Quand Royal avait rendez vous avec Bayrou - 2. (vu par Nicolas Domenach)
Bayrou - Royal : vaudeville au «Clerc» de lune
Il suffit souvent d'un rien, d'une hésitation, d'un scrupule pour qu'une aventure politique se rate, pour que des destins échouent. Ainsi a-t-on appris ce week-end que l'élection présidentielle aurait pu basculer si François Bayrou avait fait preuve de plus d'audace, s'il avait dit oui à Ségolène Royal qui jouait de la mandoline sous son balcon. Il a failli succomber, il était proche de céder devant la démone tentatrice. Elle le raconte drôlement dans son ouvrage qui sort cette semaine : « Ma plus belle histoire c'est vous » (Editions Grasset). Quelle histoire !
Ségolène, rapporte-t-on, qu'après le débat fort civil qui les avait opposé entre les deux tours, elle lui avait téléphoné pour lui proposer d'être son Premier ministre. Une proposition coquine mais honnête que le champion du Centre considérait avec attention. Il ne pouvait certes pas faire affaire avec Nicolas Sarkozy qui lui avait également téléphoné. Mais avec le candidat de l'UMP, tant de valeurs, notamment le culte de l'argent, l'opposait. Alors qu'il se sentait plus proche de Ségolène Royal très démocrate-chrétienne de culture et partiellement émancipée du PS.
Les deux complices ont donc convenu de se voir à la nuit, chez lui rue Clerc dans le 7e arrondissement de Paris. Mais quand elle arrive le cœur battant devant cet interdit qu'elle va franchir, car c'est un interdit pour une femme de gauche que de s'engager si loin avec un centriste qu'elle décrivait elle-même comme l'autre face de la droite pendant la campagne, et que son compagnon et premier secrétaire du PS ridiculisait comme un paysan réactionnaire à chacune de ses interventions publiques.
Au clair de la lune de la rue Clerc, Ségolène Royal était donc émue mais déterminée : si elle voulait l'emporter contre Nicolas Sarkozy, il n'y avait pas d'autre choix que ces fiançailles à l'arrachée. Sans les voix centristes, elle ne pouvait gagner ! Aussi, quand Bayrou, effrayé de son audace lui dit « Non, non, non, vous ne pouvez pas monter ! Il y a du monde dans la rue… », elle insiste. Il sait lui que si elle monte il est fichu. Il cédera.
Quand les femmes savent ce qu'elles veulent, elles ne reculent plus. Elle veut monter : « C'est vous qui me l'avez proposé, répète-t-elle. Il faut bien se parler puisque le téléphone n'est pas sûr ». Elle envoie même son garde du corps vérifier que la voie est libre, qu'il n'y a personne...
La rue est déserte mais Bayrou se dérobe. « Comme un amoureux qui craint la panne ou un adultère risqué… », écrit-elle avec une certaine cruauté amusée. Car elle met en doute la virilité, ce qui renvoie à l'éternel et implacable accusation de « manque de couilles » qu'on porte contre les centristes ! En avoir ou pas, telle serait toujours la question.
François Bayrou lui ne nie pas les préliminaires, même s'il réfute qu'il y ait eu une proposition aussi directe. Celle-ci lui aurait été faite par des ambassadeurs. Ségolène Royal maintient. Peu importe, il a bien in extremis dit non. Pour de solides raisons de fond affirme-t-il aujourd'hui : les désaccords sur les programmes, sur les 35 heures par exemple. Cela dit, elle n'y tenait pas elle-même ! Mais il ne croyait pas en elle et plus en lui. Bayrou s'était trouvé plus fort qu'elle lors de leur débat et il doutait autant de sa victoire qu'il imaginait pouvoir lui s'imposer ensuite comme le recours, une fois la gauche par terre, battue. Il s'imposerait alors comme le chef de l'opposition, le PS devant se briser entre partisans de la gauche sociale-démocrate et tenants de la gauche radicale. Un calcul qui n'était pas idiot puisque, comme on l'a vu hier dans les hangars de Villepinte, battus par la pluie et le vent, sur les 5 ou 6 000 congressistes du Modem, une bonne partie venait de la gauche.
Des sympathisants, des militants socialistes et associatifs dont beaucoup ont voté pour le candidat du PS dans leur vie, voire pour Ségolène Royal hier et qui, maintenant, ne jurent que par Bayrou. Lequel appelle désormais ouvertement aux gaullistes et aux socialistes et pour être prêt cette fois en 2012 « à proposer la botte », comme on dit trivialement, à Ségolène Royal dont il pense qu'elle risque fort d'être rejetée par les vieux barbons du PS. Mais cette fois c'est lui qui prendra l'initiative. Comme tous les hommes politiques, François Bayrou est un macho qui perd une partie de ses moyens devant une macha. Il faut qu'il mène l'affaire pour qu'elle soit bien conclue…
Lundi 03 Décembre 2007 - 13:11
Nicolas Domenach