez fait partie de la commission de réflexion du PS sur l'organisation de primaires, pensez-vous qu'une mise en concurrence pré-présidentielle peut résoudre le problème du présidentialisme?
Cette fois-ci, nous pourrions compter sur la frange la plus politisée de notre électorat, soit un noyau d'environ deux millions de personnes. Les primaires ont comme premier avantage d'assurer la probité du scrutin, ce qui est un grand progrès éthique. Car ce que nous acceptons en tant que militants, par une soumission que je ne connais que dans les recoins de l'église catholique, les sympathisants, les citoyens, ne l'accepteront pas. Je fais allusion à toutes les tricheries, dont celles du congrès de Reims, et qui ont dû être générales, dans chaque camp.
Ensuite, nous nous adressons à la frange la plus éclairée, donc la plus exigeante, de notre électorat, celle avec laquelle les mécanismes d'ultra-personnalisation joueront le moins, celle qui n'attend pas des postes ou des prébendes.
Il est aussi possible d'ouvrir ces primaires à l'ensemble de la gauche, comme l'évoque Daniel Cohn-Bendit. A terme, il faudra qu'un grand parti démocrate de gauche émerge en France car c'est le type de partis qui respectera le mieux les différentes sensibilités.
En Italie, le parti démocrate a fait disparaître la gauche devant Silvio Berlusconi...
Les Italiens sont à l'avant-garde de ce qui nous menace, en pensant que le simple fait d'organiser des primaires et de changer de nom suffira. Les méthodes sont bonnes mais elles ne peuvent se passer de contenu.
Les primaires ne détournent-elles pas le PS de l'urgence de s'opposer, face à l'offensive de Nicolas Sarkozy sur les services publics ou les libertés?
Je connais bien cet argument réactionnaire paternaliste, voulant que quiconque s'intéresse trop aux élections perd son temps. Dans les années 60, les patrons disaient: «A force de trop voter, on ne va plus travailler.» Quel mépris pour le peuple, qui ne voudrait qu'on ne s'occupe que de ses droits alimentaires et dont les droits politiques seraient secondaires.
En terme d'éthique, de nombreux courants de la gauche n'ont-ils pas failli en cédant à l'ouverture gouvernementale de Nicolas Sarkozy?
Je pense en effet qu'il y a eu des comportements plus ou moins dignes et éthiques, le plus digne étant Jean-Pierre Jouyet. Si nous ne résolvons pas la question des alliances, en terme programmatique, nous serons contraints au débauchage. Car quel que soit le candidat dans la Ve République, il l'emporte avec un million de voix d'avance et il est tout de suite frappé d'illégitimité relative par les 49% qui n'ont pas voté pour lui. Donc, il a besoin d'aller piocher chez les concurrents un défaut de légitimité morale, que ne pourront jamais lui accorder les 51% qui l'ont élu. Voilà pourquoi ce système n'est pas bon. Rappelons-nous Mitterrand en 1988, qui avait débauché de grands hommes de gauche comme Jean-Pierre Soisson...
Pour éviter cela, il faut une réelle puissance parlementaire, où peuvent être représentées à la proportionnelle toutes les formations politiques. On me dit: «Ah oui, mais ça c'est la IVe République !» Et oui! C'était un régime de qualité, qui a cédé par les menaces de coups d'Etat militaire. D'une certaine manière, on a demandé à des violoncellistes de jouer des morceaux de batterie-fanfares... Aujourd'hui, il faudrait assortir ce régime parlementaire d'instances participatives de mise en question des élus.
La démocratie participative suppose des procédures. Désirs d'avenir n'a-t-il pas cédé à une démocratie plébiscitaire, entretenant dans les faits la relation entre une personne et son public, en l'occurrence Ségolène Royal et ses sympathisants?
Ce peut être un danger. La démocratie participative est un outil qui doit venir compléter la démocratie représentative mais n'a pas fonction à créer un lien magique entre un leader et le peuple.
Pourquoi personne au PS, de Royal à Aubry, ne fait l'autocritique sur la gauche gouvernante, sur l'expérience des socialistes au pouvoir?
La critique peut être implicitement portée à travers les programmes. Mais cela est surtout directement lié à la façon de dégager des majorités politiques au PS. Comme tous les leaders ont peu ou prou participé à la vie gouvernementale, se livrer à un inventaire politique risquerait de froisser un tel ou compromettre les soutiens de telle fédération. Cela rend obligatoire la prise de parole de notre électorat politisé.
Comment avez-vous accueilli les annonces rénovatrices de Martine Aubry à La Rochelle?
J'ai envie d'y croire. Mais, en même temps, c'est ce que nous avions proposé à Reims, avec Gérard Collomb, Vincent Peillon et Ségolène Royal. Pourquoi alors ne pas avoir saisi la main que nous tendions. Pour entraver Ségolène Royal, on a entravé la rénovation. Et si Martine Aubry se retrouve en position d'être investie, il pourrait lui arriver pareille mésaventure. Voilà les ravages du présidentialisme! Voilà pourquoi je pense que le (ou la) premier secrétaire ne devrait pas être candidat à la présidentielle, comme Howard Dean aux Etats-Unis, qui a joué un rôle considérable dans l'élection de Barack Obama.
Source: Stéphane Alliès sur Le Post
Alliance du PCF au MoDem: Ce qu'en ont dit les dirigeants de gauche
AFP
Voici
les principales prises de position politique après la main tendue à la
gauche par Marielle de Sarnez, vice-présidente du MoDem, parti qui
réunit ses universités de rentrée à partir de vendredi à La Grande
Motte :
-
Martine Aubry (PS) : "Si des démocrates
et humanistes souhaitent nous rejoindre, cela doit être fait dans la
clarté, nous sommes ouverts, mais c'est à François Bayrou d'apporter la
clarté, si c'est sa conviction. La question lui est posée (...)
l'antisarkozysme ne fait pas un projet politique".
-
Vincent Peillon (PS) : Les dirigeants
du MoDem "sont contre Nicolas Sarkozy, ils ont voté la censure et
aujourd'hui ils nous disent: +nous vous tendons la main pour construire
un projet sur le fond+" (...) On refuserait de parler avec des gens
qui, sur le fond, ont les mêmes idées que nous? (...) Pourquoi ne pas
vouloir parler au MoDem et se gargariser d'alliances avec le PC ou les
Verts" alors qu'"il n'y a pas d'alliance" avec eux ?
-
Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie) :
Europe-Ecologie doit être une "force qui fera changer la gauche et qui
saura défier la droite", y compris avec le MoDem.
-
Dominique Voynet (Les Verts) : il n'est
"pas tabou de discuter avec le MoDem" mais "la question n'est pas tant
de conclure des accords d'appareils que d'envoyer de bon signaux
d'ouverture aux électeurs".
-
Cécile Duflot
(Les Verts) : "il est hors de question d'effectuer un changement d'alliance et d'échanger le PCF contre le MoDem".
-
Jean-Luc Mélenchon
(PG) : "Bayrou n'a jamais dit, ni pensé, ni écrit qu'il soutiendrait la
gauche. (...) Ce genre de coalition s'est toujours terminé par un
désastre pour la gauche, et l'exemple le plus désastreux est celui de
l'Italie, où, après des primaires et des alliances, il n'y a plus un
seul élu de gauche au parlement".
-
Marie-George Buffet (PCF) : "A cette
alliance 'du PCF au MoDem', vous pouvez barrer 'PCF' (...) les
communistes ne prendront pas ce chemin de la défaite pour la gauche.
L'idée peut apparaître séduisante. Si, on fait bêtement l'addition des
pourcentages, on peut croire que cela fait une majorité" mais "sur quel
projet, quelle politique" les électeurs "pourraient se mobiliser"?.
Source: LE POINT
02 septembre 2009
Compte rendu par RVA de la réunion du pole ecolo du PS à St Cié
Des écolos moins cons que Duflot avec le pôle écolo du PS
31 août 2009 10:00
Avant de me rendre à La Rochelle pour l' université d'été du PS de 2009 (#ueps09 ou #ueps, #eups09),
j'ai fait un détour par Saint Cié, 150 militants du pôle écologique du
PS se sont réunis. Logique vu mes hôtes et surtout pratique pour avoir
quelques infos sur d'autres sujets annoncés par Titine dans les heures
suivantes. J'ai donc fait un détour vers la Gironde, ou on
voit des noms qui donnent soif. D'ailleurs notre réalisateur vidéo
n'était pas loin, mais c'est une autre histoire. J'ai donc livetwitté (ouah c'est moderne non ?) depuis la salle de fêtes où se tenait l'atelier d'été
On ne le voit pas sur la photo, mais c'est avec un public assez jeune (quelques
choupinous souriants, mal rasés ou propres sur eux ) et assez blanc.
Tout ça dans la salle des fêtes de la commune de Saint Cié, le député
PS du crû organisant le truc avec son épouse qui est Maire du lieu. Par
contre au niveau de sandwiches c'était la misère 2 euros pour 1/6e de
baguette avec contenu ténu et light, comment dire...
Voilà donc ce que j'ai noté, ça manque de détails, et certains trucs appellent à des recherches complémentaires.
Yannick Jadot, Le député Europe Ecologie présent veut faire discuter la gauche protestataire avec les "démocrates":
Je trouve cela courageux, et semble-t-il vous allez le voir, c'est
moins impossible que ça en a l'air. Il suffit parfois en effet de
réunir les gens et de les faire discuter sur des sujets précis, puis de
relier les réponses et de constater des proximités. Une fois ceci fait,
on recommence sur d'autres sujet: ça s'appelle débattre sans œillères
entre gens poli et admettre aux autres et à soi même le droit à
l'erreur ce qui est tout le contraire des procès de Moscou et autres
trucs hérité du maoïsme. Je donne là une méthode et ne dresse pas un
constat.
Yannick Jadot propose la double appartenance Europe ecologie et PS pour les militants. Il ne sait pas que c'est un motif d'exclusion d'après les statuts du PS. Seul l'appartenance à une association ou un syndicat est tolérée (ou rendu obligatoire). Il faudra donc réformer les statuts du PS ( ce qui nécessite d'un point de vue règlementaire un congrès extraordinaire rappelons le). Cette proposition est voisine de celle de Daniel Cohn-Bendit à Marseille lors des ateliers d'été de EAG.
Il propose aussi de faire en sorte que les députes PS et écolo co-signent des trucs plutôt que s'abstenir ou de bosser dans leur coin.
Il rappelle que le ps n'a pas voulu soutenir leur projet de loi de
transformation écologique... 4 jours avant les élections européennes.
Ni même d'en discuter ou de proposer des modifications: C'est ça que
j'appelle le PS en mode bunker. Ici le responsable est le chef de députés PS, un certain Ayrault. J'invite donc mes amis
socialistes qui ne comprennent pas les sorties de certains écolos
contre Ayrault de se poser la question du pourquoi et du comment des
remarques le concernant. Les écologistes ont un message à prendre en
compte et ne sont pas aussi sectaires que certains socialistes, c'est
une évidence.
Le pôle écologique du PS a illico proposé de travailler avec les députés verts dans un intergroupe parlementaire:
Sur des projets ou des interpellations du gouvernement: Que va dire
Ayrault? va-t-il manger son chapeau ? ou alors envoyer de lettres aux
députés ? Il serait vraiment temps que ce genre de pratiques d'un autre
âge cessent. S'ils veulent construire une maison commune, il faut commencer par manger ensemble et travailler ensemble. Sinon ça risque de foirer rapidement. Qu'on ne s'étonne pas alors que Titine se voit renvoyée chez elle par certains destinataires de missives.
Gaby Cohn-Bendit était là à la place du frère. Il est moins "foufou"
que le jeunot. Mais comme lui, il est partisan de primaires ouvertes
s'adressant au ps et aux divers écolos. il propose aussi de discuter
avec les modems progressivement. Et même pour soutenir
Ségolène Royal comme présidente de région même si les verts y sont en
tête lors des régionales (mais n'a pas le même avis pour l'ile de
France). Faudra expliquer ça à Bruno-Roger-Petit "cet excellent journaliste"
qui n'est pas toujours informé mais a un avis sur tout, et aux autres
journalistes adeptes de postures idiotes et réductrices. Et aussi
expliquer au fan club de BRP , aussi doté en cellule grise qu'un
bigorneau que des vidéos de tout ça vont être disponibles
Aurélie Filippetti dit "vouloir discuter du modèle de société avec les démocrates" le deputé Pcf présent fait alors oui de la tête, ce qui veut dire que mettre certains éléments du PCF
Front de gauche dans un truc arc en ciel, ça me semble possible. Et on
rappèlera que discuter et débattre ne veut pas dire être d'accord sur
tout. La vie est une question de compromis, et de
conviction. Seuls ceux qui sont engoncés dans leur évidences et
incapables de convaincre les autres refusent les débats
contradictoires. Aurélie Filippetti pour un rassemblement social
écologique et démocratique de gens de gauche "sans papiers"
donc non encartés ! La formule est jolie et applaudie par la salle.
Mais elle est imprécise, il faudra bien organiser ce rassemblement et
formaliser les choses...
Nono @montebourg parle du pôle écologique du PS comme un élément de la rénovation du PS. Et se présente comme un"cheval de Troie"
chez Aubry. l'image est audacieuse et aussi lourde de sens que la
comparaison avec la RDA toujours intacte 24 heures avant la chute du
mur de Berlin. il explique que la question écologique peut servir à la
reprise en main idéologique apres les compromissions de la
sociale-démocratie: le marché n'est pas écolo-friendly et contribue à la destructions des ressources avec ses fantasmes de croissance infinie.
Nono rappellera aussi qu'il existe déja des clauses de sauvegarde environnementale dans les traites OMC mais que le Ps n'en parle pas! Pffffff des baffes!!! Tout ça doit être fait pour ne pas gêner les "socialistes" de l'OMC ou du FMI. Il sera ensuite très drôle et très efficace sur la genèse du projet socialiste de 2007 : Défendu par un "candidat du projet" qui le savait vide et qui se fera lessiver par les militants... Mais projet "insipide"
qui devait être défendu par les tripes par Ségolène Royal, et ensuite
attaquée par les amis du candidat du projet... adepte du plan B comme Bronzage. Ca c'est de moi, Nono n'est pas allé aussi loin quand même.
André Chassaigne, député PCF
(du Puy de Dôme) explique qu'ils ont envoyé une lettre à Titine le 15
juillet: Buffet expliquait que le FdG était près a discuter de manière transparente
avec toute la gauche et sans exclusive: Dommage pour les sectaires et
certains cons. Mais pourquoi nous militants socialistes n'avons pas été
mis au courant de cette histoire ?
En conclusion : Gaby
Cohn-Bendit expliquera qu'ils n'ont pas d'alternative: Ils n'auraient
pas pu le dire plus tôt non ? Et c'est toujours drôle de voir ou
d'entendre des conclusions parlant d'actions alors qu'il ne s'agissait
que de discussions. De ce point de vue là, le pôle écologique fait
comme les grands du PS: la confusion des mots...
Et sinon ça serait bien que les vidéos de cette réunion soient rapidement en ligne là
ou encore sur le site du Pole Écologique du PS
. Vous vous demandez pourquoi on n'a pas fait de liveblogging depuis la Rochelle ? Tout simplement par ce que la bas le WIFI était out of order,
la 3G orange dans les choux, et les connexions filaire surveillées par
des journalistes qui grognaient dès qu'on s'approchaient de leur trucs.
Le PS a vraiment du mal avec les TIC: c'était aussi en vrac l'an passée
et dans le même mode "bordélique" à Reims.
A noter que ce billet porte le numéro 1788 dans la base de données du blog, je vais donc faire très attention au contenu du prochain billet. Ça tombe bien, il parle de révolution insidieuse lancée un vendredi après midi à la Rochelle.
Mon commentaire: Bravo à RVA pour cette analyse, fine et truffée d'humour (et merci pour m'autoriser à le reproduire: il ne m'en voudra pas si je ne lui ai pas demandé la permission avant de le faire ;-)
François Rebsamen : Rassembler pour gagner en 2012
31/08/2009 -

Les élections passent, le score de la gauche au premier tour de l’élection présidentielle demeure bloqué à 36%, quels que soient les propositions, les projets et les candidats. La constitution d’un socle majoritaire, puissant et durable pour transformer durablement notre société, pour répondre aux grands défis de notre pays est indispensable.
Qu’est ce qui est en jeu ?
Permettre à la France de retrouver les voies d’une démocratie apaisée qui rompe avec les pratiques brutales d’un pouvoir toujours plus personnel. Ce sont nos libertés qui sont menacées, nos règles démocratiques les plus essentielles, les politiques de solidarité qui sont mises à mal.
Cela suppose d’analyser ce qui nous rassemble pour dépasser ce qui nous sépare.
Du PCF au Modem, nos parcours sont différents. Notre attachement à promouvoir nos idées nous a conduits aussi à nous opposer. Notre histoire politique récente révèle nos confrontations, même si celles-ci ont été toujours empreintes de respect des règles républicaines.
Mais notre histoire révèle tout autant les nombreuses et régulières réunions et accords que nous avons construits pour gérer la France et conduire les destinées des dossiers les plus sensibles tant à l’échelle nationale qu’européenne. Que ce soient la constitution de l’union de la gauche, de la participation des membres éminents de formations politiques du centre aux gouvernements de la France Unie, ou la création de la gauche plurielle, notre histoire est faite de ces moments forts de rassemblement.
Il n’y a pas de hasard à cela, ce ne sont pas des accidents de parcours, mais bien le fruit d’une réflexion qui nait d’une volonté : pas de victoire sans rassemblement, pas de transformation sans rassemblement.
Cette volonté est consubstantielle de la démarche des socialistes et a toujours porté notre parti à construire les fondations de ces unions.
Qu’est ce qui réunit aujourd’hui les forces qui peuvent participer à ce rassemblement.
Nous sommes tous des démocrates, tous attachés à rétablir la République dans tous ses droits, à vouloir faire revivre la démocratie contre le pouvoir personnel, et de surcroît nous sommes tous des européens convaincus.
Nous sommes, enfin, tous décidés à construire une société plus juste, plus solidaire et plus écologique.
Nous connaissons les blocages de la société française : retour du chômage de masse, inégalités sociales croissantes, endettement public insupportable, politique fiscale discriminatoire, dérive oligarchique du régime et mise en cause du pluralisme dans les médias ou la justice.
La situation de la France crée l’urgence et nous appelle à prendre toute notre responsabilité, non seulement pour les socialistes mais aussi pour tous les démocrates.
Nous avons beaucoup à faire ensemble, et je voudrais dire que ce n’est pas la concurrence à gauche qu’il convient d’organiser, mais les conditions de notre rassemblement qu’il convient de mettre en œuvre.
J’entends s’exprimer la crainte que ne soit diluée l’identité du parti socialiste dans ce vaste rassemblement. C’est une étonnante réponse à l’accusation de nos partenaires de notre tendance hégémonique.
A cette crainte, l’organisation des primaires est une réponse plus équilibrée, plus conforme à notre culture. Précédée de l’indispensable travail de convergence politique pour construire un projet partagé pour la France, elle est la première des réponses. Plus vaste sera le nombre de citoyens consultés, plus fort sera le mouvement de l’alternance.
La deuxième consiste à rappeler que nous avons mis en place avec succès des accords et des alliances avec nos partenaires, du parti communiste au Modem dans de très nombreuses collectivités. En souffrons-nous ? Avons nous été contraints de les porter ?
Pourquoi dès lors vouloir ne pas les mettre en œuvre au niveau national ?
La troisième des réponses, pour aller au bout du processus est d’exiger l’application du scrutin à la proportionnelle pour construire la France démocratique vivante que nous appelons de nos vœux, pour limiter les pouvoirs du Président de la République, pour redonner sens au Parlement.
Je pense que nos collectivités territoriales sont nos meilleurs laboratoires politiques et que c’est en leur sein que nous y avons souvent exploité le meilleur de nos projets. Ne tergiversons pas, nous ne pouvons pas demeurer dans cette molle hypocrisie, de vouloir faire croire à nos militants que ce nous assumons dans nos communes et dans nos régions ne sauraient trouver force et vigueur dans notre pays.
Nous ne pouvons pas croire que le conservatisme et le repli sur soi peuvent nous protéger, nous nous renforcerons dans le mouvement, dans l’alliance progressiste socialiste, écologiste et démocrate.
J’appelle donc à un nouveau pacte historique, celui dont la France a besoin. Un compromis qui commande que l’on s’accorde sur l’essentiel à ce moment précis de notre histoire et sur des objectifs partagés..
J’appelle à ce contrat politique entre forces politiques diverses pour rassembler la gauche, toute la gauche, qu’ils appartiennent aux familles socialiste, radicale et communiste, rassembler les écologistes et rassembler aussi les forces politiques qui se réclament d’une même conception de la démocratie et de la République, telle le Modem.
C’est ce que nous avons commencé de faire à Marseille.
26 août 2009
Daniel Cohn-Bendit et le coup de poker
daniel cohn-bendit
Publié le 26 Août 2009
Le leader
écologiste place la barre à une hauteur telle pour les régionales 2010
qu'il s'agit d'un véritable coup de poker pour sa sensibilité.
C'est
un choix risqué, car le scrutin européen compte beaucoup d'embellies
sans lendemain. MM de Villiers, Pasqua notamment n'ont jamais retrouvé
des scores à hauteur des perspectives ouvertes par un scrutin européen.
Il est aujourd'hui question du tassement du PS, hier le RPR a connu des
tassements sans suite lors d'un scrutin classique. Par conséquent,
tirer une leçon politique globale d'un scrutin européen est un choix
contestable techniquement.
Ce choix est très incertain à terme. A court terme, il peut priver le
PS du seuil du premier tour qui ouvre la dynamique de la victoire. Il
complique la composition des listes avec le Modem (faut-il qu'à son
tour le Modem se compte au 1er tour ?). Et si une "écologie modérée"
voyait le jour pour le 1er tour des Régionales privant "Europe
Ecologie" de 3 à 4 points décisifs pour ouvrir la négociation en
position de force ? C'est un vrai coup de poker qui est engagé par les
Verts.
Au sujet des éléctions régionales, Exprimeo publie un guide technique composé notamment de nombreuses enquêtes d'opinion :
Open publication - Free publishing - More elections.
Primaires : ça bouge toujours à gauche !
La Fondation Terra Nova, proche du PS, va
lancer
demain une pétition
en faveur d'une "primaire populaire à gauche", pour désigner le
candidat de 2012, avec le soutien de 100 personnalités politiques et
de la société civile, qui en sont les premières signataires.
"Nous appelons à une primaire populaire, ouverte au vote des
sympathisants, afin que les citoyens de gauche et de progrès puissent
choisir leur candidat à l'élection présidentielle"
indique l'appel qui sera lancé demain en une de Libération.
"L'appel bénéficiera d'un site dédié (primaire2012.
"a pour objectif de recueillir 100.000 signataires"
Olivier Ferrand, président de Terra Nova.
Parmi les premiers signataires politiques figurent de nombreux
socialistes, notamment Bertrand Delanoë, Jean-Noël Guérini,
Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Gérard Collomb,
Michel Rocard, Manuel Valls, Jack Lang, Najat Belkacem, Delphine Batho,
Aurélie Filippetti, ainsi que des personnalités d'autres partis:
Jean Peyrelevade (Modem), Jean-Michel Baylet (président du PRG),
Christiane Taubira (PRG), Noël Mamère (Verts).
De nombreux intellectuels et artistes ont aussi apporté leur soutien
Patrice Chéreau, Pierre Bergé, Philippe Aghion, Gabriel
Cohn-Bendit, Thomas Piketty, Roland Cayrol,
Olivier Duhamel, Olivier Roy.
"La primaire est d'abord un élément de la refondation de la
gauche", "c'est pourquoi nous, citoyens de gauche, demandons au parti
socialiste, ainsi qu'aux autres partis progressistes, d'adopter un
système de primaire populaire pour désigner notre candidat à la
présidentielle"
l'université d'été du PS
à La Rochelle qui doit aborder le sujet.
Les modalités de cette primaire "sont encore à discuter", souligne
l'appel. "Naturellement, le périmètre politique de la primaire ne
pourra être arrêté qu'à l'issue d'un travail préalable
sur le fond" mais "le principe doit être arrêté dès
maintenant, sereinement, et non dans l'urgence pré-électorale"
Pour signer la pétition vous pouvez vous rendre sur le site suivant
http://www.primaire
Pascal-Eric Lalmy
secrétaire national du PRG
10 août 2009
Au fait, c'est quoi, la gauche?
Copié-collé.
Source MEDIAPART . Analyse d'Edwy Plenel
Une juste colère sociale
Au fait, c'est quoi la gauche? Sur Mediapart, c'est le feuilleton de l'été, impulsé par les lecteurs eux-mêmes, en réaction à l'appel au suicide collectif lancé par Bernard-Henri Lévy. Ici et là, des intellectuels critiques s'étonnent que la gauche de gouvernement ne cherche guère à connaître leurs réponses à cette question, ne se souvenant de leur existence qu'au moment des périls électoraux. Ailleurs, sous l'impulsion d'un historien résolument jaurèsien, Vincent Duclert, divers abonnés débattent, hors-les-murs de la vieille maison endormie sise rue de Solférino à Paris, de ce qu'est, de ce que devrait être, de ce que pourrait être et de ce que sera peut-être le socialisme. Or, en écho à ces débats participatifs, voici que la réalité, ces derniers jours, apporte sa propre réponse à la question posée. Une réponse en deux temps, le milliard des traders de BNP Paribas face au désespoir des salariés de Molex, et qui tient en deux mots: la question sociale.
D'un côté, une banque, BNP Paribas, qui, sans gêne aucune, augmente ses provisions d'un milliard d'euros pour mieux récompenser, fin 2009, ses traders, ces employés dont la spéculation est le métier. Dans la foulée, on apprend que l'Autorité des marchés financiers soupçonne deux dirigeants de la Société générale d'avoir bénéficié d'informations privilégiées pour réaliser des gains stupéfiants. Comme l'a expliqué Martine Orange sur Mediapart, cette arrogance, alors même que le coût social de la crise économique provoquée par les errements d'une finance déréglementée ne cesse de s'alourdir, est une attitude largement partagée au sommet du monde bancaire, parmi cette nouvelle aristocratie financière issue du dévoiement du service de l'Etat – comme nombre de leurs pairs, Baudoin Prot et Frédéric Oudéa, les dirigeants de BNP Paribas et de la Société générale sont d'anciens inspecteurs des finances, formés à l'ENA. Mais l'indignation morale est ici de peu de secours. Car ces messieurs servent, avec autant d'avidité que d'opiniâtreté, leurs intérêts, ceux d'une classe sociale, ceux du monde qu'ils enrichissent et qui les a enrichis.
Au jour le jour, la crise que nous traversons, historique à en croire l'ample littérature qu'elle suscite déjà, ne cesse ainsi de donner raison à Karl Marx: fondé sur l'accumulation sans freins et, pour cette raison même, porté à exploiter le travail de l'homme et à détruire les richesses de la nature, le Capital est égoïste par essence. Quand, d'aventure, il lui arrive de céder à la générosité ou au partage, ce n'est que sur la base d'un rapport de forces défavorable, sous la contrainte et dans l'obligation. Ceux qui, pour l'heure, nous gouvernent le savent pertinemment. Et s'ils se sont bien gardés d'accompagner leurs aides faramineuses au secteur bancaire de la moindre disposition contraignante – après tout, la gamme est large, de la représentation de l'Etat dans les conseils d'administration jusqu'à la nationalisation de tout ou partie du crédit –, c'est simplement qu'ils servent les mêmes intérêts sociaux. Leurs cris d'orfraie d'aujourd'hui ne sont que larmes de crocodile: loin de pleurer leur propre imprévoyance, ils se contentent de dissimuler leur consentement à cette hypocrisie.
Pour les uns comme pour les autres, politiciens démagogiques ou financiers affairistes, la crise actuelle, tout à la fois économique, financière et écologique, ne saurait être systémique, sauf à penser non seulement contre eux-mêmes mais contre le capitalisme en tant que tel. Aussi feront-ils tout ce qui est en leur possible pour qu'elle ne soit qu'un moment darwinien d'adaptation où l'essentiel est de survivre selon les vieilles recettes de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des pertes. Tout en profitant de tous les avantages et protections d'un modèle français qu'ils entendaient démolir systématiquement hier et dont les mécanismes de redistribution limitent aujourd'hui les dégâts, ils n'auront de cesse non seulement de se refaire, mais de retrouver des marges, en utilisant la crise comme levier d'action face à un monde du travail sur la défensive.
L'histoire n'étant jamais écrite, il n'est pas exclu qu'ils y arrivent, et c'est ce qui se joue sur l'autre front, celui qu'ont occupé la semaine passée les Molex en colère. Le drame qui a pour théâtre le site de Villemur-sur-Tarn est exemplaire des ravages d'un capitalisme saisi par la finance, destructeur de richesses collectives par obsession de fortunes privées. Il ne s'agit pas en effet de l'une de ces activités condamnées par l'actuelle révolution industrielle. Tout au contraire, comme il s'en vante sur son site, le groupe américain Molex, fondé en 1938, est devenu un dynamique constructeur de composants électroniques qu'il vend avec profit, en tant qu'équipementier, aux industries de la chaîne numérique, de l'automobile aux télécommunications, en passant par l'aéronautique, le médical ou le militaire, etc.
Quand, fin 2008, le groupe annonce son intention de fermer son usine de Haute-Garonne et de licencier ses 283 salariés, le comité d'entreprise est donc légitimement fondé à contester cette décision. De fait, le cabinet d'expertise désigné jugera l'entreprise économiquement viable et, de surcroît, estimera qu'elle est une des plus rentables de la division automobile de Molex. La suite est connue: entêtement de la direction américaine, demi-tour d'un mystérieux repreneur, opacité totale des négociations, séquestration brève de cadres dirigeants, incident virulent ou violent, selon les versions, avec un dirigeant du groupe, fermeture brutale de l'usine... Comment ne pas comprendre la colère des salariés concernés, qui mêlent ouvriers, employés, techniciens? Comment ne pas admettre qu'ils soient révoltés d'être tenus pour une simple variable d'ajustement? Comment ne pas leur reconnaître le droit d'opposer leur résistance à la violence qui leur est faite?
Ainsi que l'a rappelé Mathieu Magnaudeix dans l'une des chroniques "éco" de Mediapart diffusées par Orange, les récents conflits sociaux médiatisés pour leurs événements exceptionnels – séquestrations, bousculades ou dégradations – ne résument certes pas tout le climat social. Pour quelques Continental, New Fabris, Nortel, Sony, Caterpillar, Derichebourg, 3M ou Molex, qui se mobilisent et, parfois, obtiennent satisfaction, combien de milliers de salariés quittent le travail sans rien dire, avec le minimum légal, soit quatre mois de salaire pour vingt ans d'ancienneté, victimes silencieuses d'un été social meurtrier? Mais, pour autant, ces justes colères ne sont pas marginales, ni dans leur composition – ouvriers, employés, professions intermédiaires: toutes les couches du salariat y sont représentées –, ni dans leur animation – elles s'expriment au cœur du syndicalisme représentatif –, ni dans leur exposition – l'opinion est encline à les comprendre, voire à les soutenir.
Car, face à L'horreur économique mise à nu dès 1996 par Viviane Forrester, ces salariés mettent en pratique l'un de nos « droits naturels et imprescriptibles » reconnu, dès son article 2, par la Déclaration des droits de l'homme de 1789: le droit de « résistance à l'oppression ». Oui, l'oppression, ici entendue comme une réalité qui ne serait pas discutable, pas contestable, pas réversible: une réalité qu'il faudrait subir parce qu'allant de soi, alors même qu'elle met en péril équilibres et solidarités, égalités, libertés et fraternités. Pour le monde du travail qui en subit le joug, la prétendue loi du marché est du même ordre que la monarchie de droit divin: une puissance extérieure et arbitraire, sur laquelle il n'a aucune emprise et encore moins droit au chapitre. Et la vertu des temps de crise, quand la prospérité ne fait plus écran, c'est de dévoiler combien la violence, symbolique ou matérielle, est au principe de cette domination. Une violence de possédants inquiets, d'autant plus barricadés et repliés qu'ils savent combien leurs avantages ou privilèges sont plus intolérables aujourd'hui qu'hier
Le paradoxe, et nous en venons ainsi à la gauche, à son identité et à son avenir, c'est qu'en cette trêve aoûtienne, seul le pouvoir sarkozyste semble prendre la mesure de cette alarme pour essayer de la conjurer, prise de conscience dont a témoigné le zèle du nouveau ministre de l'industrie, Christian Estrosi. Le plus souvent, la gauche, en ses formations parlementaires et en ses directions autorisées, est absente, modérée ou silencieuse, en retrait. Elle paraît déléguer la question sociale, telle qu'elle est vécue dans les entreprises, aux organisations syndicales, comme s'il ne s'agissait pas aussi d'une question politique où se joue sa raison d'être et son enracinement électoral. Ainsi, sur le site officiel du Parti socialiste, lequel parti, avec plus de 23 millions d'euros d'aides publiques annuelles, a tout de même les moyens matériels d'exister pendant l'été, il n'y avait, dimanche 9 août encore, aucune information actualisée sur la situation sociale, tandis qu'était toujours indisponible le programme de la prochaine Université d'été à La Rochelle, pourtant ouverte en théorie aux militants.
Des lecteurs bien intentionnés ne manqueront pas d'objecter, en citant l'attitude de tel élu, les déclarations de telle personnalité. Mais il s'agit là de réactions individuelles. Or, par le prisme de son parti électoralement dominant, c'est de la gauche comme dynamique collective, et non pas comme addition de personnalités, que l'on se préoccupe ici: de la gauche comme pôle d'attraction, potentiellement rayonnant et rassembleur, plutôt que comme aire de compétition, repoussante à raison de ses divisions et de sa cacophonie. Or les explications conjoncturelles sont impuissantes à rendre compte de sa paralysie et de son atonie alors même que la crise, ses urgences et ses misères, la réclame. Les causes sont plus structurelles, plus essentielles, plus anciennes. Aussi, après d'autres, voudrais-je soutenir l'hypothèse suivante: si cette gauche-là nous semble muette, entravée et divisée, c'est qu'elle a tout simplement oublié, égaré, voire perdu, ce qui la justifie et la légitime: la défense des intérêts sociaux du monde du travail. Autrement dit des intérêts du groupe social majoritaire dans ce pays.
En 2007 – dernière année disponible à l'Insee et ces chiffres sont à peu près stables depuis 2003 –, la proportion des actifs occupés parmi l'ensemble de la population au-dessus de 15 ans comptait: 22,8% d'ouvriers, 29,8% d'employés et 23,6% de professions intermédiaires (catégorie qui rassemble techniciens, instituteurs, certains métiers de la santé ou du travail social, etc.). Soit, au total, 76,2% des actifs occupés. De plus, en 2007 toujours, un salarié sur cinq, soit 5,5 millions de personnes, était un ouvrier ou un employé non qualifié, victime désignée des contrats courts, du temps partiel ou du chômage. La réalité sociale, profonde, massive, de la société française est celle-là, à mille lieues des stock-options. Concrètement, ainsi que le rappelle avec constance l'Observatoire des inégalités, cela signifie par exemple que le salaire maximal de la moitié des salariés à temps complet du secteur privé est de seulement 1 555 euros, tandis que celui de la moitié des fonctionnaires ne dépasse pas 1 923 euros. A l'inverse, les 10% les plus riches de la population possèdent, à eux seuls, 46% de la fortune nationale.
Défendre les moins fortunés, les moins protégés, les moins armés, les plus exposés, les plus fragiles: il n'y a pas d'autre levier d'action pour la gauche politique. Pas d'autre boussole. Pas d'autre repère. Pas d'autre fil à plomb. Si, du moins, l'on veut bien ne pas se payer de mots et admettre que la politique, c'est la construction d'un rapport de forces, d'une dynamique de rassemblement, bref d'une forme d'hégémonie pour reprendre la formulation d'Antonio Gramsci, dont la droite actuellement aux affaires s'est révélée jusqu'ici bon élève. Car, en face, il y a, sans faux-semblants, une classe sociale minoritaire qui assume parfaitement ses visées hégémoniques. Comme le démontrent à satiété les enquêtes de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, nos sociologues de la bourgeoisie, elle sait méticuleusement défendre ses intérêts, se rassembler et s'entraider, choisir par avance ses représentants politiques, les financer, les soutenir et les conseiller, en changer sans états d'âme si nécessaire, séduire, recruter et adouber des alliés dans d'autres milieux, etc.
Que serait une gauche sans la question sociale?
Tandis que le mythe messianique d'un prolétariat prophète s'effondrait sous nos yeux avec l'imposture du socialisme réel, notre classe dominante ne renonçait aucunement à mener sourdement cette lutte de classes dont la gauche officielle désertait non seulement l'exercice mais le principe même. Quand, avec sa prétention habituelle, Alain Minc se présente comme « le dernier marxiste français », il ne dit pas autre chose, se souvenant des classiques de son enfance en milieu communiste, autrement dit le fameux Manifeste de Marx et Engels en 1848: « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, c'est l'histoire de la lutte des classes ». Mais, transfuge assumé, entre agent recruteur et tête chercheuse, il met cette lucidité au service du camp adverse, avec non seulement un immense zèle de converti, mais aussi le même aveuglement qu'en d'autres temps ou d'autres lieux, il aurait mis à défendre l'URSS de Staline, identifiée à la cause internationale des prolétaires.
Nous voici au cœur de la difficulté: tandis que la droite y retrouvait une assurance idéologique perdue depuis 1945, l'effondrement de l'imposture soviétique a durablement ébranlé la croyance de la gauche dans la pertinence du social, comme principe d'intelligibilité du monde et comme levier d'action politique. Et, de fait, la question sociale est un prisme réducteur si l'on croit pouvoir en faire l'alpha et oméga d'une politique progressiste. Elle n'épuise évidemment pas la question démocratique, celle des droits et des libertés, puisqu'elle fut aussi l'alibi de politiques autoritaires ou totalitaires. Elle épuise encore moins la question environnementale dont, au nom d'un progrès industriel destructeur, elle s'est révélée et se révèle encore, en Chine par exemple, l'adversaire déterminé. Pas plus qu'elle n'épuise les questions internationales, ayant servi d'alibi, ou servant encore, à des politiques d'Etat nationalistes et chauvines, voire à des pratiques partisanes xénophobes envers des travailleurs d'origine étrangère ou, dans le cas français, issus de notre empire colonial.
Autrement dit, il ne suffit pas de s'acharner à défendre les intérêts des salariés, ouvriers et employés, pour être porteur d'un programme crédible qui associe exigence sociale, ambition démocratique, urgence écologique et solidarité internationale. Mais si la condition n'est pas suffisante, elle reste absolument nécessaire, à la manière d'un préalable, d'un point d'ancrage ou d'un point de départ. Sinon, qu'est-ce que la gauche? Des valeurs, entend-on dire le plus souvent. Autant dire une gauche introuvable, et qui plus est arrogante et prétentieuse. En quoi, la gauche, dans son expression politique, serait-elle par nature propriétaire de valeurs, autrement dit de principes transcendants les clivages, par exemple humanistes, démocratiques, internationalistes? En quoi, alors que son histoire avérée témoigne qu'il lui est fréquemment arrivé de les malmener ou de les renier, au grand dam de militants sincères? Et qu'il y eut, alors, aussi bien des individualités de droite que des minoritaires de gauche pour défendre ces principes bafoués?
Une gauche réduite à cette abstraction ne s'appartiendrait plus, tout simplement. « Une gauche sans la question sociale, c'est ce qui reste quand on a renoncé à la question de la justice et de l'égalité: une gauche de négation, qui se contente de n'être pas de droite, ou de l'être avec modération », écrit Daniel Bensaïd dans Un nouveau théologien, B.-H. Lévy, dont le titre est un hommage à Charles Péguy (1873-1914). Alors que Bernard-Henri Lévy mène la danse sur Ce grand cadavre à la renverse qu'est selon lui la gauche, il n'est pas inutile de lire ou de relire cette réfutation implacable et trop ignorée, la plus pertinente et la plus rigoureuse à mon sens. On le sait: Bernard-Henri Lévy, qui poursuit l'assaut cette semaine dans Le Nouvel Observateur, a emprunté cette image nécrosée du cadavre à Jean-Paul Sartre (1905-1980) qu'il embarque dans sa croisade ainsi qu'une autre figure des heures glorieuses de l'hebdomadaire hier emblématique de la gauche, André Gorz, qui y signait Michel Bosquet.
Le seul problème, c'est que notre pamphlétaire pressé les a si mal lus qu'il commet un contresens. Sartre, grand pourfendeur de la gauche officielle dans les années 1970, et Gorz, auteur des Adieux au prolétariat, sont conviés à leur corps défendant à la mise à mort du socialisme, de l'idée et du nom, où résonne distinctement la question qu'il s'agirait de congédier définitivement: l'exigence sociale, de justice et d'égalité. Or il suffit de relire l'un et l'autre pour trouver une réplique sans appel à Bernard-Henri Lévy, au nom de cette évidence que, s'il y a une gauche politique et une idée socialiste, c'est tout simplement qu'il y a des conflits de classe, des luttes entre dominants et dominés, capitalistes et travailleurs, propriétaires et salariés, etc. Ironie supplémentaire, la réponse de Sartre se trouve dans une série d'entretiens accordés au Nouvel Observateur, fin 1964 et début 1965, quand la gauche assommée par sa perdition algérienne vivait des débats similaires, Gaston Defferre en "Monsieur X" jouant les Manuel Valls de l'époque.
Jean-Paul Sartre et André Gorz répondent à B.-H. Lévy
Voici donc ce qu'affirmait Sartre, au cours de ces entretiens repris dans Situations, VIII, recueil paru en 1972 et sous-titré Autour de 68: « Les vrais défaitistes sont ceux qui nous proposent, comme Defferre, d'achever la gauche sous prétexte de la guérir. Est-ce être pessimiste que constater un état de choses alarmant? Je vous l'ai dit, je l'ai écrit, je ne suis pas le seul à le penser: la gauche est malade. Mais je crois qu'elle ne peut pas mourir. La gauche n'est pas une "idée généreuse" d'intellectuels. Une société d'exploitation peut s'acharner à vaincre la pensée et les mouvements de gauche, et même, par périodes, les réduire à l'impuissance: elle ne les tuera jamais car c'est elle-même qui les suscite. [...] A longue échéance, une gauche renaîtra, quel que soit le sort de celle que nous connaissons aujourd'hui, parce que l'existence même de la gauche est la manifestation d'un conflit de classes qu'on cherche à masquer mais qui reste une réalité ».
« La gauche se meurt, passons à droite »: par cette formule, Sartre résumait ce qu'il appelait « le réalisme des technocrates »: « Ce qu'il faut refuser, c'est le chantage à l'urgence que nous font les technocrates: "La gauche a peu de chances de se relever rapidement des maladies dont elle souffre. Enterrons-la vite!" Pourquoi? Il faut essayer de la sauver, même si cela doit prendre du temps. [...] Qu'on ne vienne pas nous dire aujourd'hui que "tout est foutu" parce qu'une série de circonstances historiques [...] a amené les partis de gauche à leur point de division le plus haut et à leur niveau d'efficacité le plus bas. Cela veut simplement dire qu'il faut se mettre au travail. »
Ce « réalisme des technocrates » n'est évidemment pas sans évoquer nos Gracques d'aujourd'hui qui, sous divers atours, témoignent des régressions et amnésies produites par la contamination de la gauche ou, plutôt, de ses cercles dirigeants, par l'esprit de l'Ecole nationale d'administration. Qui plus est une ENA qui, à la mise à distance du social par une vision appauvrie du service de l'Etat, a fini par ajouter la régénération des élites économiques et financières du capitalisme lui-même. Or si la gauche se pense d'emblée comme l'Etat, un Etat qui ne tient même plus à distance le capitalisme financier, elle en vient inévitablement à se priver du seul levier dont elle dispose pour exister par elle-même, construire sa propre identité et créer sa propre dynamique: la question sociale.
Quant au regretté André Gorz (1923-2007), on ne saurait trop recommander la lecture de Capitalisme Socialisme Ecologie (1991), recueils de textes souvent parus d'abord en Allemagne lors des débats qui suivirent la chute du Mur de Belin. On y comprend bien que ses Adieux aux prolétariat (1980), démontage des visions messianique et prophétique d'une classe ouvrière mythifiée, n'étaient en rien un abandon de la question sociale qu'il plaçait au cœur des enjeux écologiques. Pour ce précurseur de l'écologie politique, si la scène et les acteurs du conflit ont profondément changé, son enjeu reste identique: « Si on conçoit le socialisme comme une forme de société dans laquelle les exigences de la rationalité économique sont subordonnées à des exigences sociétales et culturelles, l'actualité du socialisme doit paraître plus grande que jamais ».
Gorz encore: « Le socialisme est mort tant qu'il se comprenait comme un système tendant à une totale rationalisation scientifique. Par cette prétention, il s'est coupé de tout ancrage dans l'expérience vécue ainsi que de l'aspiration des individus à l'émancipation et à l'autonomie. Mais le socialisme subsistera comme mouvement ou comme horizon historique pour autant que, conformément à sa signification originelle, il se comprend comme aspiration à achever l'émancipation des individus dont la révolution bourgeoise a marqué le commencement et qui reste à réaliser dans les domaines dans lesquels le capitalisme soumet les hommes et les femmes aux contraintes systémiques, aux rapports de domination et aux aliénations inhérentes au règne de la marchandise. »
Quitte à "Bronzer intello", comme nous le propose, bien loin des urgences sociales, son dernier numéro, Le Nouvel Observateur, qui ne manque pas d'archives, ferait œuvre utile en republiant tel interview de Jean-Paul Sartre ou tel article d'André Gorz. Au moins retrouverait-il ainsi sa mémoire, comme devrait s'efforcer de le faire la gauche toute entière.
28 juillet 2009
Créons une fédération de la gauche pour 2012
Par ROGER-GÉRARD SCHWARTZENBERG ancien ministre, président d’honneur du Parti radical de gauche (PRG).
La contre-performance de la gauche aux élections européennes a au moins un mérite : indiquer clairement la stratégie à ne pas suivre pour les prochaines échéances. Car le résultat du 7 juin est paradoxal. Certes, d’un côté, du fait de la dispersion de l’opposition, son principal parti obtient un score très limité (16,48 %). Mais, de l’autre, le total des voix de gauche dépasse celui des voix de droite et la victoire relative de l’UMP, avec 27,87 % des suffrages, ne peut masquer le fait qu’elle dispose de faibles réserves pour une élection comportant deux tours comme l’élection présidentielle.
En réalité, la majorité actuelle est forte, non de sa propre puissance, mais de la division de l’opposition. Si on demeure en l’état, le scrutin de 2012 ne se jouera donc pas à armes égales entre la droite, dont l’UMP a fusionné les principales composantes, et la gauche de gouvernement, qui, elle, ne s’est pas rassemblée et se trouve fragmentée en six partis. D’où le risque d’une multiplication des candidatures au premier tour de la présidentielle, suivie au second tour d’une simple unité de façade, peu crédible et donc peu attractive pour les électeurs....... (....)

