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15 décembre 2008

Le "nouvel Epinay" de Martine Aubry

par desirsdavenir @ Lundi, 15. Dec, 2008 - 14:39:20

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Par Michel Noblecourt
sur LE MONDE

Comme naguère au ministère du travail, Martine Aubry affiche son volontarisme. Malgré sa victoire étriquée et contestée, la nouvelle première secrétaire du Parti socialiste est résolue à mener à bien la reconstruction d'une formation pourtant bien malade. "La meilleure thérapie, c'est le travail", souligne François Lamy, son conseiller politique. L'objectif et le modèle de Mme Aubry c'est un "nouvel Epinay", du nom du congrès qui vit, en 1971, François Mitterrand conquérir le PS. Epinay, voilà qui résume à la fois la large alliance réunie autour de la maire de Lille, sa stratégie de rassemblement de la gauche et sa volonté de renouvellement du PS.

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A ceux qui se gaussent du conglomérat hétérogène qui s'est formé autour d'elle - de Dominique Strauss-Kahn à Henri Emmanuelli, des "ouiistes" aux "nonistes" du référendum européen de 2005 -, Mme Aubry renvoie à Epinay où François Mitterrand, pour s'emparer du PS, s'était allié avec Gaston Defferre, à droite, et Jean-Pierre Chevènement, à gauche. L'exemple est pertinent, sauf que l'attelage mitterrandiste s'était constitué au moment d'Epinay et qu'il s'était brisé deux ans après au congrès de Grenoble. L'union de la gauche recherchée en 1971 avec un Parti communiste, prêt à signer un programme commun de gouvernement avec les socialistes, et étant alors électoralement la force dominante de la gauche, n'a plus grand-chose à voir aujourd'hui avec un rassemblement avec un PCF devenu un poids plume électoral et luttant pour sa survie dans un univers de concurrence. Alors, Epinay est mort, vive Epinay ?

Mme Aubry s'est dotée d'une majorité arithmétique qui associe des courants - Laurent Fabius, "DSK", Bertrand Delanoë, François Hollande et la gauche de Benoît Hamon - politiquement trop antagonistes pour se marier. Au lendemain de la validation, par le conseil national du 25 novembre, de l'élection de Mme Aubry, Claude Bartolone, lieutenant de M. Fabius, a récusé toute "espèce de cohabitation de deux lignes politiques", jugeant qu'au congrès de Reims "70 % des militants" étaient sur la même orientation. Le 9 décembre, la première secrétaire a repris cet argument. Sauf que la majorité de 70 % est une fiction. Ce chiffre résulte de l'addition de trois motions - Delanoë, Aubry et Hamon - face aux 29 % de Ségolène Royal. Mais, à Reims, il n'y a eu ni addition ni synthèse, et au final pas de candidat commun face à Mme Royal. Le "tout sauf Ségolène" (TSS) n'a pas marché.

Au conseil national du 6 décembre, où elle a fait adopter par une majorité - les ségolénistes optant pour l'abstention - un "texte d'orientation politique 2008-2011", Mme Aubry a voulu prendre sa revanche après l'échec de Reims. Mais a-t-elle réalisé une vraie synthèse politique ? Les partisans de M. Hamon n'ont eu aucun mal à se retrouver dans une feuille de route gauchie autour de "l'exigence d'un socialisme de gouvernement clairement ancré à gauche", d'un "socialisme de réforme" qui évite soigneusement l'usage du mot "réformiste" - peu prisé par les "hamonistes" - pourtant au coeur de la déclaration de principes adoptée par le PS à la quasi-unanimité quelques mois avant son calamiteux congrès de Reims.

Du côté de la motion Delanoë - portée par un maire de Paris qui, après s'être proclamé "libéral et socialiste", avait appelé à voter pour Mme Aubry -, l'adhésion idéologique est bien moins évidente. Les jospinistes, bien servis avec la promotion d'Harlem Désir dans la garde rapprochée de la première secrétaire, lui ont surtout accordé un ticket pour qu'elle fasse ses preuves. Les strauss-kahniens regroupés autour de Pierre Moscovici et les amis de M. Hollande - dont la grande majorité n'ont pas voté Aubry les 20 et 21 novembre - se sont résignés à "donner sa chance" à la nouvelle direction. Loyaux mais libres, ils ne cachent pas leurs critiques sur un texte jugé au mieux "sans intérêt et sans dynamique", au pire "insipide".

LE "PAYS DES BISOUNOURS"

Des proches de M. Hollande ne se privent pas de fustiger l'absence d'ouverture vis-à-vis de Mme Royal. "Martine avait l'obligation de rassembler, explique l'un d'eux, les militants et l'opinion l'attendaient. En ne le faisant pas, elle a commis une grave faute. En englobant Ségolène, elle l'aurait obligée à une certaine retenue et l'aurait associée à ses échecs." M. Lamy réfute ce procès, au même titre que toute vision manichéenne faisant de la rue de Solférino, le siège du PS, "un repaire de malfaisants", et du boulevard Raspail, où Mme Royal a ses bureaux, "le pays des Bisounours". "Les ségolénistes, ajoute le lieutenant de Mme Aubry, nous traitent de voleurs et de tricheurs, et après ils prônent le rassemblement. Va comprendre !" C'est au nom du refus de la "cogestion" que Mme Aubry dit n'avoir pas voulu faire de Vincent Peillon, lieutenant de Mme Royal, son numéro deux. Les deux roses devront cohabiter.

La maire de Lille a donc pris le risque de conforter l'ancienne candidate à l'Elysée. Renvoyée dans la minorité, Mme Royal ne prétend pas encore, à ce stade, incarner l'opposition. Mais elle va sans cesse s'appuyer sur "ses 50 %" pour disputer à sa rivale une vraie légitimité. Si elle a choisi, comme M. Delanoë, de ne pas siéger au bureau national, elle va structurer son courant. Même si elle n'a réduit qu'à la marge son gouvernement - avec 38 secrétaires nationaux contre une quarantaine -, Mme Aubry a réussi à en changer l'image, avec la parité, la diversité, le départ d'anciens et le rajeunissement illustré par la présence de cinq anciens présidents - tous "hamonistes" - du Mouvement des jeunes socialistes. Mais il lui reste le plus dur : mettre effectivement au travail ce lourd équipage.

Les élections européennes de juin 2009 seront la première épreuve d'une majorité qui va être alors confrontée à ses contradictions. La feuille de route fait du "Manifesto", adopté par les partis sociaux-démocrates européens, le "socle essentiel" pour ce scrutin. Sauf que ce "Manifesto" milite d'abord pour "l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne", combattu par M. Hamon et l'aile gauche du PS ralliée à Mme Aubry. Pour rendre impossible un accord politique avec Mme Royal, la feuille de route refuse aussi "toute alliance avec le MoDem", visiblement à tous les niveaux. Mais que se passera-t-il en 2009, si le mode de scrutin n'est pas changé, quand le PS aura besoin du renfort du MoDem pour conserver la majorité de ses régions ? Un "nouvel Epinay" ? Certains alliés de Mme Aubry doutent que l'expérience aille au-delà de la fin de 2010, vu la proximité de la présidentielle. La première secrétaire n'a plus qu'à tenter de faire mentir l'oracle.

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