L'islam modéré ne demande qu'à se faire entendre
L'Hérétique - Blogueur associé sur MARIANNE
La Mosquée-Cathédrale de Cordoue, une solution aux problémes?
De retour du blog de Christian Romain, Démocratie Nanterienne, j’y lis une information fort intéressante : un collectif laïque de citoyens de sensibilité musulmane, Mosaïc, a lancé ce week-end un appel : le collectif rejette toute forme d’appropriation de l’Islam qui se ferait au service d’éléments radicaux. L’appel précise qu’aucune religion ne peut justifier l’asservissement de l’être humain. D’un même élan, ils rejettent les ignorants et les sectaires:
« Aucune
religion monothéiste ne peut édicter des préceptes et des règles
contraires au droit des femmes et qui asservissent l’individu. (…) Nous
rejetons donc comme appartenant au même camp, le camp des ignorants et
des sectaires, ceux qui imposent la burqa au nom de l’Islam, ceux qui
confondent la burqa et l’Islam, ceux qui font des amalgames réfléchis,
ceux qui caricaturent les jeunes musulmans, ceux qui ethnicisent les
banlieues, ceux qui prétendent que le Coran est incompatible avec la
laïcité, ceux qui - au nom de l’Islam ou contre l’Islam - déclarent que
les musulmans ne seront jamais des Français comme les autres.
Christian Romain signale que Dalil Boubakeur, le Recteur de la Mosquée de Paris, a signé cet appel. C’est un bon signe, car cet homme est un philosophe et un théologien fort éclairé.
Le
président du collectif réagissait le 04 décembre dernier au vote suisse
sur les minarets ; j’ai trouvé très pertinente et intelligente l’une de
ses réflexions : «Nous ne sommes pas ici dans le choc des civilisations
mais dans le choc des ignorances». Très justement dit. Bravo! L’entretien qu’il donne sur le site de Mosaïc est très intéressant à suivre.
J’apprécie
beaucoup également le renvoi à une phrase fameuse de la reine Rania de
Jordanie, une femme aussi intelligente que belle et sage :
Nous,
Musulmans, devons nous lever et faire savoir qui nous sommes. Si nous
voulons changer les stéréotypes, nous devons commencer par nous
définir. Et cela ne va pas se faire en restant assis à la maison et en
attendant que les gens le comprennent par eux mêmes.
Cela
dit, si le mouvement veut avoir une véritable force de frappe, il doit
essaimer et surtout ne pas se cantonner aux murs de la Mosquée de Paris
ainsi qu’ à l’intelligentsia boboïsée parisienne. Mosaïc doit se
répandre dans les banlieues, là où l’Islam est le plus présent et où se
trouve la grande majorité des Musulmans. C’est là-bas que se jouera sa
crédibilité si cette fédération veut parler haut et fort.
Un très bon défi, par exemple, serait d’être capable d’avoir un référent partout où l’UOIF en
a un en France. Cette dernière organisation est réputée conservatrice,
parfois en lien avec des éléments beaucoup plus radicaux qu’elle, mais
elle a jusqu’ici toujours adopté des positions légitimistes et
intégrationnistes. A preuve, par exemple, sur son site, où elle marrie
fort intelligemment culture française et culture musulmane en proposant
à la lecture un poème de Victor Hugo sur le prophète Muhamad.
Mosaïc,
pour avoir voix au chapitre, doit être aussi rassurant pour les
Musulmans qu’il veut l’être pour l’opinion publique « gauloise ». Cela
suppose d’organiser des rencontres, pas seulement avec des
universitaires et des intellectuels, mais avec le petit peuple des
banlieues, de contribuer aux oeuvres sociales, de s’implanter et de
disposer (en les popularisant) de références théologiques et
philosophiques qui plongent leurs racines aussi bien dans la culture
française que dans l’Islam.