Crise, hier... et aujourd'hui
Franklin Delanoe Roosevelt, le 4 mars 1933,
la 1ère pierre du Bretton Woods de 1944
(sur le blog de David C. Voir aussi le blog "la recherche du bonheur"
Président
Hoover, monsieur le président de la Cour Suprême, mes
amis :
Voici un jour de
consécration nationale. Et je suis certain qu'en ce jour mes
concitoyens américains attendent qu'à l'occasion de mon
accession à la présidence, je m'adresse à eux
avec la sincérité et la résolution qu'impose la
situation présente de notre peuple.
C'est par dessus tout le moment de dire la vérité,
toute la vérité, franchement et courageusement. Nous ne
pouvons faire l'économie de l'honnêteté face à
la situation de notre pays aujourd'hui. Cette grande nation
résistera, comme elle a résisté, se relèvera
et prospérera.
Donc,
premièrement, permettez-moi d'affirmer ma ferme conviction que
la seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même
— l'indéfinissable, la déraisonnable, l'injustifiable
terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la
déroute en marche en avant. Lors de chacune des noires heures
de notre vie nationale, un franc et vigoureux commandement a
rencontré cette compréhension et ce soutien du peuple
même qui sont essentiels à la victoire. Et je suis
convaincu que de nouveau vous lui donnerez votre soutien en ces jours
critiques.
C'est dans cet état
d'esprit, de ma part et de la votre, que nous devons faire face à
nos difficultés communes. Elles ne concernent, Dieu merci, que
les choses matérielles. Les valeurs ont chuté à
des niveaux fantastiques ; les taxes ont augmenté ; notre
capacité à payer s'est effondrée ; partout les
gouvernements font face à de sérieuses réductions
de revenus ; les moyens d'échanges sont bloqués par le
gel des courants commerciaux ; les feuilles mortes des entreprises
industrielles jonchent partout le sol ; les fermiers ne trouvent plus
de marchés pour leurs produits, et l'épargne de
plusieurs années de milliers de familles s'est évaporée.
Plus important, une foule de citoyens sans emploi est confrontée
au sinistre problème de sa survie, et à peu près
autant triment pour gagner peu.
Seul un optimiste idiot pourrait nier les sombres
réalités du moment.
Et pourtant notre détresse ne provient pas d'un manque de
ressources. Nous n'avons pas été frappés par la
plaie des sauterelles. En comparaison des périls que nos pères
ont vaincus, car ils espéraient et n'avaient pas peur, il nous
reste encore largement de quoi rendre grâce. La Nature nous
offre toujours ses libéralités, et les efforts humains
les ont multipliés. L'abondance est sur le pas de la porte,
prête à être généreusement utilisée,
mais sous les yeux même de cette offre la demande agonise.
Essentiellement, tout cela vient du fait que
les responsables des échanges des biens de l'humanité
ont échoué, de par leur propre entêtement et leur
propre incompétence, ont admis leur échec, et ont
abdiqué. Les pratiques des usuriers sans scrupules se trouvent
dénoncées devant le tribunal de l'opinion publique,
rejetées aussi bien par les coeurs que par les âmes des
hommes.
A la vérité,
ils ont essayé. Mais leurs efforts portaient l'empreinte d'une
tradition périmée. Confrontés à
l'effondrement du crédit, ils n'ont proposé que le prêt
de plus d'argent. Dépouillés de l'appât du profit
par lequel ils induisaient notre peuple à suivre leur fausse
direction, ils en vinrent aux exhortations, plaidant la larme à
l'oeil pour le retour de la confiance. Ils ne connaissent que les
règles d'une génération d'égoïstes.
Ils n'ont aucune vision, et sans vision le peuple meurt.
Oui, les usuriers ont fui leurs hautes chaires du
temple de notre civilisation. Nous pouvons maintenant rendre ce
temple aux anciennes vérités. La mesure de cette
restauration est l'ampleur avec laquelle nous appliquons des valeurs
sociales plus nobles que le simple profit monétaire.
Le bonheur ne se trouve pas dans la simple
possession d'argent ; il se trouve dans la joie de l'accomplissement,
dans l'excitation de l'effort créateur. La joie, stimulation
morale du travail, ne doit plus être oubliée dans la
folle course aux profits évanescents. Ces jours sombres, mes
amis, vaudront tout ce qu'ils nous coûtent s'ils nous
enseignent que notre véritable destinée n'est pas
d'être secourus mais de nous secourir nous-mêmes, de
secourir nos semblables.
Reconnaître la fausseté de la richesse matérielle
en tant qu'étalon du succès s'accompagne de l'abandon
de la fausse idée selon laquelle les responsabilités
publiques et les hautes positions politiques n'ont de valeur qu'en
fonction de l'honneur et du profit personnel qu'on en tire ; et il
doit être mis fin à ces conduites dans les banques et
les affaires qui ont trop souvent données à une
confiance sacrée l'apparence d'un méfait cynique et
égoïste. Il n'est pas étonnant que la confiance
dépérisse, car celle-ci ne prospère que sur
l'honnêteté, sur l'honneur, sur le caractère
sacré des engagements, sur la protection fidèle, et sur
un comportement généreux ; sans tout cela elle ne peut
vivre.
La
Restauration, cependant, ne se satisfera pas que de
changements éthiques. Cette Nation demande de l'action,
et de l'action maintenant.
Notre
première tâche, la plus importante, est de remettre les
gens au travail. Ce n'est pas un problème insoluble si nous
nous y attelons avec sagesse et courage. Cela peut être
accompli en partie par un recrutement direct du gouvernement, en
traitant le problème comme nous traiterions l'urgence d'une
guerre, mais en accomplissant dans le même temps, grâce à
ces emplois, les grands projets dont nous avons besoin pour stimuler
et réorganiser l'utilisation de nos immenses ressources
naturelles.
Dans le même
temps nous devons franchement admettre qu'il y a excès de
population dans nos centres industriels et, par la mise en oeuvre
d'une redistribution à l'échelle nationale, rechercher
à obtenir un meilleur usage de la terre pour ceux qui sont les
plus aptes pour la terre.
Oui, la
tâche peut être soutenue par des efforts précis en
vue d'élever les valeurs des produits agricoles, et en
conséquence le pouvoir d'acheter les productions de nos
villes. Elle peut être soutenue en évitant avec réalisme
la tragédie de la disparition croissante pour cause de saisie
de nos modestes maisons et de nos fermes. Elle peut être
soutenue en insistant pour que le gouvernement fédéral,
les gouvernements d'états et locaux agissent sans délai
en réponse à la demande de faire baisser drastiquement
leurs coûts. Elle peut être soutenue par l'unification
des activités de secours qui aujourd'hui sont souvent
éparpillées, peu économiques et inégales.
Elle peut être soutenue par une planification nationale et une
supervision de toutes les formes de transports et de communications
ainsi que d'autres équipements qui ont définitivement
un caractère public. Il y de nombreuse manières de la
soutenir, mais se contenter d'en parler n'en fera jamais partie.
Nous devons agir. Nous
devons agir vite.
Et enfin, dans
notre progression vers la reprise du travail, nous aurons besoin de
deux protections contre le retour des maux de l'ordre ancien. Il
devra y avoir un strict contrôle de toutes les activités
bancaires, de crédits et d'investissements. Il devra être
mis fin à la spéculation avec l'argent des autres, et
des dispositions devront être prises en vue de rétablir
une monnaie solide et disponible en quantité suffisante.
Telles sont, mes amis, les lignes
d'attaques. Je vais tout à l'heure recommander au nouveau
Congrès en session spéciale, les mesures détaillées
en vue de leurs réalisations, et je solliciterai l'assistance
immédiate des 48 Etats.
Par
ce programme d'action nous nous résolvons à mettre
notre demeure nationale en ordre et à rendre notre balance
commerciale excédentaire. Nos relations commerciales
internationales, bien qu'extrêmement importantes, sont pour
cause de temps et de nécessité, subalternes à
l'établissement d'une économie nationale saine. Je
préfère, comme politique concrète, d'abord
traiter les choses primordiales. Je n'économiserai aucun
effort pour rétablir le commerce mondial par des réajustements
économiques internationaux ; mais l'urgence domestique ne peut
patienter jusqu'à cette réalisation.
La réflexion fondamentale qui guide
ces moyens spécifiques de redressement national n'est pas
nationalement... étroitement nationaliste. Elle est
l'insistance, en première considération, sur
l'interdépendance des divers éléments
appartenant et composant les Etats-Unis d'Amérique — la
reconnaissance de la vieille et éternellement importante
manifestation de l'esprit américain du pionnier. C'est la voie
du redressement. C'est la voie immédiate. C'est l'assurance la
plus solide que ce redressement durera.
Dans le domaine de la politique internationale, je consacrerai cette
nation à la politique de bon voisinage : celle du voisin qui
se respecte lui-même résolument, et par cela même
respecte les droits des autres ; du voisin qui respecte ses
obligations et respecte l'inviolabilité de ses accords dans et
avec un monde de voisins.
Si je
lis correctement le caractère de notre peuple, nous comprenons
aujourd'hui, comme nous ne l'avons jamais compris, notre
interdépendance les uns aux autres ; que nous ne devons pas
nous contenter de prendre, mais que nous devons aussi donner ; que si
nous avons décidé d'aller de l'avant, nous devons
avancer comme une armée loyale et entraînée prête
à se sacrifier pour le bien d'une discipline commune, car sans
une telle discipline il n'est point de progrès, et aucune
direction ne peut devenir efficace.
Nous sommes, je le sais, prêts et disposés à
soumettre nos vies et nos propriétés à une telle
discipline, car elle rend possible une direction visant le plus grand
bien. C'est cela que je propose de vous offrir, le serment que les
plus grands desseins nous unirons, qu'ils nous unirons tous comme
l'obligation sacrée et l'unité du devoir qui n'ont
jusqu'ici été évoqués que dans les temps
de conflits armés.
Ce
serment pris, j'assume sans hésiter la direction de la grande
armée de notre peuple, consacrée à l'attaque de
nos problèmes communs.
Une
action de cette nature, une action à cette fin est faisable
par la forme de gouvernement que nous avons hérité de
nos ancêtres. Notre Constitution est si simple, si pratique
qu'il est toujours possible de répondre à des besoins
extraordinaires en modifiant son ordre d'importance et son agencement
sans en perdre la substance essentielle. C'est pourquoi notre système
constitutionnel s'est imposé comme le plus superbement
résistant des mécanismes politiques que le monde
moderne ait connu.
Il a été
à la hauteur de toutes les tensions dues à de vastes
expansions de territoire, aux guerres étrangères, à
d'amers conflits internes, aux relations internationales. Et il est à
espérer que l'équilibre normal des autorités
législative et exécutive soit d'une parfaite égalité,
et parfaitement adapté pour faire face à la tâche
sans précédent qui nous attend. Mais il se peut qu'une
exigence hors-normes ou un besoin immédiat d'action demande
qu'on s'éloigne de cet équilibre normal de la procédure
publique.
Je suis préparé,
soumis à mon devoir constitutionnel, à recommander les
mesures que nécessite une nation accablée au milieu
d'un monde sinistré. Ces mesures, ou des mesures similaires
que le Congrès pourrait produire de son expérience et
de sa sagesse, je ferai en sorte, dans les limites de mon autorité
constitutionnelle, de les faire adopter rapidement.
Mais, dans le cas ou le Congrès échouerait
à prendre l'une de ces deux voies, et dans le cas ou l'urgence
nationale resterait critique, je n'hésiterai pas devant la
route évidente du devoir auquel je ferai alors face. Je
demanderai au Congrès le dernier instrument restant pour
confronter la crise — la vaste puissance exécutive
de mener la guerre contre l'urgence, aussi grande que la puissance
qui me serait donnée si nous étions réellement
envahis par un ennemi étranger.
En échange de la confiance qui m'a été confiée,
je rendrai le courage et le dévouement qui conviennent à
l'heure présente. Je ne peux faire moins.
Nous faisons face aux jours difficiles qui nous attendent avec
le chaleureux courage de l'unité nationale ; avec la claire
conscience de rechercher de vieilles et précieuses valeurs
morales ; avec la satisfaction claire provenant de l'accomplissement
sérieux du devoir par l'âgé autant que par le
jeune. Nous visons la sûreté d'une vie nationale
complète et constante.
Nous n'avons pas perdu foi dans le... le futur de l'indispensable
démocratie. Le peuple des Etats-Unis n'a pas échoué.
Dans le besoin ils ont déposé un mandat selon lequel
ils veulent de l'action vigoureuse et directe. Ils ont demandé
de la discipline et de la direction de leur dirigeant. Ils m'ont fait
le présent instrument de leurs souhaits. Dans l'esprit de ce
don, j'accepte.
Dans cette
consécration... Dans cette consécration d'une nation,
nous demandons humblement la bénédiction de Dieu.
Qu'Il nous protège tous et chacun
d'entre nous.
Qu'Il nous guide
dans les jours à venir.
Franklin Delano Roosevelt - 4 mars 1933
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En ce moment:
Krach sur les places boursières européennes
(le Monde; 24/10.08)
Le CAC 40 est passé ce midi sous le seuil symbolique des 3 000 points, perdant 10,62 %, un plus bas depuis mai 2003. A Francfort, le DAX lâchait 10,13 %. A Londres, le Footsie-100 perdait plus de 9 %, après l'annonce de la première contraction de l'économie britannique en seize ans
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Et pourtant....
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Et alors...
"cette crise n'est pas française".... "les banques c'est l'investissement des épargnants".
Mon comm': on peut relever, comme toujours, affirmations partielles et partiales . Donc fausses.
Entre autre erreurs et gâchis, un exemple entre tant d'autres, le bilan Dati : constat d’un immense gâchis, comme l'analyse un magistrat.
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