Le MRC ne participera pas aux primaires PS
Le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement a annoncé son intention de ne pas participer aux primaires du Parti socialiste. Dans une lettre ouverte à Martine Aubry, Jean-Pierre Chevènement rappelle "qu'en l’absence, aujourd’hui, de tout programme et de toute Charte politique des primaires qui auraient pu permettre la sélection d’un candidat de la gauche à l’élection présidentielle de 2012 dans des conditions acceptables par nous, le Conseil National a considéré qu’il ne nous était plus possible de participer aux travaux de la Commission chargée de préparer lesdites 'primaires'. Le MRC a évoqué que le PS n'avait pas respecté l'accord prévoyant de conserver des représentants du MRC à des postes d'élus lors des dernières régionales rappelant que "quinze de leurs candidats ont été retirés". Jean-Pierre Chevènement a annoncé que le MRC "préférait retrouver sa liberté de parole".
Lettre de Jean-Pierre Chevènement à Martine Aubry, Première Secrétaire du Parti Socialiste
Paris, le 29 mars 2010.
Madame la Première Secrétaire, chère Martine,
Nous avions décidé, le 4 novembre 2009, que le MRC et le PS
constitueraient des listes communes aux élections régionales, tirant
ainsi la leçon de ce qui s’était passé aux élections européennes. L’accord,
dûment paraphé par nous-mêmes (Martine Aubry et Jean-Pierre
Chevènement), le 10 février 2010, spécifiait que les candidats du MRC
figureraient « en position éligible et inamovible pour les premier et
second tours » dans quatorze régions. Tu avais évoqué à cette occasion «
la première pierre d’une maison commune ».
Le Conseil National du MRC, réuni le 28 mars 2010, constate que
cet accord n’a pas été respecté dans la moitié des régions. Quinze de
nos candidats ont été retirés. Nous avons été privés de neuf élus. Le
cas le plus flagrant a été celui de Catherine Coutard, classée 6ème dans
la Drôme et pour laquelle, n’ayant pu réussir à te joindre, j’étais
intervenu auprès de Claude Bartolone et au plan régional de Jean-Jack
Queyranne. Mais il y en a beaucoup d’autres sur lesquels nous avions
attiré en vain l’attention de vos responsables nationaux et celle des
Présidents de région sortants.
Ce non-respect de la parole donnée ne créée pas les conditions
d’une confiance élémentaire entre partenaires d’un même combat. Le temps
du mépris pour nous n’est pas venu.
Par ailleurs, le Conseil National éprouve le sentiment que le
Parti socialiste n’a pas tiré les enseignements de ses échecs passés :
aucune remise en cause d’une construction européenne irréaliste,
antisociale et « caporalisante ». Rien sur la nécessaire protection du
marché européen. Rien sur la politique de change asphyxiante de la BCE.
Aucune critique de la politique de rigueur salariale et budgétaire
pratiquée par la coalition conservatrice-libérale allemande. Il est
certes nécessaire de s’en prendre à la politique fiscale de la majorité
actuelle en France mais c’est une vue totalement insuffisante des
choses.
Nous sommes très inquiets quant à la possibilité pour le PS et ses
« alliés privilégiés » Verts de se mettre à la hauteur des échéances de
2012. En l’absence, aujourd’hui, de tout programme et de toute Charte
politique des primaires qui auraient pu permettre la sélection d’un
candidat de la gauche à l’élection présidentielle de 2012 dans des
conditions acceptables par nous, le Conseil National a considéré qu’il
ne nous était plus possible de participer aux travaux de la Commission
chargée de préparer lesdites « primaires ».
La priorité est au projet car la situation du pays est extrêmement
grave. C’est la raison pour laquelle le Conseil National du Mouvement
Républicain et Citoyen a décidé de soumettre à son Congrès, qui se
tiendra les 26 et 27 juin prochains à Paris, un « programme de salut
public ». Nous vous l’adresserons prochainement. C’est sur la base d’un
projet clair, à la hauteur des défis que le pays doit relever que la
gauche pourra affronter sans décevoir les prochaines échéances.
Nous préférons, aujourd’hui, retrouver notre liberté de parole et
de mouvement pour œuvrer efficacement à l’élaboration de ce projet
exigeant. Nous essaierons ainsi de servir au mieux les intérêts du monde
du travail et ceux de la France. Nous contribuerons au débat
républicain. Peut-être pourrons-nous nourrir votre propre réflexion.
Je te prie de croire, chère Martine, en mon amicale pensée.
Jean-Pierre Chevènement
Président du MRC