Sarkozy vampire des médias?
Par birenbaum sur LE POST le 05/06/2009
Hier soir l'émission "Temps présent" sur la Télévision Suisse Romande (TSR) a dressé un portrait accablant du Président Sarkozy.
Sujet : ses rapports tendus et complexes (et réciproquement) avec les journalistes français.
Un reportage qui, après avoir montré les difficultés de l'équipe suisse
qui espérait approcher le Président (ce fut impossible), voulait
convaincre, preuves à l'appui, que les journalistes français sont comme
tétanisés (entre un prudent silence et l'auto-censure) par ce "Sarkozy, vampire des médias" (c'est le titre du sujet).

J'ai regardé l'émission.
Vu de France, je dois bien avouer qu'on commence par regretter que bien
peu de journalistes (français) ou d'autres témoins, apportent dans
cette émission de nouveaux éléments "à charge" au delà de tous ceux
(certes nombreux) que nous connaissons déjà...
Bien sûr, Patrice Machuret,
journaliste à France 3, auteur du livre L’enfant terrible, révèle qu'en
"off" le Président, énervé par son livre, l'aurait qualifié de "crétin"
et de "honte de la profession". Mais au pays du "casse toi, pov'con",
le "crétin" reste finalement assez mesuré...
On apprend aussi que, désormais, le correspondant en France du Matin - le journal suisse qui avait osé briser l'omerta et sortir le premier les informations sur le départ de Cécilia Sarkozy, en 2005 - travaille toujours en France, mais caché sous un pseudonyme...
Le patron du journal, explique, en effet, face caméra : "Il ne devrait
surtout pas se trahir parce qu'il subirait des conséquences On vu avec
d'autres journalistes, ce qui s'est passé... Il va pas se faire tuer
comme en Russie...Mais il subit des conséquences... "Sur sa vie
économique"... termine alors le journaliste qui l'interviewe... "Oui...
j'en suis certain" rajoute alors le patron du Matin. Dommage, en l'occurrence, que son interviewer ne l'ait pas laissé finir tout seul...
Alain Genestar
vient ensuite, en assez cocasse martyr du Sarkozysme. Il est accompagné
de son chien... Comment ne pas y voir une sublime (involontaire ?)
référence au célèbre
discours de François Mitterrand à l'occasion de la mort
de Pierre Bérégovoy ?
L'ex-patron de Paris-Match déroule pour la Xième fois son
"haut fait d'arme" : la publication de la photo de Cécilia Sarkozy
avec Richard Attias, à New York, à la "une" de Match. Et le licenciement qui en suivit. Rien de neuf.
David Pujadas est, lui, interviewé à propos des récents changements dans l'audiovisuel public et les nominations de ses patrons par le pouvoir : "un pari compliqué". Il en pointe les risques pour l'information, l'heureux nommé étant "redevable de quelque chose au pouvoir exécutif"... D'où le risque de l'auto-censure.
La courageuse Audrey Pulvar
évoque, elle, clairement cette auto-censure chez certains de ses
confrères, avant de revenir sur l'échange très très musclé qu'elle
avait eu avec le Président et que j'avais pointé, sur
Europe 1 et sur Le Post, dès le lendemain...
La journaliste de France 3 explique : "Ça aurait pu déraper... Et...
moi, j'étais dans une position où j'aurais pu en profiter pour prendre
l'avantage à ce moment-là. J'ai préféré faire l'inverse, c'est à dire
lui tendre une perche en lui disant 'oui en tant qu'être humain, vous
sous-entendez en temps qu'être humain, et non évidemment en tant que
femme noire'..." .
Un comportement qui honore l'intelligence d'Audrey Pulvar.
J'imagine d'ailleurs assez mal comment l'échange aurait pu tourner si elle avait agi différemment...
Vient ensuite l'épisode du "off" de France 3 (avant la même interview)
et la plainte - un peu forcée par le pouvoir - de France 3 contre des
journalistes de Rue 89 et de France 3... Surprenante chute ici : la
voix off (un peu trop omniprésente tout au long de l'émission) explique
: "Face à au soutien du monde médiatique et à l'ampleur que prend cette
affaire Les quatre journalistes seront relâchés le jour même..."
Rappelons tout de même à nos confrères suisses (et rassurons-les) que
les journalistes entendus dans cette "affaire" n'ont tout de même
jamais craints un seul instant d'être placés en détention !
J'aurais pu aussi évoquer Jean-Michel Thénard qui évoque la "presse de révérence" à la française... Les quelques mots trop rares (normal, je fais de la
lèche à mon producteur...)
de Daniel Schneidermann, à propos de la non reconduction de Jean-Paul
Cluzel à Radio-France... Et les quelques instants passés avec l'ami Didier Porte
qui, suivi par l'équipe de la TSR, l'oute publiquement au micro du "fou
du Roi" sur France inter... Pas idéal pour leur faciliter le travail !
Évidemment, à la fin de l'émission, un téléspectateur suisse a
certainement beaucoup appris sur l'état plutôt problématique de notre
démocratie, observée du seul point de vue des rapports entre notre
Président et lémédia.
En revanche, ici, nous sommes tellement blasés et habitués à la
situation que la dramatisation un peu forcée du sujet conduira
probablement les téléspectateurs français à en sourire (jaune).
Mais que je suis niais !!!
Pourquoi donc évoquer la réception du sujet par des téléspectateurs français (en dehors de ceux qui captent la TSR) ?
Là, c'est moi qui suis complètement Hors-sujet !
Ce reportage, aucun patron de chaîne française n'osera(it), ne pourra(it), ne voudra(it) - rayer la mentions inutiles - le diffuser !
D'où l'utilité du net...
À vous de juger comme dirait l'Autre (qui, bizarrement, n'était pas dans le sujet...).
L'émission de la TSR est en ligne ici et, outre les deux extraits, dans un monde idéal, elle apparaîtra intégralement dans ma page, un peu plus tard dans la journée...
(Source: TSR)