2009, annus horribilis pour le PS
Une année s’achève que l’on ne regrettera pas.
La crise qui infuse, le chômage qui explose, la grippe A qui rôde, les
relents suspects du débat sur l’identité nationale, la qualification
indigne des Bleus face à l’Irlande… Pour les socialistes, 2009 fut
carrément une annus horribilis.
Ils ont collectionné les passages à vide, presque égalé leur plus
mauvais score électoral et fait preuve d’une incroyable capacité à
détourner à leur détriment les polémiques qui auraient du faire du tort
à la droite.
Rétrospective des dix évènements qui ont fait de 2009 une année proprement exécrable pour les socialistes.
- La démission d’André Vallini, premier accroc.
Ca commence bien. Le 12 janvier, quelques semaines après avoir été
nommé secrétaire national à la Justice, le député André Vallini –
spécialiste reconnu des questions judiciaires – quitte la direction du PS. Les « motifs personnels » invoqués concernent ses relations avec la première secrétaire qu’il juge trop autoritaire. « La gentille Martine du congrès est redevenue la Dame des 35 heures » persifle un adversaire de la première secrétaire.
- Le frisquet printemps des libertés. Le 22 mars devait être un grand moment de
mobilisation en faveur des libertés. Un Livre noir est publié et rendez-vous est donné au Zenith de Paris pour un « rassemblement »
qui tourne au cauchemar. Pas plus de 1 500 participants sont présents
au plus fort – si l’on ose dire – de la journée, dans un lieu qui peut
en accueillir 4 000. Ratage organisationnel mais aussi politique :
aucune d’orientation claire sur la question des flux migratoires et
critique en règle de la télésurveillance…que pratiquent nombre de
municipalités socialistes.
- La fâcherie Hadopi. Partis avec ardeur, et non
sans enregistrer quelques succès, à l’assaut de la loi Hadopi contre le
téléchargement, les parlementaires socialistes n’avaient
pas
prévu qu’ils devraient subir l’ire d’une brochette – pas de première
jeunesse mais emblématique – de l’intelligentsia de gauche. Le 6 mai,
une lettre adressée à Martine Aubry signée par Pierre Arditi,
Juliette Gréco, Bernard Murat, Michel Piccoli et Maxime le Forestier
fait écho à une première salve tirée par une quinzaine de cinéastes
dont Bertrand Tavernier et Alain Corneau. « Quand vous redeviendrez de gauche, vous saurez où nous trouver » balance ce beau monde à l’adresse du PS. Morale de l’histoire : il ne suffit pas de croiser les artistes « amis »
lors des grands rendez-vous culturels organisés par les collectivités
locales de gauche pour croire que l’on parle politique avec eux.
- Les simagrées de Rezé. Sentant que le scrutin de juin lui échappe, la direction du PS
souhaite
enterrer la hache de guerre avec Ségolène Royal. Le 27 mai, le meeting
de Rezé, près de Nantes, est l’occasion de sceller la réconciliation
entre Martine et Ségolène. La mise en scène en fait des tonnes :
arrivée bras-dessus, bras-dessous, échange de cadeaux à la tribune,
compliments réciproques, discours de Martine Aubry sur la « sororité »… Personne n’y croit et la cote de popularité des deux femmes en subira vite les conséquences.
- La Bérézina des Européennes. Le 7 juin, c’est la cata. Les listes socialistes ne
recueillent
que 16,4% des voix et sont talonnées (16,2%) par Europe Ecologie. On
n’est pas loin du plancher historique (14%) atteint par Michel Rocard
en 1994. Emporté, comme ses partis-frères, par la crise de la
social-démocratie européenne le PS français l’a aggravé en menant une
campagne particulièrement médiocre. Martine Aubry est épargnée pour une
excellente raison : personne ne veut sa place.
- Martine Aubry et l’effet boomerang. Le 14 juillet, Martine Aubry est en pétard. Elle
adresse à Manuel Valls
une missive vengeresse l’enjoignant de se taire – le député de
l’Essonne n’a, lors des semaines précédentes, comme d’habitude pas
mâché ses mots pour réclamer des primaires ouvertes – ou de quitter le
parti. Soutenu par Laurent Fabius qui évoque un « besoin d’unité »,
l’acte d’autorité se transforme en effet boomerang. Les quadras,
unanimes pour une fois, et plusieurs autres dirigeants soutiennent le
trublion et dénoncent le « caporalisme » de la première secrétaire. Une façon de faire savoir à « Martine » qu’après les Européennes » elle doit composer.
- Retour de lance-flamme. Quelques pages dans un ouvrage ( « Hold-uPS, arnaques et
trahisons
», de Karim Rissouli et Antonin André aux éditions du Moment)
rappelant, sans apporter d’éléments réellement nouveaux, les
accusations de « triche » lors de l’élection de Martine Aubry
contre Ségolène Royal en novembre 2008 auront suffi à (re)mettre le feu
aux poudres socialistes. Pendant plusieurs semaines, Ségolène Royal
fait mine de découvrir ce qu’elle connaissait pourtant et évoque une
action en justice. Et c’est reparti: les socialistes s’entredéchirent
pendant plusieurs semaines. Pour faire revenir le calme et la sérénité,
Martine Aubry a une chouette idée : faire revenir Laurent Fabius et Bertrand Delanoë au Bureau national…
- Les dégâts collatéraux de « l’affaire ». «
L’affaire » Frédéric Mitterrand provoque des remous dans la majorité.
Mais c’est sans compter avec le PS qui, sans tarder, vole la vedette à
la droite avec une polémique comme lui seul sait en inventer. Le 9
octobre, les
déclarations du porte-parole Benoit Hamon dénonçant les écrits d’un « ministre-consommateur » et jugeant « choquant », dans la foulée du FN, « qu’un homme puisse justifier, à l’abri d’un récit littéraire, le tourisme sexuel », déclenchent une nouvelle tempête. Harlem Désir critique « une offensive populiste » et Julien Dray y voit « une tactique de mise au pied du mur de tout le Parti socialiste ». Ambiance, ambiance… Mais on n’a encore rien vu.
-La prise (de tête) de Dijon. Faute de s’être intéressée à un courant (l’Espoir à g
auche, arrivé en tête avec 29% des voix au congrès de Reims) beaucoup plus composite qu’elle ne le pensait, Ségolène Royal n’a pas saisi que Vincent Peillon et
ses amis avaient pris le pouvoir. En outre, l’ancienne candidate voit
ses soutiens se raréfier dans le parti. Son réveil est brutal. Le 14
novembre, elle s’invite à Dijon où se tient une réunion organisée par
ledit Peillon et ses invités MoDem, écologistes et ex-PCF du
Rassemblement social, écologiste et démocrate. On sait ce qu’il advint
; cinq jours d’échange d’amabilités en public entre Ségolène Royal et
son ex-lieutenant. Un Vaudeville où il fut question de « psychiatrie lourde
» et (encore) de menaces de procès. Ségolène Royal réalisera un autre
coup d’éclat en décembre en proposant, alors que le MoDem est en
congrès, une offre publique d’alliance aux centristes de sa région
Poitou-Chatrentes.
- Bis-repetita.
Et l’année se termine comme elle a commencé : par une démission du
secrétariat national. Membre de cette instance au titre de
vice-présidente du Laboratoire des idées, Lucile Schmid annonce
son départ le 20 décembre, déçue par le (non) fonctionnement du « Lab »
et l’absence de lien entre activité intellectuelle et décisions
politiques.
Certes, nous avons scandaleusement ignoré
les bons résultats du PS aux élections partielles, volontairement passé
sous silence les victoires symboliques mais méritoires des
parlementaires socialistes, ignominieusement passé sous silence les
prouesses sondagières de DSK, sciemment négligé la soudaine
transformation, en août à La Rochelle, de Martine « La France qu’on aime
» Aubry en égérie de la rénovation, adepte du non-cumul des mandats et
convertie aux primaires. Certes, il y eut quelques bonnes séquences
socialiste et nous en avons rendu compte. De là à prétendre que 2009
restera dans les caves de Solferino comme un millésime d’exception ou
même un cru moyen, il y a un abime que nous ne saurions franchir.
Et 2010 ? Pour le PS, le plus rassurant, c’est qu’il sera difficile de faire pire.
En attendant, meilleurs vœux.