Royal, Obama, et démocratie participative (2), et... quelques observations.
Il y a eu la "sortie", hier, de Ségolène ROYAL dans une conférence de presse à Washington. Et puis, le déchaînement des trolls sur les sites du Monde et de Libération, je crois qu’il y ont battu le record de commentaires.
Dans ce genre de situation il y a deux attitudes: tomber dans le panneau et aller déposer son commentaire acide, réflexe pavlovien de détestation. L’autre est de tenter de réfléchir au pourquoi de cette déclaration.
Il peut paraître évident que c’est gonflé de la part de Ségolène Royal de tenir ce genre de propos surtout que au grattage les journalistes «d’investigation» vont plutôt se jeter là-dessus que sur le plan de relance du PS ou les décisions politique de Sarkosy et son musellement du Parlement revalorisé.
En fait, la sortie de Ségolène ROYAL illustre deux stratégies pour faire de la politique aujourd’hui.
La première est celle du «story telling» c’est celle qu’ont adopté Royal et Sarkosy durant la campagne des présidentielles et c’est aussi celle qui vient de permettre à Obama de devenir Président des USA.
Pour ceux qui restent de bonne foi, il est évident que dès 2005 Ségolène ROYAL a utilisé cette démarche méthodologique pour construire sa campagne. Outre ses amies publicitaires conduisant les meilleures campagnes de pub, elle avait bien sur de bonnes sources aux USA (MoveOn) et Sarkosy et ses communicants avaient les mêmes. La démarche ne prend pas toute seule, il faut comme pour la mayonnaise des ingrédients et un savoir faire. C’est aussi cela qui a fait divorce entre Royal et Hollande l’une tenant de la modernité et même de l’avant-garde, et l’autre très «notable de province» des classiques repas républicains roboratifs.
Côté ingrédients, Sarkosy avait tout préparé et pointé le canon de la justice dans le dos des récalcitrants. Le tour de main a été travaillé durant cinq années. Côté Royal les ingrédients ont tiré à hue et à dia, certain sont même partis aux sports d’hiver en pleine campagne et d’autres plusieurs semaines au Canada. Quant au tour de main, en face ils ont eu toutes possibilités de l’étudier dans les moindres détails tant il a été détaillé au cours de six débats.
Le résultat nous le connaissons et en novembre 2007 à Reims ceux qui n’étaient pas convaincu par la démarche ont redit un "niet" sonore et vindicatif. C’est sur que ceux là qui se réjouissent de la victoire d’Obama ne lui auraient pas donné l’ombre d’un espoir ici.
Il est absolument évident après la victoire d’Obama que le « Story telling » devient la démarche efficace pour se faire élire et pour réaliser le lien fort entre les élus et leurs électeurs. Qui voudrait croire que ce n’est qu’une mode Obama, doit très vite comprendre que c’est désormais la norme à peaufiner.
Dans ce contexte, le PS qui croit dur comme fer que sa bonne vieille méthode mise au point dans les années 70 pour obtenir 81 reste valable, se fout le crayon de maquillage dans l'œil sur plusieurs longueurs.
Alors au PS il y a maintenant deux stratégies possibles : celle des campagnes cassoulet, des politiques bien français, qui parlent pour ne rien dire - comme disent d’eux les américains, - et la stratégie du Story telling qu’utilise Ségolène ROYAL.
Quelle est la chance de vaincre de la stratégie du bon vieux PS face à Sarkosy: à mon avis aucune, de la motion de censure à la grève de la représentation, il joue la continuité de la construction en dur face à un tsunami politique qui va dévaster le paysage. Comme ce sera émouvant de visiter ces ruines dans 2000 ans. Il est évident que Sarkosy est déjà dans la préparation pour 2012 et qu’il va jouer de sa stratégie pour casser l’opposition suivant la bonne vieille technique : tu enlèves de plus en plus d’eau du bocal et tu regardes comment le poisson rose s’adapte. Pour l’instant il hurle au scandale et invoque le code pénal pour cruauté envers les animaux.
Côté Sarkosy, sa capacité d’adaptation est telle que désormais avec Obama à la Maison Blanche ça va faire ringard de tenir un discours de droite, très ringard. Lorsque le Président des USA dit qu’il va guider la main invisible du marché et tailler un costume neuf au bon vieux Adam Smith, que peut faire Sarkosy sinon dire qu’il l’attend pour changer le monde. Il va tomber rosir très fort notre président, rosir seulement. Qui va le contraindre à une politique sociale, à plus de justice, à respecter nos valeurs fondatrices comme vient de le redire devant son prédecesseur le nouveau président des USA ?
Y a-t-il des personnes au PS convaincues du Storytelling ? Elles sont parait-il majoritaires mais la pugnacité des tenants des vieilles méthodes est féroce pour ne pas le mettre en application : « Martine écarte de moi ce calice ». Non camarade, il te faut l’avaler d’un trait c’est du gros rouge.
Dans la catégorie je fais tout pour t’aider puisque j’ai tout compris, il y a la remarque très « positive », d’Hubert Védrine, très politicien français, qui fait observer au journaliste qui lui rapporte les propos de Ségolène Royal que dans le dispositif du storytelling Obama il y a au centre Obama.
Monsieur Védrine, qui à gauche sait et est capable de tenir le choc face à Sarkosy : DSK ?, Fabius ? Moscovici ? Aubry ? Hollande ? Montebourg ? Hamon ? Besancenot ?? Ah oui Jospin !! Autre solution : sauter plusieurs générations ??
J’ai tendance à penser que le poisson qui connaît le storytelling sait qu’il ne peut rien tout seul, que c’est sa relation aux autres qui est essentielle et que donc il ne faut pas se préserver du peuple mais l’impliquer. Monsieur Védrine la qualité d’Obama, ce n’est pas sa seule personnalité, c’est aussi celle d’animer une équipe performante qui travaille et s’élargit par cercles concentriques.
Yes we can !!
D'Artois
Commentaire: Merci, D'Artois de cette analyse - très en verve! - qui met en lien , en cohérence, des évènements actuels et des épisodes récents en France, et dans notre PS.
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Un clone est en piste...
(...) Des esprits chagrins ont relevé que Ségolène Royal – qui
s’est déplacée à Washington pour la cérémonie historique – avait
rappelé qu’une équipe du candidat aux élections présidentielles
américaines était venue voir comment fonctionnait, entre autres,
pendant la campagne électorale française de 2007, son site Internet Désirs d’avenir,
et que l’heureux élu s’en était inspiré. Si c’est le cas, est-ce
rédhibitoire ? Certes, il aurait été sans doute plus discret de n’en
pas parler. (ndlr: ah, bon? Pourquoi?)
Mais maintenant, nous savons que Sarkobama (® va « travailler », lui, en toute autre modestie, à « changer le monde » : il était temps qu’il s’inspire de « son copain », passé rapidement à l’Elysée le 25 juillet 2008, et venu se renseigner alors pour savoir comment on devient aussi facilement chef d’Etat.(...)