Rapport ATTALI . Haro contre « la République des experts »
Haro contre « la République des experts »
Marianne2.fr
Avec i>Télé, la chronique de Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.
On ne pouvait attendre de parlementaires grognons qu'ils applaudissent
au rapport Attali. Mais ils l'ont déchiré… Particulièrement les élus de
la majorité, exaspérés d'être trop mésestimés. Les godillots ont
godillé, les escarpins escarpiné et les caves se sont déchaînés. Ils
ont saisi cette occasion de manifester leur profond mécontentement. « Le songe d'Attali ne passera pas l'hiver ». «
Les experts, ils se sont trompés avec une régularité d'experts ». « Nos
bibliothèques sont pleines de textes très intelligents ». « Ce rapport
sera livré à la critique incisive et rongeuse des souris… » « C'est une
boîte à outils, rien de plus ». Ainsi Attali et ses 43 penseurs
étaient traités comme des vulgaires ouvriers de maintenance qu'on
congédiait avant de passer aux choses sérieuses. La loi, c'est eux !
La cause est entendue. Ce sont les
présidents de commission parlementaire et donc le Parlement qui va
malaxer, couper, reprendre ou pas ces « propositions ». Car personne ne
parle de « décisions » contrairement au terme qui figure sur la
couverture du rapport. Pas plus qu'on ne considère que l'ensemble
constitue « un tout, à prendre ou à laisser ». Cette prétention attalienne les insupporte. « Ce n'est pas Attali ou le chaos ». « Il n'est pas le penseur magique de la pensée unique »,
affirmait-on avant d'ajouter qu'on allait se débarrasser vite fait d'un
certain nombre de propositions gênantes électoralement, comme la
libéralisation de l'installation des grandes surfaces au détriment du
petit commerce ou la suppression du numerus clausus de certaines
professions comme coiffeur et chauffeur de taxi, lesquels sont déjà en
campagne si j'en crois celui qui m'accueillit au cri de « Sarkozy enculé »…
Un langage qu'on qualifiait autrefois de charretier et qui, en campagne
électorale, peut faire des dégâts. En tout cas, l'engagement personnel
de Sarkozy n'aura pas suffi à contenir l'ire de ces parlementaires. Pas
plus que le retrait de propositions comme la suppression des
départements qui hérissaient les élus. Ceux-là ne se satisfont pas
davantage de l'argument d'ouverture, la fameuse prise à l'ennemi.
Attali, le mitterrandiste, auteur du fameux programme commun de la
gauche travaillant pour le roi de France, Sarkozy, ça a pourtant de
l'allure. Mais les députés de droite en ont ras-le-bol de l'ouverture…
à gauche. Et assez de l'expertise le plus souvent de gauche aussi.
Mission par ci, mission par là, et les parlementaires dans tout ça ?
Ah, s'ils faisaient leur travail. S'ils ne se contentaient pas de
soutenir le chef en attendant une éventuelle promotion ministérielle et
en se contentant d'œuvrer à leur éventuelle réélection, ils n'auraient
pas laissé tant d'espace aux technocrates.
Le politique s'étiole, se meurt,
d'abord de sa propre servitude volontaire. Les élus n'en prennent
publiquement ombrage, on le remarquera, qu'à partir du moment où le
monarque est affaibli, quand ils doutent que celui-ci puisse les
emmener à la victoire des municipales. Lorsque Sarkozy était au zénith
des sondages, ces excellences ne grognenaient qu'à bouche fermée.
Demain, si les municipales tournent mal pour la droite, alors là, on
pourra les entendre vraiment. Alors, ils mèneront l'offensive, d'abord
contre la « République des experts d'ouverture »,
comme le dit Claude Goasguen, mais aussi contre les ministres qui ne
sont pas de leur camp mais enfin contre ces conseillers élyséens de
l'ombre qui s'arrogent une puissance indue. Tout le pouvoir au peuple,
tout le pouvoir aux élus du peuple plutôt. Elus qui sont sur une ligne
beaucoup plus conservatrice que l'Elysée. Cette révolte-là, les proches
de Sarkozy s'y attendent en pensant à l'offensive qu'avait dû subir
Giscard et son modernisme, Giscard et son ouverture à l'époque
combattue par les élus de droite RPR. Mais aujourd'hui, ces conseillers
remarquent que les élus n'osent pas même citer le nom du prince. Dans
les réunions du groupe effectivement, ils s'en prennent toujours au
gouvernement, jamais ils n'incriminent Sarkozy en personne. Le
président leur fait encore peur.
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Jeudi 24 Janvier 2008 - 11:21
Nicolas Domenach