Strauss-Kahn, le patron caché
Par Getch
sur LE POST le 26/03/2009
Si Martine Aubry est devenue le nouveau visage du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis
en est le stratège. Le député de Paris s'agite en coulisse et tisse
soigneusement ses réseaux. Pour sa chef de file, pour lui-même, mais
aussi et surtout pour son mentor Dominique Strauss-Kahn. L'actuel président du FMI, qui pense à 2012, est cette semaine à Paris. Et il occupera le devant de la scène.
http://www.lejdd.fr/cmc/politique/200913/strauss-kahn-le-patron-cache-_196738.html
Au
fond, on ne sait pas pour qui Cambadélis remodèle le PS, pour Martine
Aubry, la patronne en titre, pour Dominique Strauss-Kahn, le patron
absent, ou pour lui-même, il aime tant ça! Jean-Christophe Cambadélis,
ces jours-ci, illustre le bonheur de la puissance: il n'a jamais eu
autant de pouvoir, donc ne s'est jamais autant amusé. Samedi, à la
convention européenne du PS à la Villette, les caméras regardaient
Martine Aubry. Mais les vrais spécialistes écoutaient le secrétaire
international, directeur de la campagne européenne, qui, à l'heure du
déjeuner, chapitrait les têtes de listes socialistes sur la "radicalisation politique",
et les moyens d'y répondre. Martine n'était pas à ce déjeuner. En
plénière, elle avait gratifié ses militants d'un discours- fleuve,
joyeuse et verbeuse, contre Sarkozy qui oppose un "RAS" au "SOS des Français". C'est ainsi depuis le congrès. Martine chante, Camba fait de la politique.
On croit le parti aubryste? Il est, de fait et de doctrine, à Camba.
Donc, potentiellement à un autre: Dominique Strauss-Kahn, le directeur
général du Fonds monétaire international (FMI), chef de file de
Cambadélis avant son exil. Et encore aujourd'hui. La semaine est
amusante, qui a commencé dimanche au Zénith de paris, pour une fête des
libertés -en demi-teinte - où Martine Aubry a tenu la vedette, avant
d'être l'invitée radieuse de Michel Drucker, dimanche 29 mars... Mais
entre les deux dimanches, DSK
volera la scène politique. Invité d'Arlette Chabot jeudi prochain, il
aura deux heures de prime time sur France 2 pour réaffirmer sa marque:
l'homme des solutions au désarroi économique. Evidemment, Cambadélis,
aura aidé DSK à préparer l'émission.
Un vaudeville
Quand Strauss a choisi Washington, après la présidentielle, Cambadélis
a repris un courant orphelin. Il a inventé, ex nihilo, une alliance de
défense entre Aubry, les fabiusiens, et lui-même, qui a marché au-delà
de toute attente, pour la plus grande joie de Martine la ressuscitée...
et de DSK, complice lointain de la manoeuvre. Depuis, le vaudeville
guette. Aubry prospère, cultive son image sans le revendiquer, feint de
ne pas croire en son destin, mais pourtant... Strauss, de son bel exil,
regarde ses amis tenir, de fait, un parti qu'il n'avait jamais su
conquérir directement.
Cambadélis tient la doctrine du retour à gauche, "la fin de la triangulation, cette manière de gagner sur les thèmes idéologiques de l'adversaire".
C'est lui qui porte la nouvelle pétition anti bouclier fiscal que lance
le parti. Un autre strauss-kahnien, Christophe Borgel, tient le secteur
des élections. La ligne de retour au "droit de l'hommisme" est portée
par leur amie Marie- Pierre de la Gontrie, auteur du "livre noir" du PS
sur les libertés.
A l'extérieur, Gilles Finchelstein, ami intime, plume et conseiller de
DSK, auteur avec le banquier Mathieu Pigasse d'un livre sur la crise, Le monde d'après,
dirige la Fondation Jean Jaurès, le think-tank organique du PS. L'autre
boite à idées de la gauche, Terra Nova, est dirigée par le
strauss-kahnien Olivier Ferrand. Il ne manque plus le patron, à qui la
piste d'atterrissage est déjà préparée? Encore quelques mois de crise,
des difficultés, un appel, une demande. Entre-temps, le parti aura été
réparé, et "dans une présidentielle qui sera dominée par l'économique et le social", dixit Finchelstein, Strauss n'aura plus qu'à cueillir la France?
Cambadélis comme Jospin?
Evidemment, tout est plus compliqué que ça. Pour DSK d'abord, qui se
coltine la crise et le FMI avec un plaisir non feint, et ne sait pas
lui-même s'il aura l'envie, la faim et l'abnégation de repartir au feu
français. Pour ses amis ensuite. "DSK, c'est l'imam caché, comme ce sauveur qu'attendent les musulmans chiites, s'amuse le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas. On
est comme tous les croyants, on attend. Mais il ne nous organise pas,
on ne sait pas si nos réseaux dormants pourront se reconstituer. "
Et des logiques de situation se créent. Les strauss-kahniens, tenant le
parti en attendant le maître, le consolident aussi pour Aubry.
C'est une histoire qui en rappelle une autre, vieille de 40 ans. Celle
de Lionel Jospin, un jeune trotskiste venu en taupe au PS au nom d'une
obédience révolutionnaire, le lambertisme, et devenu, sans même
l'admettre tout de suite, le meilleur des mitterrandistes. Cambadélis,
jadis, fut trotskiste de la même obédience que Jospin; à son tour,
taupe strauss-kahnienne chez Martine, il pourrait porter Aubry au
sommet? "Il y a une différence, sourit- il: moi, je ne cache rien. Je suis ouvertement strauss-kahnien au PS et avec Martine." A l'arrivée, un de ses possibles deviendra son triomphe.
L'ombre de Dominique Strauss-Kahn continue de planer au-dessus du PS
Par Getch