Appel de 25 professeurs contre la mort de l'hôpital public
NOUVELOBS.COM | 15.04.2009 | 15:15
Appel Le Nouvel Observateur publie cette semaine un texte signé par 25 grands professeurs des hôpitaux publics dénonçant le projet de réforme de Roselyne Bachelot, dont "le maître-mot", selon eux, "n’est plus la santé mais la rentabilité".

25 professeurs signent un appel contre le projet Bachelot pour l'hôpital public
(c) Reuters
En 1958, la grande réforme menée par le Professeur
Robert Debré allait permettre à la médecine française de devenir en 30 ans "la
meilleure du monde".
Cinquante ans plus tard, le Parlement va-t-il voter la
loi "Bachelot" qui porte en elle la disparition de cette médecine hospitalière
au profit d’une médecine mercantile ? Le maître-mot n’est plus la santé mais la
rentabilité. La préoccupation centrale n’est plus le malade mais le compte
d’exploitation de l’hôpital. Et les premières victimes en seront les patients et
les soignants.
Cette loi cale l’hôpital sur l’entreprise. Elle donne tous
les pouvoirs au Directeur de l’Hôpital, nommé et révoqué par le Directeur de
l’Agence Régionale de Santé, lui-même nommé et révoqué par le Conseil des
Ministres. Ce directeur pourra n’avoir aucune compétence médicale ou en
santé.C’est pourtant lui qui arrêtera le projet médical de l’hôpital. Lui aussi
qui nommera et révoquera les médecins responsable des structures de soins
(pôles, départements, services…). Sur quels critères ?
La tarification des
actes est semblable dans les secteurs privé et public – comme si les pathologies
et la continuité des soins y étaient comparables ! La pensée marchande dont se
prévaut cette loi réduit le qualitatif au quantitatif, le malade au tarif de sa
maladie.
Dans le même temps on organise des suppressions massives et
injustifiées d’emplois d’infirmières et d’aides-soignants.
Bien sûr,
l’hôpital public doit être réformé. Mais certainement pas de cette manière.
Il faut repenser l’organisation hospitalière pour répartir de manière
harmonieuse sur le territoire, sans redondance, les stuctures de soins et les
spécialités en prenant en compte aussi leur niveau de technicité et l’accueil
des urgences ; organiser la continuité des prises en charge au fur et à mesure
de l’évolution du type de soins que demandent les malades
Il faut réfléchir
aux nouveaux métiers de la médecine ; prendre en compte la nécessaire
pluridisciplinarité ; reconnaître et valoriser les actes des infirmières et des
personnels paramédicaux (psychologues, diététiciennes, orthophonistes, etc.) ;
promouvoir la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique.
Il faut
impliquer toutes les unités de soins hospitalières dans des activités de
recherche structurées et adosser les orientations cliniques à un projet médical
qui ne soit pas fondé sur la rentabilité mais d’abord sur les besoins de la
population, l’évolution prévisible des grandes questions de santé publique,
l’avancée des connaissances et des progrès technologiques.
Il faut un
financement, propre à l’hôpital, qui tienne compte de l’innovation, de la
lourdeur des pathologies, de la précarité, des handicaps de la vie.
A cet
effort-là, source de progrès et de solidarité, tous les médecins et personnels
hospitaliers sont prêts à souscrire. Mais pas à cette loi destructrice et
injuste.
Soyons clairs. Si cette loi n’est pas amendée, elle s’appliquera
sans nous, médecins et chirurgiens de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris.
Demain, côte à côte, et pour la première fois, infirmières, agents hospitaliers
et administratifs, médecins seront dans la rue. Preuve que les mentalités ont
changé, que l’union est faite pour que soit supprimé le volet hospitalier de la
loi "Bachelot" et pour que s’ouvre enfin un débat à la hauteur de l’enjeu : il
est encore temps et il est urgent d’organiser les Etats Généraux de l’hôpital
public.
Pr. Basdevant, endocrinologue, Pitié Salpetrière
Pr.
Bourgeois, rhumatologue, Pitié Salpetrière
Pr. Bousser, neurologue,
Lariboisière
Pr. Brochard, anesthésiste réanimateur, Henri Mondor
Pr.
Dubourg, cardiologue, Ambroise Paré
Pr. Fischer, pédiatre, Necker Enfants
Malades
Pr. Franco, chirurgien digestif, Antoine Béclère
Pr. Frydman,
gynécologue obstétricien, Antoine Béclère
Pr. Gaudric ophtalmologue,
Lariboisière
Pr. Gluckman, hématologue, Saint Louis
Pr. Godeau, médecin
interniste, Henri Mondor
Pr. Grimaldi, diabétologue, Pitié Salpetrière
Pr.
Guillevin, médecin interniste, Cochin
Pr. Kieffer, chirurgien vasculaire,
Pitié Salpetrière
Pr. Kuttenn, gynécologue médicale, Pitié Salpetrière
Pr.
Lyon-Caen, neurologue, Pitié Salpetrière
Pr. Mariette, rhumatologue,
Bicêtre
Pr. Menasche, chirurgien cardiaque, Georges Pompidou
Pr. Musset,
radiologue, Antoine Béclère
Pr. Niaudet, pédiatre, Necker Enfants
Malades
Pr. Sahel, ophtalmologue, Hôpital des Quinze-Vingts
Pr. Sedel,
chirurgien orthopédiste, Lariboisière
Pr. Valla, hépatologue, Beaujon
Pr.
Varet, hématologue, Necker
Pr. Vernant, hématologue, Pitié Salpetrière
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