Discours de S. Royal à Montpellier
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discours Ségolène Royal montpellier partie 2
par Cyril-CIBERT
Verbatim du discours
Mes
chers amis,
Permettez moi de vous dire ma joie et ma
tendresse de vous voir, nombreux, vous qui êtes venus parfois de si
loin, vous qui restez heureux et présents, par jour de grand beau
temps comme par jour de tempêtes.
Nous avons marché
ensemble et nous marcherons encore longtemps ensemble. Car c’est
cela, l’esprit de notre mouvement citoyen, c’est cela l’esprit
de Désirs d’Avenir : un rassemblement de citoyens en mouvement qui
marchent, ensemble pour ouvrir un autre chemin.
Merci à tous
les artistes, les créateurs, de leur don … celui de leur art pour
nous offrir de la joie. Merci à ceux de l’ombre, ceux des
coulisses, ceux qu’on ne voit jamais et sans lesquels rien ne
serait possible.
Merci à Brahim Abbou, notre magnifique
Brahim, à toute l’équipe du comité local de Désirs d’avenir,
à Cités d’avenir : vous avez fait un travail formidable,
enthousiaste, chaleureux qui a porté cet évènement. Merci à
Hélène Mandroux qui nous accueille dans sa belle ville, merci à
Jean-Louis Bianco, Delphine Batho, Guillaume Garot, Dominique
Bertinotti, Najat Vallaud-Belkacem, Marie-Monique Robin, Daniel
Maximin pour votre présence et pour la qualité exceptionnelle de
vos interventions. Merci à Jean-Pierre Mignard, mon ami, qui vous
envoie le bonjour et s’excuse de ne pouvoir être parmi nous. Je ne
l’oublierai jamais. Il est à Libreville dans le cadre de son
métier d’avocat.
Martin
Luther proclamait « le courage, c’est de ne pas se
soumettre aux circonstances. »
Permettez moi, aujourd’hui, de saluer VOTRE courage. Le courage de
ne pas céder, de ne pas douter, malgré les vents tourbillonnants
qui ne sont, au fond, que l’écume des vagues. « La vie, comme le
combat politique est faite de méandres, de flux et de reflux. C’est
le mouvement même de la vie. ». C’est François Mitterrand qui
disait cela.
L’essentiel, c’est de garder son cap,
d’avancer avec sa boussole et de ne pas quitter des yeux
l’objectif que nous nous sommes fixés.
Le
microcosme parisien, dérouté par ma liberté par mon refus de
m’assujettir à leurs codes leurs compromissions a entamé la mise
en accusation répétitive et obsessionnelle sur la solitude.
Comme
si quelques notables de la politique en attente de jours meilleurs et
allant faire leur marché ailleurs, comptaient davantage que vous
tous qui donnez généreusement votre temps, vos déplacements, vos
énergies, vous êtes vrais, simples, heureux, vous êtes la France
qu’on aime.
Moi,
ce qui me préoccupe ce n’est pas mon sort personnel, c’est le
sentiment de solitude et même d’abandon que ressentent des
millions de français. Qu’entendons-nous ?
Les questions de vie quotidiennes sont là, de plus en plus
pressantes : « qu’est-ce qui va se passer si la grippe arrive dans
l’école de mon enfant ? Si je perds mon boulot ? Que va devenir ma
vie, ma famille, si mon entreprise est menacée, si je tombe malade,
si je ne peux pas rembourser mon emprunt, si je n’arrive pas à
payer d’études à mon fils ou ma fille, s’ils ne trouvent pas de
travail ? »
Le pouvoir nous abandonne et nous laisse seuls
dans l’adversité. Tout un peuple abandonné en quelque sorte par
ses dirigeants, voilà la vraie, la dure solitude à laquelle les
télés devraient s’intéresser. La fragilité croissante n’épargne
personne. On se méfie des gens de pouvoir, perçus comme incapables
d’arranger le désordre. « Même quand ils agissent, pas de
résultats concrets » entend-on. Alors oui, il faut d’urgence des
résultats, ici et maintenant. Tout le reste, c’est du temps perdu
et de l’embrouille.
Les politiques sont perçus comme des
marchands de mots. « Taxes » : voilà le mot le plus rejeté, car
même habillée en vert c’est une contrainte de plus. « Pourquoi
ajouter des contraintes aux contraintes alors que la vie devient plus
dure. On a l’impression d’avoir de moins de moins de liberté
dans la vie quotidienne, même plus de liberté de la pensée. »
Combien de témoignages disant : « Je l’avoue : je me
replie de plus en plus sur mon pré carré : ma famille, mes proches,
les miens quoi. Je suis de gauche et je m’aperçois avec
stupéfaction que j’ai du mal avec certains mots, je ne les
comprends plus « collectifs », « soutien aux plus défavorisés »
ou même « solidarité ».
Mots qui ébranlent nos
certitudes et nos propres mots, usés à force d’être ressassés.
Osons le dire.
Solidarité ? Mais solidarité avec
qui, quand on reçoit si peu ? On culpabilise les gens, on les traite
comme des privilégiés parce qu’ils ont un CDI, comme si c’était
un luxe ; on leur dit qu’ils sont de mauvais citoyens parce qu’ils
utilisent leur voiture pour aller à un pique nique en famille le
dimanche, comme si c’était un crime de lèse planète en vérité
le coup d’une taxe. Et pendant ce temps, les vrais privilégiés
prospèrent. La connivence, les réseaux de relations les protègent.
C’est insupportable. De la même façon que l’on risque de rendre
l’écologie difficile en créant des taxes nouvelles, on risque de
galvauder ce beau mot de « solidarité », à force de l’invoquer
sans mettre à bas les rentes des vrais privilégiés.
Alors,
c’est pour tous et pour toutes que nous devons nous sentir fort de
notre force, libre de notre liberté, sereins de notre sérénité.
Parce que nous
avançons ensemble, parce que nous innovons ensemble, parce que nous
entreprenons ensemble, parce que nous nous respectons mutuellement,
parce que nous rêvons aussi un monde meilleur et que nous mettons,
n’en déplaise à certains, toute notre énergie, toute notre
force, toute notre créativité au service des autres et au service
de la France.
Parce que le peuple est debout, parce que nous
sommes les citoyens et que nous travaillons à l’avènement de ce
Siècle Citoyen où l’on reprendra la maîtrise des choses, de nos
vies sans subir le joug d’un pouvoir inerte.
Et de
cela je suis fière ! Et de cela nous n’avons pas à rougir !
Et de cela nous n’aurons jamais à nous excuser, quelle que
soit les scepticismes, les ricanements et les menaces. Soyons fiers
du travail que nous faisons ensemble, soyons fiers des fêtes de la
Fraternité que nous réussissons ensemble, soyons fiers de nous pour
donner envie à beaucoup d’autres, à des milliers d’autres de
nous rejoindre pour avancer.
Mes
chers amis, venus de partout.
Quel
chemin parcouru depuis l’automne dernier !
Depuis cette première fête de la Fraternité qui fit couler
tellement d’encre.
Vous avez vu depuis, ne boudons pas cette
gourmandise, à quel point après les ricanements du Zénith le
mot Fraternité s’est invité dans toutes les discussions, dans
tous les discours, dans toutes les déclarations. Je m’en réjouis.
Ce mot appartient à la France. Il est l’un des socles de notre
pays, de notre démocratie, il est le grand vœu des Lumières !
Avec la liberté et l’égalité.
Quel
chemin parcouru depuis un an !
Nous
avons lancé les Universités Populaires Participatives. Chacune
d’elle a été un grand succès. Nous avons réuni des milliers de
personnes cette année pour débattre ensemble, avec des
spécialistes remarquables, sur des sujets fondamentaux :
Qu’il
s’agisse de la crise financière, ou comment la surmonter avec des
hommes à la pointe de la réflexion économique comme Philippe
Aghion ou Yann Algan ….
Qu’il s’agisse des liens
entre l’Europe et l’Afrique… personne n’oubliera l’émouvante
et puissante intervention de Stéphane Hessel, saluant le
pardon de Dakar, saluant aussi notre volonté d’imposer la
fraternité dans le débat public. Et nous avons entendu Daniel
Maximin, si brillant et si convainquant.
Que nous évoquions
la crise alimentaire ou la Fraternité, avec les interventions si
humaines de Régis Debray et Jean Claude Guillebaud. Marie Monique
Robin, le monde selon Montsanto nous a montré tout à l’heure les
liens étroits et protection de la planète.
Oui,
nous avons, depuis un an, avancé à pas de géants.
Le
1er Octobre, à Poitiers, débutera et pour 3 jours
l’université populaire du grand sociologue Edgar Morin sur les 7
grands défis que doit relever l’humanité : défi de la politique
et de la gouvernance internationale, défi économique, social,
écologique, éducatif et éthique, le vendredi 2 octobre à 18
heures, Université participative européenne. Ces défis que je fais
mien et que je porterai dans toutes mes actions nationales et
internationales en votre nom et au nom des Français.
Oui,
mes amis, nous pouvons être heureux de ce que nous sommes et de ce
que nous faisons. Désirs d’avenir, armé de son enthousiasme, de
son savoir faire et de sa croyance en demain, Désir d’avenir à
construit cette année des bases solides de réflexions et d’action
concrètes pour demain.
En venant ici, je repensais à cette
année qui venait de s’écouler.
On
peut tout faire si on reste chevillé à la base ;
On peut tout
faire quand on reste à l’écoute populaire ;
On peut tout faire
quand on n’a pas peur de parler ;
On peut tout faire quand on
n’a pas peur de la vérité et que l’on accepte de se remettre en
cause;
Avec
vous, je n’ai pas peur de parler ;
Avec vous, je n’ai pas
peur de la vérité ;
Je crois à la force citoyenne ;
Oui, ce
qui compte, c’est la constance, et le chemin dans lequel nous
avançons !
Ce qui compte, c’est notre cohésion et notre
volonté d’avancer malgré les embûches ;
Ce qui compte, c’est
notre respect mutuel ;
Ce qui compte, c’est notre fraternité,
qui est plus grande que nous et qui va encore nous faire grandir et
donner envie de nous rejoindre !
A nous ensuite qu’il y a une
autre façon de faire de la politique, humaine
et efficace.
Qu’est-ce
que c’est que la fraternité et comment peut-elle nous faire agir
?
La fraternité «
consiste à devenir frère et sœur avec tous ceux qui ne sont ni nos
frères ni nos sœurs. »
J’y vois là une clé essentielle
pour permettre une nouvelle conscience mondiale, ce
nouveau siècle citoyen.
La fraternité,
c’est ce sentiment qui dépasse toutes les différences pour nous
permettre de vivre ensemble.
Dans un monde frappé par une
crise morale sans précédent, un pessimisme latent, un «
aquabonisme » quotidien, tant la vie est difficile, tant l’horizon
semble bouché, dans les rapports familiaux, sociaux , se dégradent,
dans un monde au cœur glacé, ou l’individualisme est la seule
réponse que l’on peut trouver pour se protéger des coups qui
pleuvent, lié à une politique injuste qui accorde tout à
ceux qui ont tout et n’accorde rien à ceux qui n’ont déjà pas
grand-chose. Liés aussi à une dégradation du lien républicain…
dans ce monde qui ressemble de plus en plus à une jungle, où la loi
du plus fort remplace peu à peu le progrès social, oui dans
ce monde qui s’empoisonne, la fraternité doit agir comme un
puissant contre poison.
Nous sommes meurtris par les suicides
à France Télécom. Ils disent une souffrance, personnelle mais
aussi peut être sociale, du à un changement brutal de culture de
cette entreprise, à ces murs de silence derrière lesquels on
s’enferme quand la pression devient trop forte.
Je
n’irai pas plus loin mais je ressens ces vies écourtées par le
chagrin comme une alerte, qui doit tous nous rappeler que la
fraternité, c’est
justement combattre la société de défiance. Fraterniser, c’est
établir de nouveau rapport dans l’entreprise, un nouveau dialogue
social.
Nous sommes aussi meurtris par la souffrance des
salariés des usines qui ferment, Molex, Continental… Ouvriers
humiliés, bafoués… Chez Fabris, on menaçait de faire brûler
l’usine et je les comprenais parce qu’à leurs côtés je voyais
l’humiliation, la désespérance, être traités moins bien que les
machines, liquidés avec la mémoire ouvrière que l’on écrase
sans un geste, sans un mot, sans la moindre contrepartie alors que
l’argent continue de couler à flots sur des banquiers véreux.
Il y a 150 ans naissait Jean Jaurès. Jaurès engagé comme
un lion dans la lutte pour la justice sociale, Jaurès qui, avec une
écriture magistrale, décrit avec tant de force la souffrance
ouvrière de la fin du 19ème siècle, évoque « un système
de métal qui traite les hommes comme des marchandises ! « Un
siècle plus tard, rien de vraiment différent. Toujours un système
dont les mâchoires d’acier broie les plus faibles.
Ce
combat de la dignité, c’est notre combat, à nous les socialistes,
à nous les progressistes, a nous la gauche ! Le combat pour le
respect humain, de la justice sociale. Le courage, écrivait-il,
c’est de chercher la vérité et de la dire. Même si elle
dérange, même si elle réveille toutes les oppositions les
plus violentes.
Vous, moi, nous sommes les héritiers de ces
idées là. Nous sommes les gardiens de la devise de la France «
liberté, égalité, fraternité. »
La France de la
Fraternité peut elle accepter cela sans réagir à cette offense
faites aux salariés ? La politique est une affaire de décision,
d’échelle de valeur et je ne crois pas, moi, que la politique soit
impuissante devant l’économique. Je crois au pouvoir du dialogue
social, et fraternel.
Mais
la fraternité se forge aussi dans le combat contre l’adversité.
Cet incroyable
ressort humain qui se réveille lorsque nos vies sont menacées. Plus
de querelles de voisinage, plus de querelles de clochers. Quand la
tempête souffle et détruit le village, tout le monde le
reconstruit, ensemble, sans état d’âme en se donnant du courage.
C’est aussi la fraternité des ouvriers de Continental qui se
déplacent à Hanovre pour fraterniser avec les ouvriers allemands.
« Les forces divisées s’annulent » écrivait
Victor Hugo. La fraternité les additionne, les multiplient là ou
l’indifférence et l’injustice sociale les soustrait, les
divisent, les affaiblit.
C’est
cela qui anime à Désirs d’avenir. Oui, Désirs d’avenir est un
mouvement de citoyens, ancré dans la réalité, dans l’écoute et
dans le plaisir d’être ensemble pour être utile.
Nous
sommes pour la plupart d’entre nous engagés à gauche depuis tant
d’années, dans les associations, au parti socialiste, dans
des syndicats.
La
fraternité, c’est l’union des forces mais l’union est aussi un
combat. Unissons-nous, hommes et femmes de bonne volonté pour
changer notre pays qui supporte tant de mauvais coups en ce
moment.
Soyons
confiants et travaillons tous ensemble, mobilisons pour peser.
La
fraternité, ca n’est pas un concept abstrait, un ornement de
plus sur une guirlande de mots.
Oui,
c’est une arme, un levier politique, un axe autour duquel doit
s’accrocher toute décision politique, économique ou sociale.
C’est la seule arme pour sortir de l’abstraction.
L’abstraction, le virtuel qui consistent à couper tous les liens ,
même les plus infimes entre le virtuel et le réel…. entre les
chiffres glacés des taux de rendement et la réalité humaine qui a
permis d’obtenir ces chiffres… entre les décisions prises
dans un bureau de New York et les conséquences concrètes à
Gandrange ou ailleurs… entre le cargo qui dégaze dans l’Atlantique
et les dégâts souvent irréparable sur l’environnement et donc la
vie des êtres humains… .On peut multiplier à l’infini les
exemples de cette abstraction, de cette rupture quasiment intégrale
dans la chaine humaine qui fait que l’on ne perçoit même plus,
même théoriquement, les conséquences directes de notre décision.
Oui, cette abstraction est bien l’une des sources
empoisonnées de notre temps .
Oui
la fraternité est l’antidote au virtuel, à l’abstraction qui
détruit notre terre commune
: la conscience aigüe de l’autre que nous avons le devoir de
retrouver et le respect de l’humanité de chacun, la nécessité
vitale d’établir un nouveau code de comportement dans les
relations entre un Etat et ses citoyens, un patron et ses salariés,
un gouvernement et les syndicats.
Oui,
nous devons passer un nouveau contrat humain entre les différents
corps qui composent ce pays, ce continent et cette planète.
On
m’objectera que ce sont là des mots, des utopies et des concepts.
Moi, je crois bien au contraire que c’est la première mission d’un
dirigeant politique dans le monde qui s’avance : porter ces valeurs
fondamentales et encourager par tous les moyens, à revenir à notre
creuset commun : notre humanité. Mohammad Yunus, le prix Nobel
de la paix indien, inventeur du micro-crédit, le dit de très belle
manière : tous les êtres humains ont un désir très ancré d’aider
les autres. Or, le système actuel, qu’il soit politique ou
économique oublie cet aspect fondamental de l’être humain. Nous
marchons à l’envers.»
Le système actuel pousse à
écraser l’autre. Mais en écrasant son voisin, on s’écrase
soi-même. C’est grâce à ce retour au fondement même de la
démocratie, grâce à cette fraternité active, qu’il y aura des
victoires durables.
La
Fraternité, c’est aussi la conscience de notre citoyenneté
planétaire.
«
Nous sommes tous des Africains, nés il y a 3 millions d’années
et cela devrait nous inciter à la fraternité ». Voilà ce
qu’affirment Yves Coppens, découvreur de Lucy en Ethiopie et
Michel Brunet, découvreur Thoumaï au Tchad. Voilà un
magnifique démenti à tous ceux qui considèrent que l’homme noir
n’est jamais entré dans l’histoire.
Oui,
la Fraternité c’est l’antidote au racisme, à l’antisémitisme.
Oui, la Fraternité c’est
l’hymne à l’ouverture, à la coexistence et pour nous ici, en
France… à la France métissée… Je vous salue, chers amis, chers
habitants des quartiers de Montpellier ! Je salue la France métissée…
la chance de la France.
«
Chaque homme, chaque femme porte en lui l’humaine condition. »
C’est une vérité qui s’impose jour après jour à l’échelle
planétaire. Nous assistons dans un fracas épouvantable, à
l’effondrement de ce vieux monde, basé sur le capitalisme
financier à outrance, une forme d’amoralité économique et
environnementale. A nous de replacer au centre de tout cette
fraternité humaine qui transcende les différences sans aliéner ce
qui est précieux dans la différence.
Je vous le dis, mes
amis, la fraternité est née du siècle des lumières, elle est l’un
des socles de notre démocratie, elle a inspiré le monde. Le
monde est notre pays, les humains sont nos frères. Voilà les
phrases qui résonnaient en Europe au 18ème siècle.
A
nous de les porter à nouveau pour ce 21ème siècle. C’est le
combat essentiel, le combat d’une vie, le combat de ma vie.
La
fraternité, c’est enfin la coexistence avec tout ce qui vit. C’est
la reconnaissance des êtres humains mais aussi de leur environnement
et des liens inaliénables qui nous lient à la terre sur laquelle
nous vivons.
Il
n’est pas trop tard et nous pouvons absolument inverser le
processus de destruction, désamorcer la bombe à retardement que
nous avons-nous même fabriquée.
La poussée écologiste est
positive. Il indique une prise de conscience profonde de l’opinion
sur la question de l’environnement.
Comme le succés du
film « Home « de Yann Arthus Bertrand ou, il y a
quelques années, celui d’Al Gore « Une vérité qui
dérange. »
Nous pouvons tenter de rattraper le temps
perdu.
Avec détermination et imagination…
«
L’imagination est plus importante que le savoir » disait à la fin
de sa vie Albert Einstein
enfermé dans un chagrin incommensurable face à l’utilisation
criminelle qui était faite des travaux qu’il avait mené
toute sa vie pour améliorer la vie des êtres humains.
Oui,
l’imagination est à la base de tout.
Imaginons ce monde durable. Et mettons tout en œuvre,
économiquement, scientifiquement, financièrement pour impulser
cette croissance verte dans tous les domaines.
Je me bats
depuis des années sur tous les fronts de l’écologie, depuis le
ministère de l’Environnement avec le traitement de la crise des
déchets, la sauvegarde de la biodiversité et le Sommet de la Terre
à Rio ; le sauvetage des paysages exceptionnels comme le Marais
Poitevin et aujourd’hui le combat pour la voiture électrique pas
chère, pour l’énergie solaire, contre les OGM, les pesticides,
tout ce qui saigne la terre et tue lentement mais surement les êtres
humains.
Victor Hugo a eu cette phrase superbe « Les
hommes sont solidaires avec la planète, la planète avec le soleil,
le soleil avec l’étoile et l’étoile avec l’infini. La
solidarité des hommes est le corollaire invisible de la solidarité
avec l’univers. » Il est temps de prendre conscience de ce monde
global qui est le notre et celui de chacun de nous.
Nous
sommes notre environnement.
A
nous de nous battre pour le soigner et créer là aussi de véritables
valeurs sociales.
Qui peut aujourd’hui nier le gisement
d’emploi que représente la croissance verte ? Personne.
Dans
les années 90, le Japon, frappé par l’explosion de la bulle
financière, a sauvé son économie en investissant dans la recherche
et la haute technologie.
Nous sortirons de cette crise en
investissant dans la croissance verte. Les Etats-Unis l’ont
compris. Les pays du nord de l’Europe aussi, et depuis bien
longtemps.
A nous de jouer. Il faut réaménager toute la
fiscalité. J’ai longuement expliqué mon opposition à la taxe
carbone version UMP, un impôt supplémentaire destiné à repeindre
en vert et sur le dos des citoyens, surtout les plus fragiles, un
bilan gouvernemental indigent en matière d’environnement.
Taxons plutôt Total et les compagnies pétrolières.
Comment
peut-on encore favoriser l’utilisation du charbon, du pétrole et
même du nucléaire alors que ces milliards de subventions
permettraient de soutenir l’énergie solaire, l’hydrogène ou les
piles à combustibles ? Nous avançons encore à contre
courant.
Entrer
dans un monde durable, c’est sortir de la myopie du 20ème siècle
, obsédé par la croissance économique à n’importe quel prix.
Investir dans la
croissance verte, le développement durable, c’est investir dans
l’épanouissement humain, qui est le seul, garant, à terme, de la
paix civile, économique et sociale.
Cette
fraternité entre l’homme et son environnement, à nous de la faire
avancer dans les esprits et dans les faits.
Mes
chers amis,
Nous voici à la croisée des chemins.
Dans quelques jours, le G20 se réunira à nouveau.
Nous savons déjà que l’hyper communication et que les
images qui vont déferler matin midi et soir vont nous démontrer
par A +B que ce sommet est un succès , que les dirigeants, mains
dans la mains, sont parvenus à moraliser le capital . Mais ou est la
morale quand les banques recommencent à verser des bonus indécents
?
Ou est la décence quand le système redémarre comme si de
rien n’était ?
Ou est la fraternité, l’humanisme, le
respect du peuple quand les financiers recommencent à s’engraisser,
alors que les PME n’arrive même pas à accéder à un crédit pour
pouvoir tenir, que dis je pour pouvoir survivre ?
Ou est le
succès quand tout semble recommencer comme avant, comme si de rien
n’était ?
Nous n’acceptons pas ce « comme si de
rien n’était … Dans ce paysage de champ de bataille dévasté
par la crise, il est plus que jamais indispensable de s’en remettre
à des valeurs et des règles simples, claires, discutées par tous
et en premier lieu par les contribuables. Les tenir à distance du
débat sur l’avenir du capitalisme, alors même qu’ils ont été
les premières victimes de la crise, paraît inconcevable.
Les
règles que je propose sont frappées au coin du bon sens.
1)
Première règle : encadrer strictement les bonus, voire si possible
les interdire, car ils sont le signe extérieur d’une société qui
se délite et qui, au fond, perd son âme, car ils nous interrogent
sur la France, l’Europe et le monde dans lequel nous voulons vivre.
Et je vous pose la question : est-ce qu’un trader est plus utile à
la société qu’un médecin, qu’un instituteur ou qu’un postier
? Et là encore, il est question de fraternité. Ceux qui veulent
défendre le système actuel, sont les mêmes qui raillent
l’idée de fraternité. Ils se croient des réalistes, ils se
croient des gens sérieux. Mais oublier la fraternité, c’est
l’irréalisme même, autrement dit, comme le dit Régis Debray, les
phraseurs, ce sont eux. Ce sont eux les têtes en l’air, ceux qui
n’ont plus les pieds sur terre, sur la terre des hommes et des
femmes sans bonus ni parachute doré.
2) Deuxième règle :
mettre fin aux intolérables collusions, conflits d’intérêts,
négligences tacitement acceptées entre ceux qui soi-disant régulent
et les banques dont ils sont censés assurer la surveillance. Dans
l’ombre, des lobbys puissants s’affairent. Les puissances
bancaires ont leurs entrées dans les cercles du pouvoir. Elles
demandent l’aide de la puissance publique mais refusent que l’Etat
rentre à leur capital ; elles font mine d’accepter des contraintes
sur les rémunérations et les bonus, mais ces contraintes n’en
sont pas. Le discours s’est brouillé. Les leurres prolifèrent.
Tout le monde est pour la régulation. Tout le monde est pour l’Etat.
Tout le monde est pour le contrôle. Un savant jeu de rôles est
organisé. Le gouvernement doit montrer qu’il agit. Les mots sont
durs, les banques sont convoquées, on pousse des cris d’orfraie,
c’est la place financière de Paris qu’on assassine. La menace
est jugée médiatiquement crédible, le pouvoir est satisfait ; les
banques se rassurent, les acteurs ont été bons, le pire est évité.
Ces connivences existent en France, mais aussi en Allemagne, au
Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Voilà pourquoi l’agenda du G20 est
finalement si mince.
3) Troisième règle enfin : recentrer
les banques sur leur véritable métier, la collecte d’épargne et
le prêt aux entreprises et aux familles. Ça veut dire interdire aux
établissements financiers de proposer autre chose que des produits
solides, robustes, bien identifiés et tracés. La simplicité et la
robustesse ont ici deux vertus : éviter l’accident intégral que
nous avons frôlé l’année dernière ; rendre possible la
régulation financière. Aujourd’hui, les banques gèrent les
économies de millions de familles et spéculent sur les marchés
financiers. Aujourd’hui, les banques françaises, allemandes,
britanniques et bien souvent américaines gèrent nos dépôts et
jouent avec sur les marchés financiers. Hé bien je vous le dis,
c’est avec cette confusion des genres malsaine et dangereuse qu’il
faut rompre. On ne devrait pas être à la fois une banque de dépôt
pour les familles et les PME et une banque s’occupant
d’opérations de marchés. Ce sont deux métiers différents. Il
faut donc les séparer. Aux premières la légitimité de
l’intervention de l’Etat pour sauver l’épargne des ménages et
le financement de l’économie. Aux secondes, celles qui spéculent,
la responsabilité entière de leurs actes.
Voilà
mes 3 propositions. Elles sont très simples. Il suffit de le
vouloir. Je crois à la force de la politique, je crois à la force
de la décision. Je mets donc au défi Nicolas Sarkozy
d’accorder enfin un peu ses violons, ses actes à ses paroles, ses
belles déclarations d’intention à ses décisions politiques.
On ne peut pas théoriser le bien être à Pittsburg et provoquer le
mal être à Gandrange, à Fabris, à Molex et Continental. On ne
peut pas ouvrir à gauche et gouverner à droite, on ne peut pas
moraliser le capitalisme au G20 et protéger les niches et le
bouclier fiscal à l’assemblée. Ca n’est tout simplement
plus POSSIBLE !
Mes
chers amis,
Nous devons être le mouvement.
Nous voulons
ne pas rester enfermés dans nos certitudes et nos réflexes.
Nous
avons la capacité de nous remettre en cause.
Je ne crois
plus aux mots valises, aux recettes clé en main, aux décrets en
tout genre, aux organisations pyramidales.
A Désirs
d’avenir, je veux rendre le pouvoir de faire aux Comités locaux,
la réussite de cette fête le prouve.
La démocratie, c’est
le mouvement, la capacité à anticiper, à s’adapter, se remettre
à en cause quand c’est nécessaire, à reconnaitre ses erreurs,
et à repartir en restant fermement ancré dans ses valeurs
inséparables : la liberté, l’égalité et la fraternité.
Nous
devons libérer les énergies de ce pays et nous le ferons dans le
mouvement. Non plus du haut vers le bas mais horizontalement,
dans un dialogue sans cesse régénéré entre les citoyens et ceux
qui les gouvernent.
C’est
pourquoi je crois à la démocratie participative. Cette démocratie
participative qui est à la base même de Désirs d’Avenir et qui
le restera. N’ayez jamais le moindre doute sur ce sujet. Jamais.
Nous ne pouvons plus
rester statiques, accrochés à une certaine arrogance, une vision
hypertrophiée de notre pays dans un monde qui change si vite, où
les informations s’échangent désormais à la seconde, où qui que
ce soit peut mettre en ligne en un clic sa vision du monde, ses
émotions, son analyse, ses critiques ou ses joies. Internet à
changé nos vies… Cette toile mondiale est en mouvement, permanent.
Il ne s’agit pas de juger moralement ce phénomène. Il est, tout
simplement, et nous devons nous aussi l’utiliser pour créer des
valeurs positives, créer de l’espoir.
Je relisais
dernièrement des témoignages sur Roosevelt. Et l’un de ses amis
citait cette phrase que le président Roosevelt lançait à
chaque fois qu’il se trouvait face à une situation bloquée … «
Il y a de nombreuses manières de soutenir la tache mais se contenter
d’en parler n’en fera jamais partie. »
Ecouter
beaucoup, parler peu et agir vite…
voilà le mouvement que nous devons impulser.
Allez à la
rencontre des idées nouvelles, nous enrichir, avancer par addition
et non plus par soustraction, être dans cette dynamique qui nous
élève, cette dynamique citoyenne qui monte, partout en France
mais aussi dans le monde, de Bombay à Buenos aires, de Moscou
à Johannesburg. Face à toutes les violences, nous voulons une
révolution douce, qui rende au peuple, à chacun, un véritable
pouvoir de choisir sa vie, son destin et celle de ses enfants.
Je
compte sur vous, adhérents de Désirs d’avenir, militants
socialistes, acteurs engagés, artistes et intellectuels. La gauche
compte sur vous et la France compte sur vous. Je continue à faire
tout ce que je peux, pour faire émerger ce Siècle Citoyen qui
s’avance. A nous d’agir et de donner envie d’agir autour de
nous. De cette façon, tous ensembles, militants de gauche, militants
socialistes, salariés, jeunes de toutes origines et de tous
horizons, syndicalistes, habitants des campagnes et des villes,
intellectuels, acteurs engagés dans les associations, oui, tous
ensembles, nous accompagnerons le dépassement du parti socialiste,
nous créerons ce mouvement puissant et accueillant que tout le pays
attend.
Voici votre feuille de route :
1)
Mobilisez-vous dans les Comités locaux pour faire de Désirs
d’avenir l’avant-garde d’une nouvelle forme d’action
solidaire et d’échange de services.
2)
Réactivez Cités d’avenir et Désirs d’entreprendre. Soyez
les défricheurs de nouvelles actions.
3) Faites
de Désirs d’avenir un lieu de réflexion avec nos Universités
populaires participatives. Et faites fleurir partout ce vaste
mouvement d’éducation populaire.
4) Soyez
des témoins engagés. Chaque comité local doit recueillir les
témoignages de notre temps et leur permettre de franchir le mur
médiatique. A vos caméras pour interroger les salariés qui
subissent la crise, éleveurs désespérés, mais aussi les réussites
et les actions d’exception, qui prouvent que l’énergie du pays
est là et ne demande qu’à se développer.
5)
Rétablir la vérité. Sur les faits, sur les paroles, sur les
manipulations, sur les faux consensus, comme je l’ai fait sur la
taxe carbone.
Je suis heureuse est fière de vous savoir
présents et enthousiastes sous les critiques, les dénigrements, les
malveillances, les « boules puantes » comme disait le Général de
Gaulle. En avant ! Et en regardant notre bonheur d’agir et
d’avancer, oui, à nous regarder, ils s’habitueront et ils
viendront ou reviendront.
VIVE DESIRS D’AVENIR !
VIVE LA
FRATERNITE !