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30 juillet 2007

Michel SERRAULT. Hommage

L'acteur Michel Serrault est mort

L'acteur Michel Serrault est décédé dimanche soir à l'âge de 79 ans des suites d'une longue maladie, à sa résidence de Honfleur, en Normandie, a-t-on appris de source proche de la famille.

Michel Serrault avait été hospitalisé ces dernières semaines à l'Hôpital américain de Neuilly d'où il était sorti fin juin pour se rendre dans sa résidence secondaire de Honfleur, a-t-on précisé de même source.

(...)

Acteur aux trois César, il était un des acteurs français les plus populaires, célèbre pour ses talents comiques mais à l'aise également dans le registre dramatique.

En plus d'un demi-siècle d'une impressionnante carrière, cet homme au physique banal a joué dans quelque 135 longs métrages et dans de nombreux téléfilms, sous la direction de réalisateurs comme Clouzot, Chabrol, Mocky, Lautner, Audiard, Blier, Zidi ou Kassovitz.

(...)

Né le 24 janvier 1928 à Brunoy (ex Seine-et-Oise) dans une famille modeste et très chrétienne, il entre à 14 ans au petit séminaire de Conflans. Il tente alors de faire cohabiter ses deux passions: "faire rire et m'occuper de Dieu". Il choisit l'univers du spectacle mais n'abandonnera jamais la foi.

En 1948, il débute dans la troupe de Robert Dhéry, les Branquignols, puis, en compagnie de son ami Jean Poiret (décédé en 1992), dans les cabarets parisiens de la rive gauche. Il fait sa première apparition au cinéma en 1954 dans "Ah! les belles bacchantes!" de Jean Loubignac.

Pendant vingt ans, Michel Serrault accumule les rôles plus qu'il ne les choisit véritablement, qualifiant d'"exercice de style" ses prestations dans de nombreux "navets".

A la fin des années 70, ses personnages commencent à s'étoffer et on le voit dans des rôles dramatiques comme "Pile ou face" de Robert Enrico en 1980, "Garde à vue" de Claude Miller en 1981 (son deuxième César) ou "On ne meurt que deux fois" de Jacques Deray en 1985.

Mais Michel Serrault ne délaisse pas pour autant son extraordinaire talent comique et, en 1978, connaît un succès exceptionnel dans "La cage aux folles" d'Edouard Molinaro. Sa carrière prend alors un nouvel élan avec son interprétation de Zaza, homosexuel excentrique et truculent, qui lui offre son premier César.

Il sera ensuite encensé pour sa prestation dans "Le docteur Petiot" de Christian de Chalonge en 1989 et, en 1996, pour son rôle dans "Nelly et M. Arnaud" de Claude Sautet, son troisième César.

Au théâtre, ses rôles dans "L'avare" en 1986 et dans "Knock" en 1992 lui ont valu un triomphe. A la télé, il avait interprété un marquant Gaston Dominici pour TF1, en 2003.

Marié depuis 1958, père de deux filles, M. Serrault avait perdu en 1977 son aînée dans un accident de voiture.

Il avait signé trois livres de souvenirs: "Le cri de la carotte" (1996), "Michel Serrault, vous avez dit Serrault ?" (2001) et "Les pieds dans le plat" (2004)

Sur Libé: "Michel Serrault, fondu au noir"

L’acteur est décédé dimanche soir à l’âge de 79 ans. En un demi-siècle de carrière théâtrale et cinématographique, il était passé de la comédie à un registre bien plus ambigu.

Par ÉDOUARD WAINTROP QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007

Michel Serrault, c’était, et cela restera, la bagatelle de 135 films de cinéma et une trentaine de pièces captées pour le petit écran. Et aussi des pitreries étonnantes, comme ce journal télévisé de France 2 (à l’époque Antenne 2) qu’il termina en caleçon, presque à poil, en lançant de grandes proclamations.

Serrault n’était pas un comique économe, mais le contraire, un clown majuscule. Comme tous les vrais acteurs de comédie, il savait chercher plus loin en lui-même des ressorts insoupçonnés, jouer des rôles dramatiques et s’y révéler aussi formidable.

Délire.  Certains se souviennent peut-être de ses apparitions à la télévision, en noir et blanc, très petit écran et chaîne unique, dans les années 60. Il était alors acoquiné à Jean Poiret, l’élégant, le monsieur Loyal, le clown blanc, du duo. Le point de départ était souvent absurde : par exemple, Poiret interrogeait le chef d’orchestre Albert Petit-Lagrelêche (alias Serrault, bien sûr) sur une nouveauté, le permis de conduire les orchestres, et c’était le délire. Poiret allumait la mèche, Serrault était le TNT.

Il est né en 1928, à Brunoy, dans la région parisienne, dans une famille modeste. Son père est représentant de commerce le jour et contrôleur le soir au Théâtre de l’Ambigu. Il est aussi catholique. Lui-même se sent assez la vocation pour entrer au petit séminaire à Charenton. Il aimait à raconter l’émoi provoqué en lui par une jeune femme croisée par hasard dans Paris qui lui fit prendre conscience qu’il n’était point doué pour le célibat. Il ne devint donc jamais prêtre, mais garda toujours cette foi qui, disait-il, l’aida à affronter des épreuves, comme la mort de sa fille aînée dans un accident d’automobile en 1977. Sans doute lui donna-t-elle aussi cette capacité de don qui éclabousse tous ses rôles.

Mimes.  Après avoir renoncé à la carrière ecclésiastique, Michel Serrault se rabat sur sa seconde passion : le spectacle. Fou de cirque (et admirateur des Fratellini, des clowns géniaux), de burlesque et de toutes les farces en général, il suit des cours dramatiques à l’école de la rue Blanche, et aussi à celle de mimes d’Etienne Decroux, partout où il imagine qu’il peut apprendre quelque chose, même en faisant le hallebardier à la Comédie-Française. Déjà peu académique, il est boulé au concours d’entrée au conservatoire. Qu’à cela ne tienne, le Paris théâtral des années 40 et 50 est vaste, Serrault va jouer dans les meilleures troupes (Dullin, Jean-Marie Serreau).

Le cinéma aussi lui permet de se faire la main. A 27 ans, il interprète monsieur Raymond, un surveillant de l’inquiétante pension de Paul Meurisse dans les Diaboliques, le thriller d’Henri-Georges Clouzot. Ce sont pourtant des films, parfois agréables mais toujours sans grande envergure, qu’il multiplie à l’époque. Même quand il joue Assassins et Voleurs (1957), ce n’est plus le grand Sacha Guitry (celui du Roman d’un tricheur), mais un homme malade qui le dirige au côté de Jean Poiret. Il a connu ce dernier quand il a fréquenté Robert Dhéry et les Branquignols au temps de Ah ! les belles bacchantes ! en 1954.

Binôme. Les deux acteurs se sont trouvés des atomes crochus, une complémentarité épatante qu’ils vont conjuguer sur scène. Ils imposent d’abord au cabaret leur couple hilarant. Au cinéma, ils seront une sorte de Dupont-Dupond dans une kyrielle de films (de Jean Boyer, Jacques Poitrenaud, Raoul André.) qui n’acquièrent d’intérêt que grâce à leur présence foldingue. Le sommet de leur binôme, Poiret et Serrault l’atteignent en 1973, sur scène, avec la Cage aux folles, une pièce du premier où le second triomphe dans le rôle de Zaza Napoli.

Cette pièce «tout public», dont les héros sont un couple d’homosexuels, marque une date dans le théâtre de boulevard. D’abord par son succès pendant sept ans, ensuite parce que Serrault y dérive tous les soirs, ajoute des répliques, prend la tangente, joue avec le public, improvise, fait durer le spectacle quarante minutes de plus (toutes péripéties fantastiques que la version filmée par Edouard Molinaro en 1978 ne peut évidemment rendre). Enfin parce que la pièce intronise Serrault star. Quand ce triomphe advient, cela fait déjà quelque temps que le duo Poiret-Serrault a donné des signes de lassitude. Et que Serrault a commencé à rencontrer le succès en solo au cinéma. En 1971, il joue un papy qui ne veut pas mourir dans le Viager de Pierre Tchernia. Un ami avec lequel, il travaillera encore quelques années plus tard dans les Gaspards. Il retrouve son complice Jean-Pierre Mocky, qu’il avait connu jeune sur le plateau des Diaboliques, d’abord dans les Compagnons de la Marguerite (1967), puis dans Un linceul n’a pas de poche (1974), adaptation du chef-d’œuvre d’Horace McCoy, et surtout dans l’Ibis rouge (1975), où il a pour partenaire le fantastique Michel Simon. Pour Mocky, il incarnera encore un supporter fanatique et effrayant dans A mort l’arbitre (1984) puis un escroc minable dans le Miraculé (1987).

C’est sous la direction d’un autre copain, Jean Yanne, qu’il enchaîne des comédies, qui sont plus des extensions grand spectacle du cabaret que de vrais films : Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972), Moi y’en a vouloir des sous (1973), les Chinois à Paris (1974), Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982).

Christian de Chalonge, un bon réalisateur mésestimé, lui permet d’élargir sa palette, de loucher vers le drame. Ce sont l’Argent des autres (1978) et Malevil (1981). Il croise aussi le chemin de Bertrand Blier, pour qui il esquisse des rôles courts, mais ô combien frappants, un voisin irascible dans Préparez vos mouchoirs (1977), un type avec un couteau dans le ventre dans Buffet froid (1979).

Tournant. Claude Chabrol l’engage dans les Fantômes du chapelier (1982). Dans cette adaptation d’un Simenon bien sombre, il interprète, face à Charles Aznavour, un personnage extrêmement inquiétant. Ce tournant dans sa filmographie, Serrault, qui aimait tant faire rire - il estimait même que c’était une mission -, l’a pleinement assuré en 1981, dans Garde à vue de Claude Miller, où il campe un notaire que tout, surtout l’antipathie qu’il dégage, désigne comme le coupable d’un crime sexuel. Face à un très bon Lino Ventura, et une fragile Romy Schneider, il est extraordinaire.

Michel Serrault connaîtra encore de très bons rôles : un ­retraité pathétique et émouvant dans Nelly et Monsieur Arnaud, l’ultime réalisation de Claude Sautet (1995) ; et surtout un très réjouissant Victor, escroc anar, complice d’Isabelle Huppert dans Rien ne va plus (1997), un des tout meilleurs Chabrol de la dernière époque (où se distingue aussi un Jean-François Balmer déjanté), injustement déprécié par la critique. Il faut le voir lâcher ses paradoxes, ses aphorismes cruels, avec une mine désolée. Enfin, Serrault a participé comme acteur fétiche à un courant du cinéma français des années 90 que l’on peut qualifier de comédie nostalgique. Un regard plein de sympathie pour la vie à la campagne, de défiance pour la vie moderne, illustré par des films comme Le bonheur est dans le pré d’Etienne Chatiliez (1995), les Enfants du marais (1999) de Jean Becker, Une hirondelle a fait le printemps (2001) de Christian Carion.

Chimique. Dans ces films comme dans les autres, dans les pièces comme dans les sketchs qu’il a interprétés, il a su jouer de ce qu’il avait à sa disposition, ce qu’il appelait lui-même «une âme de Chaplin dans un corps d’apothicaire». Une composition chimique qui séduit de nombreux cinéastes : «C’était un acteur formidable. J’ai remplacé Bourvil par Michel Serrault, a dit de lui, hier, Jean-Pierre Mocky. Maintenant, je ne vois pas à qui proposer ses rôles. Je n’arrive pas à trouver un nom. Je devais tourner avec lui pour une reprise des histoires courtes de Hitchcock [.] Il avait repoussé le tournage en m’expliquant qu’il avait un problème de vertèbres. En fait, c’était un cancer.» Michel Serrault est mort dimanche soir à 79 ans, dans sa résidence, à Honfleur, en Normandie.

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Sur Libé encore: «Un effet spécial à lui tout seul»

Politiques et gens du métier ont salué «l’acteur populaire». Par Service Culture avec AFP.QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007

Dans l’exercice de l’hommage posthume, les politiques sont souvent les plus prompts. Nicolas Sarkozy a réagi dans la nuit : «Cet artiste populaire à la filmographie impressionnante a su marquer chaque Français par ses immenses talents d’acteur, aussi bien comique que dramatique.» Christine Albanel, ministre de la Culture, a suivi : «Il avait, au-delà du personnage bougon et bourru, tout en exclamations, qu’il s’était forgé sur les planches des cabarets, le don d’apporter une évidente authenticité aux caractères qu’il savait dépeindre, quel qu’en soit le registre.» De même que Marie-George Buffet : «Du rire aux larmes, de la comédie au drame, de la mesquinerie à la tendresse, le talent de cet immense acteur populaire a illuminé le cinéma français pendant plus d’une cinquantaine d’années.»

C’est bien sûr du monde du cinéma que sont venus la plupart des éloges. Bertrand Blier : «C’était un immense bonhomme. Michel Serrault est l’un des rares acteurs capables de passer dans le fantastique réaliste . Michel était un effet spécial à lui seul, comme Michel Simon et Louis de Funès. Il était un fou furieux de génie, tour à tour dans la poésie, l’irréel mais aussi dans la gravité la plus absolue. Avec lui, on était pris dans un tourbillon. Il était un homme extraordinairement drôle, et intenable sur un plateau.» Pierre Tchernia, qui l’avait mis en scène dans le Viager : «C’était une joie de travailler avec lui. Pour lui, le métier d’acteur était idéal : à chaque fois, il fallait inventer un personnage.» Jean-Louis Guillermou, réalisateur d’un de ses derniers films, Antonio Vivaldi, un prince à Venise : «Vous ne dirigez pas Serrault, c’est lui qui faisait tout lui-même.» Claude Lelouch : «Cela faisait des années qu’on rêvait de tourner un film ensemble. Ce rêve n’aura pas lieu. Je me régalais d’avance. Michel Serrault était un merveilleux acteur. J’étais toujours sidéré de ce qu’il apportait à ses partenaires et metteurs en scène. Il était époustouflant. Il avait une façon extraordinaire de dédramatiser tout.» Pierre Arditi : «Tout acteur rêverait d’être aussi brillant. Michel Serrault était un acteur très atypique, avec un style extrêmement personnel. Il était absolument inclassable.» 

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Mon commentaire... Non, plutôt quelques images: Quand Serrault fait la promo d'un film , et Ce qu'ils cachent, les rires et la provoc' , et l'humour de Michel Serrault

Serrault_96_c_sar_pour_Nelly_et_Monsieur_Arnaud

Michel Serrault avec le César de meilleur acteur

pour le film "Nelly et Monsieur Arnaud" de Claude Sautet, le 2 mars 1996 à Paris

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