Rocard, symbole d'une deuxième gauche ralliée au sarkozysme
(......) En revanche, Sarko est peut-être en train de faire carton plein au sein de la deuxième gauche. Il y a d'abord le cas Rocard, déjà évoqué plus haut. Le Président vient de lui permettre de renouer avec la fonction dans laquelle Mitterrand l’avait confiné en 1981 : le Plan. Car qu’est-ce qu’une revisitation du plan sinon cette mission qu’on vient de lui confier sur le Grand Emprunt ? En fait, Sarko a fait une véritable razzia parmi les fils fatigués de Delors et Rocard. Il ne reste plus qu'Hollande et Royal dans cette planète. Beaucoup de rescapés de la deuxième gauche sont devenus, peu ou prou, des collaborateurs du régime : Bernard Kouchner est arrivé le premier ; il avait sans doute négocié son ralliement alors qu’il appelait à voter Ségolène. Toujours prudent, il a emmené Martin Hirsch dans ses bagages. Jean-Marie Bockel a suivi.…. Christian Blanc n'a pas tardé. Cet homme de dossier, doté du charisme d’une chauve-souris a plongé le nez dans le dossier hyper-techno du Grand Paris. Marin Karmitz a été propulsé au Conseil de la création artistique. Alain Bauer a été non seulement le conseiller écouté de Sarkoland en matière de sécurité (cf. l'affaire Julien Coupat ), mais aussi un expert récompensé par une chaire au Conservatoire des Arts et Métiers, un autre fait du prince. Richard Descoing, trop jeune pour être rocardien, mais qui pense pareil, a rédigé un rapport sur le lycée sans obtenir contre toute attente, le poste pour mettre en musique la partition qu'il a rédigée.
La deuxième gauche médiatique n'est pas en reste. Denis Olivennes sera béni chaque matin par des millions d'internautes pour avoir dirigé la commission qui donnera naissance aux lois Hadopi. Un autre membre des Gracques, Bernard Spitz, a dirigé l'une des quatre commissions des Etats Généraux de la presse. Il a suffi d'un déjeuner pour circonscrire Jean Daniel. Laurent Joffrin n'est pas encore rallié, mais il a déjà apprécié le geste républicain du Président qui a regretté, dix-huit mois plus pard, son agressivité envers lui lors de sa fameuse conférence de presse du 8 janvier 2008. C'est peut-être un premier pas. Philippe Val, lui, n'a pas appartenu directement à la deuxième gauche. Il est plus volontiers bhliste. Mais ça revient un peu au même, le bhlisme étant devenu l'aile diplomatique du rocardisme depuis la guerre du Kosovo. Bref, Val, lui, a devancé Joffrin en acceptant la direction de France Inter.
La liste des rocardo-deloro-ralliés est loin d'être exhaustive. Mais elle est sans doute significative d'une plus grande fluidité idéologique entre le sarkozysme et le réformisme de gauche. Le rocardisme comme le delorisme peinaient à se trouver des différences avec une droite française qui s'est toujours vantée, à raison, d'être plus à gauche que Tony Blair. Avant la crise, la deuxième gauche partageait avec le sarkozysme une admiration pour l'efficacité du marché et une passion pour réformer l'Etat et l'amaigrir pourt le rendre plus efficace. Voilà pourquoi l'ouverture sarkozyste aura plus de chances de se pousuivre parmi les bataillons désormais clairsemés de la deuxième gauche que parmi ceux, encore consistants de ce qu'il reste de la première gauche.