Renforcement du FMI et de la Banque mondiale : lourde menace pour les peuples du Sud et du Nord
Extrait: (....)
Après avoir traversé une grave crise de légitimité, la Banque mondiale et le FMI ont retrouvé un second souffle du fait de la crise mondiale. Entre 2004 et 2008, la hausse importante du prix des matières premières a augmenté les réserves de change de certains pays en développement, qui en ont alors profité pour rembourser de manière anticipée leurs dettes envers ces créanciers, afin de se débarrasser de leur tutelle encombrante. Mais à partir de la fin 2008, l’aggravation de la crise mondiale a radicalement modifié la situation. La liste des pays durement frappés par la crise s’est allongée et le G20 a remis FMI et Banque mondiale au cœur du jeu mondial. C’est ainsi que sous la pression du FMI, la Roumanie a dû appliquer des politiques anti-sociales comme la réduction brutale de 15 % des revenus des fonctionnaires, en contrepartie de liquidités pour surmonter la crise à court terme. Depuis 2008, une quinzaine de pays ont connu le même sort. La Banque mondiale a, quant à elle, tiré profit de la crise écologique en créant plusieurs fonds d’investissement climatiques tout en continuant à financer des projets de déforestation et d’industries extractives. Durant l’année 2008, les fonds alloués aux énergies propres ont d’ailleurs été 5 fois inférieurs à ceux destinés aux énergies non-renouvelables dont le montant a augmenté de plus de 165% |1|
Ensuite, le G20, autoproclamé « instance de régulation mondiale », a joué un rôle décisif dans la tentative de relégitimation du FMI en triplant ses moyens financiers lors du sommet de Londres en avril dernier et en élargissant ses missions à l’issue du sommet de Pittsburgh. Le FMI est ainsi placé au cœur de la surveillance de l’économie mondiale « pour promouvoir la stabilité financière internationale et rééquilibrer la croissance ». A Istanbul, il a été convenu de « réexaminer le mandat du FMI pour qu’il englobe l’ensemble des politiques macroéconomiques et liées au secteur financier qui influent sur la stabilité de l’économie mondiale |2| Il devra ainsi « faire des recommandations de politique économique aux pays qui devront prendre des mesures correctives adaptées ». Nul besoin d’être devin pour connaître à l’avance ces recommandations. Le FMI déclarait en juin 2009 sur les politiques mise en œuvre dans la zone euro, que « les mesures prises pour soutenir la réduction de la durée de travail et l’augmentation des avantages sociaux — aussi importantes qu’elles soient pour accroître les revenus et maintenir la main d’œuvre sur le marché du travail — devraient être intrinsèquement réversibles |3| Le rapport « Doing Business 2010 » de la Banque mondiale est encore plus explicite puisqu’il décourage les pays d’adopter des programmes de protection sociale en qualifiant les gouvernements qui le font de « non-compétitifs |4| ». Malgré ses échecs répétés, le Consensus de Washington, sorte de code du néolibéralisme, continue donc à être l’ordonnance prescrite par le FMI et la Banque mondiale aux pays qui sollicitent leur « aide ». (...)