PS : un rapport propose d'organiser des " primaires ouvertes " en 2011
La commission Montebourg définit les modalités d'une consultation étalée sur cinq mois
C'est au " peuple de gauche " de désigner le candidat qui portera ses couleurs à la présidentielle de 2012. Tel est le message du rapport remis, jeudi 18 juin, par Arnaud Montebourg, secrétaire national à la rénovation, à Martine Aubry première secrétaire du PS. Ce document presse le parti d'organiser " des primaires ouvertes et populaires " en constatant l'impasse dans laquelle il se trouve.
" Nous cherchons encore un successeur à Lionel Jospin (...) aucun leader naturel ne s'est imposé et nos institutions ne permettent pas de choisir entre nos nombreux talents ; au contraire elles les broient ", constate le rapport rédigé par une commission rassemblant les diverses sensibilités du PS. " Comme le montrent les élections européennes, il y a une majorité progressiste mais la faiblesse de leadership socialiste et la fragmentation de notre camp donnent la victoire à l'UMP ", souligne encore le texte.
La commission propose qu'une charte définisse " à froid " les règles du jeu d'une primaire élargie à tous les sympathisants de gauche. Seraient mises en lice des personnalités issues du PS et d'autres, présentées par des organisations appartenant à " la gauche de gouvernement " (Verts, PCF, Parti de gauche, Parti radical de gauche, Mouvement républicain et citoyen).
En pratique, seraient constituées des listes électorales sur lesquelles viendraient s'inscrire les citoyens qui le souhaitent, en versant une contribution de un ou deux euros. Les votes, organisés par les militants PS sous le contrôle d'un comité d'organisation et en présence d'huissiers de justice, se tiendraient le dimanche sous de vastes tentes installées devant les bâtiments publics. Si l'on se réfère aux primaires organisées à l'étranger, quelque 10 % du corps électoral - soit 4 millions de personnes - serait susceptible d'y prendre part.
Ce " grand exercice de participation populaire ", aux allures de marathon, débuterait en février 2011 par une phase dite " d'éliminatoires " de quatre mois. S'il décidait de se porter candidat, tout membre de la direction du PS - y compris son numéro un - devrait se mettre en congé de ses fonctions. Afin de donner leurs chances à " des candidats nouveaux, différents ", les conditions de parrainage seraient souples.
Un premier vote éliminatoire serait organisé dans dix départements et permettrait de retenir les candidats ayant dépassé le seuil de 5 % des voix. Un second tour aurait lieu dans vingt autres départements et fixerait la barre à 10 %. Le troisième tour serait organisé dans les départements restants ; seuls les concurrents ayant dépassé 15 % des votants seraient habilités à se présenter au premier tour de la " grande " primaire. La finale opposant les deux derniers candidats aurait lieu en juin 2011. Elle serait suivie, selon l'exemple des Etats-Unis, par une convention de " réunification ", propose le groupe de travail qui multiplie les références à la campagne de Barack Obama.
" UN MYTHE "
La commission dénonce " le mythe selon lequel le programme présidentiel est élaboré collectivement par le parti et que l'on choisit ensuite un candidat pour le porter ". Les primaires, assure-t-elle, auront " pour effet salutaire de libérer le travail sur le projet " en permettant de " trancher la ligne politique " du parti.
Commandé par la direction du PS, ce rapport dessine un accord majoritaire. Christophe Borgel, le secrétaire national aux élections, qui représentait le courant de Martine Aubry a voté pour, tout en précisant qu'il ne " se prononçait pas sur les modalités concrètes d'organisation ". Le représentant de François Hollande n'a pas pris part au vote alors que celui de Laurent Fabius était volontairement absent.
Les partisans d'un système de primaires veulent maintenant faire pression sur la direction du PS. Le rapport fixe " un préalable : arrêter maintenant, avant la fin 2009, le principe et les modalités de la primaire présidentielle ". Reste à convaincre la première secrétaire. Lors du bureau national du 16 juin, Martine Aubry avait annoncé que la discussion sur les primaires n'aurait lieu qu'en juin 2010, dans le cadre d'une " convention de la rénovation ".
Jean-Michel Normand