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11 février 2009

Slate.fr, dernier enfant de la toile

 

... après MEDIAPART et RUE 89

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Par Alice POUYAT
leJDD.fr
 

>> Après Bakchich, Rue89 et Mediapart, un nouveau site d'information non adossé à un titre écrit se lance mardi sur le web. Slate.fr, déclinaison française d'un site américain gratuit à succès entend se démarquer par des chroniques et des analyses décalées de l'actualité. Il sera dirigé par Jean-Marie Colombani, ancien patron du groupe Le Monde.

La cour d'information du web accueille mardi un nouveau joueur, un "pure player", c'est-à-dire un site non adossé à une publication papier. Ce 10 février, Jean-Marie Colombani, l'ancien patron du groupe Le Monde, lance en effet,   Slate.fr. Un petit dernier qui ne part pas de zéro puisqu'il s'agit en fait d'une déclinaison d'un site américain à succès: Slate.com.

Fondé en 1996 avec le soutien financier de Microsoft, racheté par le Washington Post, celui-ci réunit aujourd'hui 6 millions de lecteurs et ne cesse d'élargir son audience. Sa ligne éditoriale: des articles de fond et d'analyse sur un ton décalé ("slate" signifie littéralement "ardoise" mais aussi "critiquer" en anglais). Son cousin français saura-t-il en faire autant? Il ne se montre pas moins ambitieux en tout cas. D'après le message de bienvenue affichée en Une ce mardi le site souhaite "devenir l'un des principaux lieux en France d'analyses et de débats dans les domaines politiques, économiques, sociaux, technologiques et culturels".

Bug à la mi-journée

Pour atteindre son but, Slate.fr compte sur des signatures de renom. Jean-Marie Colombani s'est entouré d'anciens journalistes du Monde, Eric Le Boucher et Eric Leser, de chroniqueurs comme Jacques Attali et d'hommes de toile. Johan Hufnagel, ancien rédacteur en chef de 20 minutes.fr, Nicolas Vanbreemersch, alias Versac (longtemps animateur du blog versac.net) ou Giuseppe di Martino, directeur juridique de Dailymotion, sont embarqués.

Côté financement, la nouvelle société aurait déjà réuni 2 à 3 millions d'euros pour trois ans dans un premier tour de table mais, hormis Slate.com, qui détient 15% des parts, les autres actionnaires ne sont pas tous connus. Et pas question de faire payer les internautes. Contrairement au site Mediapart, Slate.fr fait le pari de la gratuité. Pari risqué en période de baisse des revenus publicitaires et de concurrence accrue sur le Web? Non, assure Johan Hufnagel, interrogé par leJDD.fr. Pour s'implanter durablement, les fondateurs comptent sur une "plus-value éditoriale", mais aussi sur des "couts de fonctionnement réduits". L'équipe rédactionnelle devrait compter pour l'instant une dizaine de personnes et une trentaine de chroniqueurs extérieurs. Le site est aussi autorisé à traduire deux à trois articles par jour de son grand-frère américain. Il prévoit enfin de revendre du contenu à des partenaires, dont l'opérateur téléphonique Orange.

Voilà pour ce qui est annoncé sur le papier. En ligne, on découvre mardi un site aéré mais encore un peu statique, ce qui devrait évoluer, promet Johan Hufnagel: "Notre priorité était de sortir le site, de pouvoir publier des articles et d'ouvrir les commentaires. Il va bien sûr s'améliorer dans la semaine et les mois à venir, en tenant compte des avis des internautes."

Quand au contenu, la première chose qui saute aux yeux, à la Une, est une "chronique inaugurale" de François Hollande, dont le blog est hébergé par le site. Une réponse à une rumeur laissant entendre que Slate.fr serait un contre-pied de droite à Rue89 ou Mediapart? "Cette chronique était programmée depuis longtemps, tout comme un article sur la réforme des universités d'Henri Rousso, peu tendre avec le gouvernement", répond Johan Hufnagel, qui insiste sur "l'indépendance du site".

Sur le fond alors, quelle différence avec Mediapart et Rue89, deux autres sites qui misent sur un traitement magazine de l'actualité? "Rue89 privilégie plus les news, Mediapart le scoop. Slates sera un site d'analyses et de chroniques", précise l'ancien rédacteur en chef de 20 minutes.fr. Comme ses deux concurrents, Slate.fr fait en tout cas la part belle au collaboratif avec une remontée des commentaires des lecteurs à droite du site (pour l'heure trop denses pour être lisibles) et des appels à participation des internautes. Une large colonne de gauche met aussi en avant une sélection d'articles publiés sur les autres sites.

Mais pour en savoir plus, il faudra attendre un peu. Mardi en milieu d'après-midi, le site était hors-service. Explication de Johan Hufnagel: "Nos serveurs nous ont lâché face à l'affluence des visiteurs. Nous sommes victimes de notre succès". Pour l'heure, de la curiosité en tout cas.

°°°°°°°°°°°

Initiée sur le web il y a une éternité (en 2005) par le site communautaire Agoravox, la presse française continue sa mue en ce début d'année 2009 avec le lancement de Slate. Slate.fr est une déclinaison française du célèbre web-magazine américain Slate.com, fondé en 1996 par Michael Kingsley, un journaliste de Time Magazine soutenu financièrement par Microsoft (le site, qui compte quelque 6 millions de lecteurs par mois, est aujourd'hui propriété du Washington Post). Slate.fr ("l'ardoise" en français) est lancé par Jean-Marie Colombani, ex-directeur et président du groupe Le Monde, accompagné de Eric Leser (ancien correspondant du Monde à New York), Eric Le Boucher (ex-éditorialiste économique du Monde et directeur de la rédaction du mensuel Enjeux-Les Echos), Johan Hufnagel (ex-responsable des éditions web de Libération, Marianne et 20minutes) et de l'économiste écrivain Jacques Attali. Curieusement, raillent déjà certains mauvais esprits, il manque Alain Minc et Bernard-Henri Lévy. Nicolas Vanbreemersch, alias Versac (du blog à succès Versac.net) et Giuseppe di Martino, ex-directeur juridique de Dailymotion.fr, font également partie de l'équipe qui rassemble pour l'instant une demi-douzaine de journalistes permanents épaulés par une quarantaine de pigistes et de chroniqueurs extérieurs (dont François Hollande, ancien patron du Parti Socialiste, qui y ouvre un blog). A l'instar de ses concurrents Médiapart.fr et Rue89.com, Slate.fr n'est pas adossé à une publication papier déjà existante mais il ambitionne comme eux de devenir "l'un des principaux lieux en France d'analyses et de débats dans les domaines politiques, économiques, sociaux, technologiques et culturels". Comme son grand frère américain, il veut également être un site de référence en matière d'analyses et de chroniques, et comme toute la nouvelle Presse française d'information en ligne, il mixe les concepts de journal d'actualité et de site communautaire participatif rédigé tout à la fois par des journalistes professionnels, des "experts" et une masse d'internautes plus ou moins naïfs vivement appelés à collaborer sur le mode interactif en étant élevés au rang suprême de blogueurs et de commentateurs, ce qui présente surtout l'avantage de fidéliser un public et d'augmenter l'audience d'un site à peu de frais. Côté budget, quelque 3 millions d'euros forment le capital de départ, détenu en majorité par les fondateurs. Slate Group détient 15% du capital de l'entreprise française et lui fournira quotidiennement du contenu (vidéos, articles, etc) pour les lecteurs français. Selon Jean-Marie Colombani, un fonds d'investissement spécialisé dans les nouvelles technologies doit venir compléter le tour de table prochainement (Lagardère Interactive, un temps pressenti comme actionnaire, s'est finalement retiré du projet). Slate.fr ne sera en tous cas pas financé par ses lecteurs puisqu'ils pourront accéder gratuitement au site. Le financement repose sur la publicité -- la régie publicitaire serait elle assurée par le groupe Lagardère -- et sur la revente de contenus exclusifs à divers partenaires, dont l'opérateur téléphonique Orange. Slate.fr se donne pour objectif de rassembler 700.000 visiteurs uniques par mois avant fin 2009 et d'atteindre l'équilibre financier avant 2012.
Slate est le petit dernier des sites d'information généraliste à se lancer sur le web français mais, depuis 2007, Mediapart.fr, Rue89.com, Bakchich.info, LePost.fr ou encore Arretsurimages.net l'ont précédé, chacun se revendiquant plus ou moins comme le "pionnier" du genre.......................
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