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30 novembre 2007

Loi LRU, blocage, et mouvement social

Blocages mortifères,par Christophe Ramaux http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-983944,0.html

LE MONDE | 29.11.07 | 13h41

Il y a bien des raisons de s'opposer à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU). L'enseignement supérieur français marche sur la tête. La France ne souffre pas d'avoir trop d'étudiants. Elle n'en a pas assez et se trouve en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. Elle souffre d'une architecture globale entièrement à revoir, entre ses différents pôles (université, IUT, grandes écoles, etc.). Elle ne souffre pas de l'absence de sélection : mais de trop de sélection organisée dans des premiers cycles totalement sous-dotés.

Loin de remédier à ces maux, la loi LRU va les amplifier, en organisant la course à la concurrence entre universités. L'autonomie suppose de la délégation de pouvoir. La loi organise son exact opposé en concentrant dans les mains des seuls présidents un pouvoir exorbitant, notamment en matière de recrutement des enseignants. En guise de "responsabilité", la coterie et le clientélisme ont de beaux jours devant eux.

Et le mouvement étudiant ? Il faut avoir le courage, comme enseignant mais aussi comme syndicaliste, de dire ce qu'on en pense. Il y a encore peu, les mouvements étudiants respectaient une règle simple : travail de sensibilisation, convocation d'assemblées générales, vote démocratique de la grève lorsque ces assemblées étaient suffisamment significatives. Mais pas de blocage, afin de prendre justement le temps de convaincre ceux qui ne le sont pas de la justesse du mouvement. Un joli travail de titan : passer dans chaque TD et chaque amphi, pour convaincre, avant que le cours ne commence, les étudiants de se mettre en grève, en pariant sur la force des arguments.

Les mouvements étudiants étaient de belles écoles de politisation, de citoyenneté. Ils sont devenus l'exact opposé. Avec le blocage, les étudiants ne discutent plus que d'une chose : du blocage ! Exit tout débat sur le fond. Que l'administration en rajoute en fermant certains jours les campus et ce qui devait advenir advient : la fac devient une fac fantôme. Où ne passent plus ceux qui habitent loin (à quand un travail de sociologues sur la sous-représentation flagrante des jeunes des classes populaires dans cette forme d'action ?) Où ne passent plus que les plus radicaux lancés dans la surenchère (le "traître" est aisément repérable : c'est celui qui appelle au déblocage) et quelques étudiants excédés qui, par défense du service public, en arrivent parfois à adhérer à... l'UNI !

Triste mouvement où les arguments, l'enthousiasme et l'humour, cèdent la place à l'animosité, quand ce n'est pas à la violence pure. Le blocage, cette invention récente, n'a que trop duré. Et c'est d'abord aux syndicalistes de le dire. Pour sauver l'idée même de mouvement social, à vocation majoritaire, à l'université.

Christophe Ramaux est économiste, maître de conférences à l'université Paris-I.

Article paru dans l'édition du 30.11.07.

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